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Full text of "Châtiments"

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CHATIMENTS, 



PAR 



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GENÈVE ET NEW-\0^1L. 



li a éié publié, à firoxelles, ane édition tronqaée 
de ce bïre, précédée des lignes qae ?oici: 

• Le faux serment est an crime. 

• lie gnet-apens est on crime. 

• La séquestration arbitraire est on crime. 

• La sobornation de fonctionnaires pabiict est an 
criine. 

• La sobornation de jages est on crime. 
« Le Tol est an crime. 

• L0 meurtre est an crime. 

• Ce sera an des pins douloureux étonnemenls de 
retenir qoe, dans de nobles pays qui, au rnibeu de la 
prostration de l'Europe, avaient maintenu leur Cons- 
titution et semblaient être les derniers et sacrés asiles 
de la probité et de la liberté, ce sera, disons-nous, Té- 
tonnement de l'avenir que, dans ces pays là, il ait été 
fait des lois pour protéger ce qoe tontes les loi» bo- 
maines, d'accord avec toutes les lois divines, ont dans 
toos les temps appelé crime. 

• L'bonnèieté aniverselle proteste contre ces lois 
protectrices du mal. 

• Pourtant qae les patriotes qui défendent la liberté, 
que les généreux peuples auxquels la force voudrait 
imposer l'immoralité, ne désespèrent pas ; que, d'un 
iQtre côté, les coupables, en apparence tout-puissants, 



VI 

ne se hâtent pas trop de triompher en voyant les pa- 
ges tron(]aées de ce livre. 

« Qooiqae fassent ceux qui régnent chez eux par la 
violence et hors de chez eux par la menace, qaoiqae 
fassent ceox qoi se croient les maîtres des peuples et 
qoi ne sont que les tyrans des consciences, l'homme 
qoi latte pour la jostice et la vérité, trouvera toofoars 
le moyen d'accomplir son devoir toat entier. 

« La toote-paissance do mal n'a jamais abooti ^n'à 
des efforts inotiies. La pensée échappe toojoars à qoi 
tente de Tétooffer. Elle se fait insaisissable à la com- 
pression; elle se réfugie d'une forme dans l'autre. Le 
flambeau rayonne ; si on l'éteint, si on l'eugloutit dans 
les ténèbres, le flambeau devient une voix, et l'un nt^ 
fait pas la nuit sur la parole ; si l'on met un bâillon à 
la bouche qui parle, la parole se change en lumière, 
et l'on ne bâillonne pas la lumière. 

• Rien ne dompte la conscience de l'homme, car la 
conscience de l'homme, c'est la pensée de Dieu. 



• V. H. » 



Les quelques lignes qu'ont vient de lire, préface 
d'un livre mutilé, contenaient l'engagement de pu- 
blier le livre complet. Cet engagement, nous le tenons 
aujourd'hui. 

V H. 






IW 



V 



N 



Khf. 



u 



wox. 



C'est la date choisie au fond de ta pensée, ^' 

{'rince ! il faot en Gnir, — cette nuit est glacée, 
Viens, lève toi ! flairant dans l'ombre les escrocs, 
le dogue Liberté gronde et montre ses crocs. "" 
(Qoiqae nais par Garlier à la chaîne, il aboie. 

I >"atteiid8 pas pins longtemps ! c'est i 'heure de la proie. 

I Vois, décembre épaissit son brouillard le plus noir; 
Comme un baron voleur qui sort de son manoir. 
Surprends, brusque assaillant, Tennemi que tu cernes» 
Deboat ! les régiment» sont ià dans les casernes, 
Sac aa dos, abrutis de vin et de fureur, 
N'attendant qu'un bandit pour faire un empereur. 
Mets ta main sur ta lampe et viens d*on pas oblique, 
Prends ton couteau, l'instant est bon: la Répubhqne, 
Confiante, et sans voir tes yeux sombres briller, 
dort, avec ton serment, prmce, pour oreiller. 

Cavaliers, fantassins, sortez ! dehors les hordes! 
Sot aux représentants! soldats, liez de cordes 
Vos généraux jetés dans la cage aux forçats! 
Poussez, la crosse aux reins, l'Assemblée à Mazas! 
Chassez la haute-cour à coups de plat de sabre ! 
Changez vous, preux de France, en brigands de Calabre; 
Voos, boargeois, regardez, vil troupeau, vil limon, 
Comme on ghive rougi qn'agfte un nou d^mo\ï^ 

/le eoap d'Etat qui sort /lâmboyant de \a to^jt \ 
tef inbans pçar le droit iattent ; qu'où \es ë%ot%<û- 



Roatieri, coodoUieri, veodas, proatUné), 
Frappez! laez Bandîn! toeiDuisoobB! tuez! 
Que fuil bon des maiioDs ce penpie ? Qa'il s'en aille. 
Soldat), milrajllez-muitoate cette canaille t 
Fen ! fen t Ta voteras en«aile, à peuple roi ! 
Sabrez le droit, sabrez J'honnear, sabrez la loi ! 
Qae sar les boulevards le aang coale en mières I 
Du via plein les bidunsl des morla plein lea civiëTL'i! 

Soi Teut de l'ean-dc-vie ? En c« temps plavienx 
fanl boire. Sotdats, fusillez-moi ce vieux. 
Taez-moi cet enfaot. Qa'est-ce que cette femme 
C'est ta D-.ére? tuez. Que tout ce pegple JDfâaie 
Tremble, et que les pavés roagissent se* laloaal 
Ce Paris odieux bouge et réiitie. Allons! 
Qu'il sente le mépria, sombre et pteio de vengeance, 
Que QODS, la force, avons pour lai, l'ialellifieucel 
L'étranger respecta Paris: soyans Donveaox! ^ 

Traloons-le dans la boae au crin* de nos chevasi ! ' 
Qu'il menre! qu'on le broie et l'écrase et l'elface! 
Noirs canons, ciachez-lai vos boulets i la face! 



C'est fini! Le silence est partAt, et l'horreur. 
Vive PoalmaoD CésRr et Souftlard empereur! 
On fait des feux de joie avec les barricades; 
La Porte Saint-Denis sous ses hautes arcades 
Voit les brasiers trembler an vent et rayonner. 
C'eat fait, reposez-vou?; et l'on entend sonner 
Dans les fourreaux le sabre etrarf^ealdani lespachp*^. 
De la banque aux bivouacs on vide les sacoches. 
Ceux qui Inaient le mieux et qui n'ont pas bronché 
Auront la croix d'honneur par- dessus le marché. 
Les vainqueurs en hurlant dansent sur les déeombires. 
Deslaidecorps saignants ifiseat dans les coinssombrac 
Le soldat, itai, !croue,ivre, complice obscur, 
Chancelle, et, de la main dont il s'appuie au mur. 
Achève d'écraser quelque cervelle nomaioe. 
On boit, on rit, on chante, on ripaille; on amène 
Oe* vaincus qu'onfuiille, hommes, fi;rames,eDfka(a. 



Regardés par les morU tombés à la reaverse. 
Bravo! César a pris le chemin de traverse! 
Couvrons féliciter l'Elysée à, présent. 
Ba iff dans les maisons, dans les raisseaax da san^» 
Paitoo i>oar enjamber ces effroyables mares. 
Les jageà lestement retroussent leurs simarres. 
Et i'£i;lise joyeuse en emporte un caillot 
Tout fumant, pour servir d'écritoire à Veuillot. 
Ou\ c'est bien vous qu'hier, riant de vos féroles. 
Un caporal chassa de vos chaises curules, 
Magistrats! Maintenant que, reprenant du cœur, 
Yoas êtes bien certains que Mandrin est vainqaear,^ 
Que vous ne serez pas obligés d'être intègres, 
Que Mandrin dotera vos devoûments allègres. 
Que c'est lui qui paira désormais, et très-bien. 
Qu'il a pris le budget, que vous ne risquez rien, 
Qik'il a bien étranglé la loi, qu'elle est bien morte. 
Et que vous trouverez ce cadavre à sa porte, 
Accourez, acclamez, et chantez Husanna! 
Oubliez le soufflet, qu'hier il vous donna. 
Et, puisqu'il a tué vieillards, mères et filles. 
Puisqu'il est dans le meurtre entréjasqu'aoxchevilles^ 
prosternez- vous devait l'assassin tout puissant, ) 
Et léchez'lui les pieds pour effacer le sang! 

in 

Donc cet homme s'est dit : — « Le maître des armées. 

L'empereur surhumain 
Devant qui, gorge au vent, pieds nus, les renommées 

Volaient, clairons en main, 

<i Napoléon, quinze ans régnn, dans les tempêtes 

Do Sud à rAquihin. 
roas les rois l'adoraient, lui, marchant sur leurs tètes. 

Eux, baisant sou talon; 

a II prit embrassant tout dans sa vaste espérance , 

Madrid, Berlin, Moscou; 
Je ferai mieux: j^) va'.» enfoucur à la France 

Mes ongles dans \e co\i\ 



k 

France libre et fière et chantant la concorde 

Marche à son bot sacré: 
je vais lai jeter par derrière one corde 

Et je rétranglersii. 

\va noQS partaserons, mon oncle et moi, Thlstoire; 

Le plus intelliee nt, 
t moi, certes ! il aura la fanfare de gloire, 

J'aurai le sac d'argent. 

) me sers de son nom, splendide et yain tapage, 

Tombé daos mon berceau, 
lain grimpe au géant. Je loi laisse sa page. 

Mais j'en prends le yerso. 

\me cramponne à lui! C'est moi qui suis le mattre» 

J'ai pour sort et pour loi 
surnager sur lai dans Thistoire, oa peat-être 

De l'engloutir sous moi. 

!oi, cbat-haant, je prends cet aigle dans ma serre. 

Moi si bas, loi si haut, 
e tiens! je choisis son grand anniversaire; 

C'est le joar qo'il me faut. 

e jour-là, je serai comme an homme qui monte 

Le manteaa sur ses yeax; 
ne se doutera goe j'apporte la honte 

A ce jour glorieux ; 

Irai plus aisément saisir mon ennemie 
Dans mes poinzs meartriers; 

France ce jour-là sera mîeai eadorm e 
iSur son lit de lauriers. » — 

fs il vlnf, cassé de débauches, l'œil terne, 

Fortif, les traits pâlis, 
f volear de nuit alfa ma sa lanVerne 

Ao5oieil d'Aosler\i\zl 






IV 

Victoire! il était temps, prince, qoe ta parasses! 
Les filles d'opéra manquaient de princes rosses; 
Les révolutions apportent de l'ennai 
Aax Jeannetons d*tiier, Parnélas d'aajoard'hai; 
Dans don Jaan qoi s'effraye aa Harpagon éclate: 
Un maigre filet d'or sert de sa bourse plate; 
L'argent devenait rare aux tripots; les journanx 
Faisaient le vide aatoar des confessionnaux; 
Le sacré-cœar, mourant de sa mort naturelle. 
Maigrissait; les protêts, toorbilkinnant en grêle, 
Drus et noirs, aveuglaient le portier de Magnan; 
On riait aax sermons de l'abhé Ravignan; 
Plus de pur-sang piaffant aux portes des donzelles; 
L'hydre de l'anarchie apparaissait aux belles 
Sous la forme effroyable et triste d'un cheval 
De fiacre les traînant pour trente sous au baL 
La désolation était sur Babylone. 
Mais tu surgis, bras fort; tu te dresses, colonne; 
Tout renatt, tout revit, tout est sauvé. Pour lors 
Les figurantes vont récolter des mylords; (vote; 

Tons sont contents, soudards, francs viveurs, gent dé- 
Tous chantent, monseigneur l'archevêque, et Javotte. 
AlJons! congratulons, triomphon*<, partageons! 
Les vieox partis, coifies en ailes de pigeons, 
Vont s'inscrire, adorant Mandrin, chez son concierge. 
Falstaff allume un punch, Tartafe btùie un cierge. 
Vers l'Elysée en joie, où sonne le tambour, 
Tous se bâtent; Parieu,Moniaiembert, Siboar, 

R , cette catio, T , cette servante; 

Grecs, juifs, quiconque a mis sa conscience en yente; 

Quiconque vole et ment cum, privilégia ; 

L'homme du bénitier, l'homme de l'agio; . 

Quiconque est méprisable, et désire être infâme; 

Quiconque, se jugeant dans le fond de son âme. 

Se sent «issez forçai pour être sénateur. 

Myrmidon de César admire la hauteur. 

Loi, fait la roue et trône au cenlre <\« \^\^\a« 

—£ù biea^messlears^ la chose eft\-e\\^\Wk^^^\s«î^^^^^ 



6 

Qu'en pense Papavoine et qu'en dit Loyola? 
Hfaintenant nous ferons voter ces drôles-là. 
Partout en lettres d'or nous écrirons le chiffre. — 
Gai! tapez sur la caisse et soufflez dans le fifre; 
Braillez vos Salvum fac, messeigneurs; en avant 
Des églises, abri profond du Dieu vivant, 
On dressera des nâts avec des oriflammes; 
Victoire! venez voir les cadavres, mesdames. 



Oùsont-ils? sur les quais, dans les cours, sous les ponts; 
Bans régout, dont Maupas fait lever les tampons, 
Dans la fosse commune affreusement accrue, 
Sur le trottoir, au coin des portes, dans la rue, 
Pèle-mèle entassés, partout; dans les fourgons 
Que vers la nuit tombante escortent les dragons, 
€onvoi hideux qui vient du Cbamp-de-Mars, etpasse^^^ 
£t dont Paris tremblant s'entretient à voix basse. ^ 
O vieux mont des martyrs, hélas! garde ton nom ! 
Les morts sabré?, haches, broyés, par le canon, 
pans ce champ que la tombe emplit de son mystère, 
Étaient ensevelis la tête hors de terre. 
Cet homme les avait lui-même ainsi placés, 
£t n'avait pas eu peur de tous ces fronts glacés. 
Ils étaient là, sanglants, froids, la bouche entr'ouvcrte, 
La face vers le ciel, blêmes dans l'herbe verte. 
Effroyables à voir dans leur tranquillité, 
Éventrés, balafrés, le visage fouetté 
Par la ronce qui tremble au vent du crépuscule, 
Tous, l'homme du faubourg qui jamais ne recule, 
Le riche à la main blanche et le pauvre au bras fort, 
La mère qui semblait montrer son enfant mort. 
Cheveux blancs, tète blonde, au milieu des squelettes,^ 
La belle jeune fille aux lèvres violettes. 
Côte à côte ran^iés dans l'ombre au pied des ifs, 
Livides, stupéfaits, immobiles, pensifs. 
Spectres do même crime et des mêmes désastres. 
De leur œil fixe et vide ils regardaient les astres. 
Dès l'aube, on s'en venait chercher dans ce gazon 
Z'abscDl qui n'était pas rentré dans la maison; 



7 

Le peuple contemplait ces têtes effarées; 
Ijà naît, qoi de décembre abrège les soirées, 
Padiqae, les couvrait da moins de son linceol. 
Le soir, le vieox gîtrdien des tombes, resté seul, 
Hâtait le pas parmi les pierres sépulcrales, 
Frémissant d'entrevoir tontes ces faces pâtes; 
Et, tandis qu'on pleurait dans les maisons en deuil, 
L'âpre bise soufflait sur ces fronts sans cercoeil, 
L'ombre froide emplissait l'enclos aux murs funèbres. 
O morts, que disiez- vous à Dieu dans ces ténèbres? 

On eût dit en voyant ces morts mystérieux 
Le cou hors de la terre et le regard aux cieux. 
Que dans le cimetière oiî le cyprès frissonne, 
Entendant le clairon du jugement qui sonne. 
Tous ces assassinés s'éveillaient brusquement, 
Qu'ils voyaient, Bonaparte, au seuil du Grmament, 
Amener devant Dieu ton âme horrible et fausse, 
f Et que, pour témoigner, ils sortaient de leur fosse. 

Montmartre! enclos fatal! quand vient le soir obscur 
Aujourd'hui le passant éviie encor ce mur. 

VI 

Vn mois après, cet homme allait a Notre-Dame. 

Il entra le front haut; la myrrhe et le cinname 
Brûlaient; les tours vibraient sous le bourdon sonnant ;^ 
L'archevêque était là, de gloire rayonnant; 
Sa chape avait été taillée en un suaire; 
Sur une croix dressée au fond du sanctuaire 
Jésus avj^it été cloué pour qu'il restât. 
Cet infâme apportait à Dieu son attentat. 
Comme unloupquiselècheaprèsqu'il vient de mordre^ 
Caressant sa moustache, il dit:— J'ai sauvé l'ordre! 
Anges, recevez-moi dans votre légion! 
J'ai sauvé la famille et la religion! — 
£t dans son œil féroce on Satan se contemple^ 
On vit iaire ooe larme... — O co\otkT\^% ^NiVwsù^^^s^- 
Abîmes qa*à Palmes vil 8'enXT*ouNÙt %^\\!^.^««^> 
Cieax qui rites IVéroq, soleW <\u\ n\% ^«V^^tv^ 



8 

Vents qai jadis meniez Tibère vers C^prée, 
Et poussiez sar les flots sa galère dorée, 
O sonflles de Taorore et do septentrion, 
Dites si l'assassin dépasse l'histrion! 



TII 

Toi qaî bats de ton flux (idèle 
La roche où j'ai ployé mon aile, 
Vaincu, mais non pas abattu, 
Goufi^re où l'air joue, où l'esauif sombre. 
Pourquoi me parles-* u dans l'ombre? 
O sombre mer, que me veux-lo? 

• 

Tu n'y peux rien! Ronge les digues, 
Epands Tonde que tu prodigues, 
Laisse-moi souffrir et rêver; 
Toutes les eaux de ton abtme. 
Hélas! passeraient sur ce crime, 
O vaste mer, sans le laver! 

Je comprends, tu veux m'en distraire; 
Tu me dis : — Calme-toi, mon frère. 
Calme-toi, penseur orageux! — 
Mais toi-même alors, mer profonde, 
Calme ton flot puissant qui gronde» 
Toujours amer, jamais fangeux ! 

Ta crois en ton pouvoir suprême, 
Toi qu'on admire, toi qu'on aime, 
Toi qui ressembles au destin. 
Toi que les cieux ont azurée, 
Toi qui, dans ton onde saciéj. 
Laves l'étoile du matin ! 

Ta me dis: — Viens, contemple, oublie! 
Tu me montres le mât qui plie. 
Les blocs verdis, les caps crouiants. 
L'écume au loin, dans les décombres, 
S'abattant sur les rochers sombres 
Comme une troupe d'oiseaox blancs; 



ft 



La pêcheose aox pieds nas qoi chante» 
L'eaa bleae où foit la nef penchante, 
Le marin, rnde labonrear, 
Les hantes yagaes en démence; 
Tu me montres ta grâce immense 
Mêlée à ton immense horreur; 

Tu me dis : — Donne-moi ton âme ; 
Proscrit, éteins en moi tu flamme, 
Marchear, jette aux flots ton bâton; 
Tonrne vers moi ta voe ia^rate. — 
Tu me dis : — J'endormais Socr ate. — 
Tu me dis: " J*ai calmé Caton! 

Non ! respecte Tâpre pensée. 
L'âme du juste ecorroucée, 
L'esprit qoi songe aux noirs forfaits! 
Parle aux vieux rochers, tes conquêtes, 
Et laisse en repos mes tempêtes! 
D'ailleurs, mer sombre, je te hais! 

O mer! n'est ce pas toi, servante! 
Qui traînes sur ton eau mouvante, 
Parmi les vents et les écueils, 
Vers Gayenne aux fosses profondes, 
Ces noirs pontons qui sur tes ondes 
Passent comme de grands cercueils ! 

N'est-ce pas toi qui ks emportes 
Vers le sépulcre ouvrant ses portes. 
Tous nos mariyrs au front serein, 
Dans la cale où manque la paille. 
Où les canons pleins de mitraille. 
Béants, passent leur cou d'airain! 

Et s'ils pleurent, si les tortures 
Font fléchir ces hautes nature*), 
N'est-ce pas toi, gouffre exécré, 
Qui te mêles à leur supplice, 
£t qui, de ta rum^^ur complice, 
Couvres leur cri désespéré! 



J 



10 



TIII 



Voilà ce qo'on a va 1 Thistoire le raconte, 
Et lorsqu'elle a fini pleare, roage de honte... 

Quand se réveillera la grande nation, 
Quand viendra le moment de Texpiation, 
Glaive des jours saoglants,oh! ne sors pas de Tombre ! 
Non! non! il n'est pas vrai qu'en plus d'une âme sombre. 
Pour châtier ce traître et cet homme de noif , 
A cette heure, 6 douleur! ta nécessité luit! 
Souvenirs où l'esprit grave et pensif s'arrête, 
Gendarmes, sabre nu, conduisant la charrette, 
Roulements des tambours, peuple criant: frappons! 
Foule encombrant les toits, les 8eoils,les quais, les ponts, 
Grèves des temps passés, mornes places publiques 
Où Ton entrevoyait des triangles obliques, 
Oh! ne revenez pas, lugubres visions! 
Ciel ! Noos allions en paix devant nons,noas faisions 
Chacun notre travail dans le siècle où nous sommes. 
Le poëte chantait l'œuvre immense des hommes, 
La tribune parlait avec sa grande voix. 
On brisait échafauds, trônes, carcans, pavois. 
Chaque jour décroissaient la haine et la souffrance. 
Le genre humain suivait le progrès saint, la France 
Marchait devant avec sa flamme sar le frent« 
Ces hommes sont venus ! Lui, ce vivant affront. 
Lui, ce bandit qa'on lave avec l'huile du sacre ! 
Ils sont venus, portant le deuil et le massacre. 
Le meurtre, les linceuls, le fer, le sang, le fen ; 
Ils ont semé cela sur l'avenir, grand Dieu! 

\ Kt maintenant, pitié, voici que tu tressailles 
' A ces mots efirayants: vengeance! représailles! 

Et moi, proscrit qui saigne aux ronces des chemins. 
Triste, je rêve et j'ai mon front dans mes deux mains, 
Et je sens, par instants, d'une aile hérissée 
Dans les jours qui viendront s'enfoncer ma pensée! 
Géante aux chastes yeux, à l'ardente action. 



Il 
Qae jamais on ne voie, ô Révolution, 
Devant ton Ger visage où la colère brille, 
L'Hamanilé, tremblante et te criant: ma fille! 
Et coavrant de son corps même les scélérats, 
Se tràtner à tes pieds en se tordant les bras! 
Ah! ta respecteras cette donleor amère, 
£t ta t'arrêterai, vierge, devant la mère ! 

O travàillear robaste, ouvrier demi-na, 
Moissonnear envoyé par Diea même, et venu 
Poar faucher en an jour dix siècles de misère. 
Sans pear, sans pitié, vrai, formidable et sincère. 
Egale par la stature an colosse romain. 
Toi qui vainquis TEurope et qui pris dans ta maia 
Les rois, et les brisas les uns contre les antres, 
Né ponr clore les temps d'où sortirent les nôtres, 
Toi qui par la terreur sauvas la liberté, 
Toi qui portes ce nom sombre: Né^^essité, 
Dans rhistoire où tu luis commo en une fournaise. 
Reste seul à jamais. Titan quatre- vin jt-treize ! 
Rien d'aussi grand que toi ne viendrait après toi. 

D'ailleurs, né d'un régime où dominait reffroî. 
Ton éducation sur ta tête affranchie 
Pesait/et malgré toi, fils de la monarchie, 
Nourri d'enseignements et d'exemples mauvais, 
Comme elle tu versas le sang; tu ne savais 
Qae ce qu'elle t'avait appr<is: le mal, la peine, 
La loi de mort roê ée avec la loi de haine; 
Et jetant bas tyrans, parlementa, rois, Capefs, 
Ta te levais contre eux et comme eux ta frappais. 

Nous, grâce à toi, géant qui gagnas notre caase, 
g Fils de la liberté, nous savons autre chose. 
% Ce que la France veut pour toujours désormais, 
\ C'est l'amour rayonnant sur ses.calmes sommets» 
f La loi sainte du Christ, la fraternité pure. 

Ce grand mot est écrit dans tonte la nature: 




I L'Idée à qui tout cède et qui tooji 

t Prouve sa sainteté même dans sa colère. 

\ 



13 

Bile laisse tODJoars les principes deboat. 
Être vainqaeors, c'est pea, mais rester graDds,c' est toat» 
Quand nous tiendrons ce traître, abject, frissonnant» 

(blème^ 
Affirmons le progrès dans le châtiment même ; 
La honte, et non la mort.— Peuples, couvrons d'oubli 
L'affreux passé des rois, pour toujours aboli. 
Supplices, couperets, billots, gibets, tortures! 
Bâtons l'heure promise aux nations futures 
Où, calme et souriant aux bons, même aux ingrats, 
La Goncerde, serrant les hommes dans ses bras, 
Penchera sur nous tous sa tète vénérable ! 
Oh ! qu'il ne soit pas dit que, pour ce misérable, 
Le monde en son chemin sublime a reculé ! 
Que Jésus et Voltaire auront en vain parlé! 
Qu'il n'est pas vrai qu'après tant d'effort et de peine^ 
^otre époque ait enfin sacré la vie humaine. 
Bêlas ! et qu'il suffit d'un moment indigné 
Pour perdre le trésor par les siècles gagné ! 
On peut être sévère et de sang économe. 
Oh! qu'il ne soit pas dit qu'à cause de cet homme, 
La guiltotine au noir panier, an'avec dégoût 
Février avait prise et jeté^^ à i égout, 
S'est I éveillée avec hs bourreaux dans leurs bouges^ 
A ressaisi sa baihe entre ses deux bras rouges, 
£t, dressant son poteau dans les tombes scellé, 
Sinistre, a reparu sous le ciel étoile ! 

IX 

Toi qu'aimait Jovénal, gonflé de lave ardente» 
Toi cfont la clarté luit dans l'œil 6xe de Dante, 
Muse Indignation ! vien^, dressons maintenant» 
Dressons sur cet empire heureux et rayonnant» 
£t sur cette victoire au tonnerre échappée, 
^ssez de piloris pour faire une épopée ! 



t 



Jev&e^ . Novembre \ftVl, 



LIVRE PREMIER. 



LA SOCIÉTÉ EST SAUVÉE. 



I 



France ! à l'heure où ta te prosternes, 
Le g|ed d*an lyran sur toa front, 
La ^ix sortira des cavernes ; 
Les enchaînés tressailleront. 

Le banni, debout sur la grève, 
Contemplant Fétoile et le flot, 
Comme ceux qu'on entend en rêve, 
Parlera dans Tombre tout haut; 

Et ses proies, qui menacent. 
Ses paroles, dont Teclair luit. 
Seront comme des mains qui passent 
Tenant des glaives dans la nuit. 

Elles feront frémir les marbres 

Et les monts que brunit le soir ; 

Et Jes chevelures des arbres 

Frîsionneroni sous le ciel noir. 
16 



Elles seront Tairain qoi sonne, 
Le cri qoi chasse les corbeaax, 
Le souffle inconna dont frissonne 
Le brin d'herbe snr les tombeaux; 

Elles crieront: honte aox infâmes, 
Aax oppresseurs, aax meurtriers ! 
Elles appelleront les âmes 
Gomme on appelle des guerriers! 

Sur les races qoi se transforment, 
Sombre orage, elles planeront ; 
Et si ceux qoi vivent s'endorment, 
Geox qoi sont morts s'éveilleront. 



Jersev. Aoûi 1853. 



!5 



II 



T0IJE.01V 



£a ces temps-là c'était une ville tombée 
An pouvoir des Anglais, maîtres des vastes mers, 
Qui, da canon battue et de terreur coarbée, 
Disparaissait dans tes éclairs. 

C'était une cité qu'ébranlait le tonnerre 
A rhenre où la nuit tombe, à l'heure où le jour natt, 
Qu'avait prise en sa griffe Albion, qu'en sa serre 
La République reprenait. 

Dans la rade couraient les frégates meurtries ; 
Les pavillons pendaient troués par le boulet; 
Sur le front orageux des noires batteries 
La fumée à longs flots roulait. 

On entendait gronder les forts , sauter les poudres ; 
Le brûlot flamboyait sur la vague qui luit ; 
Comme un astre efi'rayant qui se disperse en foudres 
La bombe éclatait dans la nuit. 

Sombre histoire ! Quel temps ! Et quelle illustre page ! 
Tout se mêlait, le mât coupé, le mur détroit, 
Les obus, le sifilet des maîtres d'équipage, 
Et l'ombre, et l'horreur, et le bruit. 

O France ! Tu couvrais alors toute la terre 
Du choc prodigieux de tes rebellions. 
Les rois lâchaient sur toi la tigre et la panthère. 
Et toi, tu lâchais les lions. 



16 

Alors la Répobliqae avait quatorze armées. 
Oq luttait sar les monts et sar les océans. 
Cent victoires jetaient an vent cent renommées, 
On voyait surgir les géants! 

Alors apparaissaient des aobes rayonnantes. 
Des inconnas, soudain éblouissant les yeux, 
Se dressaient, et faisaient aux trompettes sonnantes 
Dire leurs noms mystérieux. 

Us faisaient de leurs jours de sublimes offrandes ; 
Ils criaient: Liberté! guerre aux tyrans! mourons! 
Guerre ! et la gloire ouvrait ses ailes toutes grandes 
Au dessus de ces jeunes fronts! ' 



II 

Aujourd'hui c'est la ville où toute honte échoue. 
Là, quiconque est abject, horrible et malfaisant, 
Quiconque un jour plongea son honneur dans la boue, 
Noya son âme dans le sang. 

Là, le faux-monnayeur pris la main sur sa forge, 
L'homme du faux serment et Thomme du faux poids, 
Le brigantqui s'embusque et qui saute à la gorge 
Des passants, la nuit, dans les bois, 

Là, quand l'heure a sonné, cette heure cécessaire. 
Toujours, quoiqu'il ait fait pour fuir, quoiqu'il ait dit, 
Le pirate hideux, le voleur, le faussaire , 
Le parricide, le bandit. 

Qu'il sorte d'un palais ou qu'il sorte d'un bouge. 
Vient, et trouve une main, froide comme un verrou, 
Qui sur le dos lui jette une casaque rouge 
Et lui met un carcan au cou ! 

L'aurore luit, pour eux sombre et pour nous vermeille. 
Allons! debout! Ils vont vers le sombre X>céan, 
Il semble que leur chaîne avec eux se i éveille, 
Et dit : me voilà ; viens-nous-en ! 



17 

Ils marcheot, aa marteau présentant lears manilles» 
A leor chaîne cloué?, mêlant leurs pas bruyants , 
Traînant leur pourpre infâme en hideuses guenilles, 
Humbles, furieux, effrayants. 

Les pieds nus, leur bonnet baissé sur leurs paupières, 
Bès l'aube harassés, l'œil mort, les membres lourds, 
Ils travaillent, creusant des rocs, roulant des pierres , 
Sans trêve, hier , demain, toujours. 

Pluie ou soleil, hiver , été, que juin flamboie, 
Que janvier pleure, ils vont, leur destin s'accomplit , 
Avec le souvenir de leurs crimes pour joie, 
Avec une planche pour lit. 

Le soir, comme un troupeau rar(!;ousin vil les compte. 
Ils montent deux à deux l'escalier du ponton. 
Brisés, vaincus, le cœur incliné sous la honte, 
Le dos courbé sous le bâton. 

La pensée implacable habite encore leurs têtes. 
Morts vivants, aux labeurs voués , marqués au front, 
Il rampent, recevant le fouet comme des bêtes, 
Et comme des hommes l'affront. 



m 

Ville que l'infamie et la gloire ensemencent, 
Oii du forçat pensif le fer tond les cheveux, 
O Toulon! c'est par toi que les oncles commencent. 
Et que finissent les neveux! 

Va, maudit ! Ce boulet que, dans des temps stoïques. 
Le grand soldat, sur qui ton opprobre s'assied, 
Mettait dans les canons de ses mains héroïques, 
Tu le traîneras à ton pied ! 



Ecrit en arrivant à Bruxelles^ ^2 dec^m^t^ 'C&SK. 
i c J 



III 



Approchez- voas; ceci, c'est le tas des dévots. 
Gela hurle en grÎDÇant un benedicat vos; 
C'est laid, c'est vieux, c'est noir. Cela fait des gazettes. 
Pères fouetteors da siècle, à â;rands coups de garcettes 
Ils nous mènent au ciel. Ils font, blêmes grimaads, 
De l'âme et de Jésus des querelles de mots 
Comme à Byzance au temps des Jean et desEadoxes. 
Mé6ons-nous; ce ^ont des gredins orthodoxes. 
Ils auraient fait pousser des cris à Jovénal. 
La douairière aux yeux gris s'ébat sur leur journal 
Comme sur les marais la grue et la bécasse. 
Ils citent Poquelin, Pascal, Rousseau, Bocace, 
Voltaire, Diderot, l'aigle au vol inégal, 
Devant l'official et le théotogal. 
L'esprit étant gênant, ces saints le congédient. 
Ils mettent Escobar sous bande et l'expédient 
Aux bedeaux rayonnants pour quatrerfrancs par mois. 
Avec le vieux savon des jésuites sournois 
Ils lavent notre époque incrédule et pensive, 
Et le bûcher fournit sa cendre à leur lessive. 
Leur gazette, où les mots de venin sent verdis. 
Est la seule qui soit reçue au paradis. 
Us sont, là, tout puissants; et tandis que leur bande 
Prêche ici-bas la dtme et défend la prébende. 
Us font cAez JéhoYah la pluie et le beau temps. 



1» 
L'ange ao glaive de feu leur ouvre à deux battants 
La porte bienheureuse, effrayante et vermeille; 
Tons les matins, à l'heure ou Toiseau se réveille, 
Quand l'aube, se dressant au bord du ciel profond, 
Rt)ugit en ret^ardant ce que les hommes font. 
Et que des pleurs de honte emplissent sa paupière. 
Gais, ils grimpent là-haut, et, cognant chez Saint- Pierre 
Jettent à ce portier leur journal impudenN 
Ils écrivent à Dieu comme à leur intendant 
Critiquant, gourmandant, el lui demandant compte 
Des révolutions, des vents, do flot qui monte. 
De l'astre au pur regard qu'ils voudraient voir loucher. 
De ce qu'il fait tourner notre terre et marcher 
Notre esprit, et, d'un timbre ornant TEucharistie, 
Ils cachettent leur lettre immonde avec l'hostie. 
Jamais marqdîs, voyant son carrosse broncher, 
N'a plus superbement tutoyé son cocher, 
Si bien, que ne sachant comment mener le monde. 
Ce pauvre vieux bon Dieu, sur qui leur.foudre gronde, 
Tremblant, cherchant un trou dans sescieoxéclatants. 
Ne sait où se fourrer quand ils sont mécontents. 
Ils ont supprimé Rome; ils auraient détruit Sparte. 
Ces drôles sont charmés de monsieur. Bonaparte. 



BruxeWes. Janmer U5a. 



< 



s* 



IV 



AIX MORTS Dl 4 DÉCEMBRE. 



Jouissez da repos c|ue vous donne le maître. 
Yoas étiez autrefois des cœors trbublés peut-être, 

Qu*un vain' songe poursuit ; 
L'erreur vous tourmentait, ou la haine, ou l'envie; 
Vos bouches, d'où sortait la vapeur de la vie, 

Étaient pleines de bruit. 

• 

Faces confusément l'une à l'autre apparues. 
Vous alliez et veniez en foule dans les rues. 

Ne vous arrêtant pas, 
Inquiets comme l'eau qui coule des fontaines, 
Tous marchant au hasard, souffrant les mêmes peines. 

Mêlant les mêmes pas. 

Peut-être un feu creusait votre tête embrasée : 
Projets, espoirs, briser l'homme de l'Elysée, 

L'homme du Vatican, 
Verser le libre esprit à grands flots sur la terre ; 
Car dans ce siècle ardent toute âme est un cratère 

Et tout peuple un volcan. 

Vous aimiez, vous aviez le cœur lié de chaînes. 
Et le soir vous sentiez, livrés aux craintes vaines. 

Pleins de soucis poignants. 
Ainsi Que l'Océan sent remuer ses ondes. 
Se soulever en vous mille vagues profondes 
Soas les cieux rayonnauVs. 



2t 

ToQs, qai que vous fassiez, tète ardente, esprit sage, 
Soit qa'en vos yedx brillât la jeunesse, oo que Tâge 

VoQS prit etvoQS coarbât, 
Qae le destin poor vous fût deuil, énigme on fête , 
Voas aviez dans vos cœors Tamonr, cette tempête, 

La donlear, ce combat. 

Grâce an qnatre décembre, aajonrd'hai, sans pensée, 
Vous gisez étendus dans la fosse glacée 

Sons les linceuls épais ; 
O morts, rherbe sans bruit croit sur vos catacombes , 
Dormez dans vos cercueils ! taisez- vous dans vos tombes! 

L'empire, c'est la paix. 

Jersey. Décembre 1852^ 



Trois amis rentonraient. C'était à TElysée, 
On voyait du dehors luire cette croisée. 
Regardant venir l'heure et l'aiguille marcher, 
Il était là, pensif ; et, rêvant d'attacher 
Le nom de Bonaparte aux exploits de Cartouche, 
Il sentait approcher son guet-apens farouche. 
D'an pied distrait dans l'âtre il poussait le tison. 
Et voici ce que dit l'homme de trahison : 
— « Cette nuit vont surgir mes projets invisibles. 
Les Saint-Barthéiemy sont encore possîb'es. 
Paris dort comme aux temps de Charles de Valois; 
Vous allez dans on sac mettre toutes les lois, 
Et par dessus le pont lés jeter dans la Seine. » — 
O ruffians! bâtards de la fortune obscène, 
Nés do honteux coït de l'intrigue et du sort! 
Rien qu'en songeant à vous, mon vers indigné sort 
Et mon cœur orageux dans ma poitrine gronde 
Gomme le chêne au vent dans la forêt profonde/ 



{ 



22 

Gomme ils sortaient tons trois de la maison Bancal, 
Morny, Maopas le grec, Saint* Arnaud le chacal. 
Voyant passer ce groupe oblique et taciturne, 
Les clochers de Paris, sonnant Theure nocturne. 
S'efforçaient vainement d'imiter le tocsin ; 
Les pavés de Juillet criaient à l'assassin ! 
Tous les spectres sanglants des antiques carnages, 
Réveillés, se montraient du doigt ces personnages; 
La Marseillaise, archange aux chants aériens, 
Murmurait dans les cieux : Aux armes, citoyens ! 
Paris dormait, hélas ! et bientôt, sur les places. 
Sur les quais, les soldats, dociles populaces, 
Janissaires conduits par Reybeli et Saubou), 
Payés comme à Byzance, ivres comme à Stamboul, 
Ceux de Dulac, et ceux de Korte et d'Espinasse, 
La cartouchière au flanc et dans l'œil la menace. 
Vinrent, le régiment après le régiment, 
£t le long des maisons ils passaient lentement , 
A pas sourds, comme on voit les tigres dans les jongles 
Qui rampent sur le vehtre en allongeant leurs ongles; 
Et la nuit était morne, et Paris «ommeillait 
Gomme un aigle endormi pris sous un noir filet. 

Les chefs attendaient l'aube en fumant leurs cigares. 

O cosaques! voleurs! chauffeurs! routiers ! bulgares! 
O généraux brigands! bagne, je te les rends ! 
Les juges d'autrefois pour des crimes moins grands 
Ont brûié la Voisin et roué vif Desrues! 

Eclairant leur affiche infâme au coin des rues 
Et le lâche aripement de ces filous hardis. 
Le jour parut. La nuit, complice des bandits, 
Prit la fuite, el traînant à la hâte ses voiles. 
Dans les plis de sa robe emporta les étoiles. 
Et les mille soleils dans l'ombre étincelant. 
Gomme les sequins d'or qu'emporte en s'en allant 
Une fille, aux baisers du crime habituée. 
Qui se r'habille après s'être prostituée ! 

Bruxelles. Janvier 1859. 



VI 



LE TE DEUH DU 4»' JANVIER 1832. 



Prêtre, ta messe, écho des feux de peloton, 

Est une chose impie. 
Derrière toi, le bras ployé soas le mentoo, 

Rit la mort accroupie. 

Prêtre, on voit frissonner, anx cienx d'où noas venons, 

Les anges et les vierges 
Quand un évêqoe prend la mèche des canons 

Poar allamer les cierges. 

Ta yeal être au sénat, voir ton siège élevé 

Et ta fortune accrue ; 
Soit; mais pour bénir l'homme, attends qu'on ait lavé 

Le pavé de la rue. 

Peuples, gloire à Gessier ! meure Guillaume Tell! 

Un râle sort de l'orgue. 
Archevêque, on a pris, pour bâtir ton autel. 

Les dalles de la Morgue. 

Quand tu dis: —Te Deum\]Sous vous louons, Dieu fort! 

âabaoth des armées ! — 
Il se mêle à l'encens une vapeur qui sort 

Des fosses mal fermées. 

On a tué, la nnit, on a tué, le jour, 

L'homme, l'enfant, la femme ! 
Crime et deuil! Ce n'est plus l'aigle, c'est le vautour 

Qui vole à Notre-Dame. 



2% 

Va, prodigue au bandit les adorations ; 

Martyrs, vous Tentendtlf s ! 
Dien te voit, et là-haat tes bénédictions, 

O prêtre, sont maudites ! 

Les proscrits sont partis, aux flancs du ponton soir, 

Pour Alger, pour Cayenne ; 
Ils ont vu Bonaparte à Paris, ils vont voir 

En Afrique Pbyène. 

Ouvriers, paysans qu'on arrache au labour. 

Le sombre exil vous fauche! 
Bien, regarde à ta droite, archevêque Sibour, 

Et regarde à ta gauche. 

Ton diacre est Trahison et ton sotis- diacre est Vol ! 

Vends ton Dieu, vends ton âni9. 
Allons, coiffe ta mitre, allons, mets ton licol, 

Chante, vieux prêtre infâme ! 

Le meurtre à tes côtés suit Poffîce divin, 

Criant: feu sur qui bouge ! 
Satan tient la burette, et ce n'est pas de vin 

Que ton ciboire est rouge. 



Bruxelles, 3 janvier 1853. 



I 



» 



VII 



AD HÂIOREH DEI GLORIÂN 



• Vraimentf notre siècle est étrangemeiit délicat. 
« S'imagine- l-îl donc que la cendre des btkchtts soit 

• totalement éteinte ? qa'il n'en soit pas resté le plas 
« petit tison poar allumer one seale torche ? Les in- 
« sensés! en nous appelant jésuites^ ils croient nous 
o couvrir d'opprobre! Mais 0,^% jésuites leur réservent 

• la censure, un bâillon et do feu... Et, on jour, ils se- 
« ront les maîtres de leurs maîtres. » 

(Le Père Roothaan, général des jésuites y 
à la conférence de Chieri.) 

Us ont dit: «Nous serons les vainqueurs et les maîtres. 
Soldats par la tactique et par la robe prêtres, 
Noos détruirons progrès, lois, vertus, droits, talents. 
Noos nous ferons un fort avec tous ces décombres. 
Et pour nous y garder, comme des dogues sombres, 
Noos démusèierons les préjugés hurlants. 

a — Oui, réchafand est bon ; lagoorre est nécessaire; 
Acceptez l'ignorance, acceptez la misère; 
L'enfer attend l'orgueil du tribun triomphant; 
L'homme parvient à l'ange en passant par la buse» — 
Notre gouvernement fait de force et de rose 
Bâillonnera le père, abrutira l'enfant. 



26 

« Notre parole, hostile aa siècle qui s*écoole, 
Tombera de la chaire en flocons sur la foole; 
Elle refroidira les cœars irrésolus, 
Y glacera tout germe utile ou salutaire, 
Et puis elle y fondra comme la neige à terre, 
Et qui la cherchera ne la trouvera plus. 

« Seulement un froid sombre aura saisi les âmes: . 
Seulement nous anrons-4«é toutes les flammes; ^ / /< 
Et si quelqu'un leur crie, à ces Français d'alors: *" 
Sauvez la liberté pour qui luttaient vos pères ! — 
Ils riront, ces Français sortis de nos repaires. 
De la liberté morte et de leurs pères morts. 

« Prêtres, tions écrirons sur un drapeau qui brille: 
— Ordre, Religion, Propriété, Famille. — 
Et si quelque bandit, corse, juif ou payen. 
Vient nous aider avec le parjure à la bouche, (roiiche, 
Le sabre aux dents, la torche au poing, sanglant, fa- 
Volant et massacrant, nous lui dirons: c'est bienl 

« Vainqueurs, fortiGés, aux lieux inabordables, 

Nous vivrons arrogants, véoérés, formidables. 

Que nous importe au fond Christ, Mahomet, Mithra! 

Régner est notre but, notre moyen proscrire. 

Si jamais ici-bas on entend notre rire. 

Le fond obscur dn cœur de l'homme tremblera. 

« Nous garrotterons l'âme au fond d'une caverne. 
Nations, l'idéal du peuple qu'on gouverne 
C'est le moine d'Espagne ou le fellah du Nil. 
A bas l'esprit ! a bas le droit! vive Tépée ! 
Qu'est-ce que la pensée? une chienne échappée. 
Mettons Jean-Jacques au bagne et Voltaire au chenil. 

« Si l'esprit se débat, toujours nous l'étouffâmes. 
Nous parlerons tout bas à l'oreille des femmes. 
Nous aurons les pontons, l'Afrique, le Spielberg.^ 
Les vieux bûchers sont morts, nous les ferons revivre; 
N'y pouvant jeter l'homme, on y jette le livre; 
A défaut de Jean Hoss, nous brûlons Guttemberg. 



27 

« Et qoantà la raison, qai prétend jagor Rome, 
Flambeau qo^allame Diea sons le cràae de l'homme » 
Dont s'édairait Socrate et qai gnidiiit Jésas, 
NoQs, pareils an volear qai se glisse et qai rampe, 
Et commence en entrant par éteindre la lampe. 
En arrière et fartifs, noas soufflerons dessas. 

« Alors dans Tâme homaine obscarité profonde, 
Sor le néant des cœors le vrai pouvoir se fonde. 
Tout ce que nous voudrons, nous le ferons sans brait. 
Pas an souffle de voix, pas un battement d'atle 
Ne remuera dans l'ombre, et notre citadelle 
Sera comme une tour plas noire que la nuit. 

« Nous régnerons. La tourbe obéit comme Tonde. 
NOUS serons tout-puissants, nous régirons le monde; 
Noos posséderons tout; force, gloire et bonheur; 
Et noua ne craindrons rien, n'ayant ni foi ni. règles...» 
— Quand Vous habiteriez la montagne des aigles» 
Je vous arracherais de là, dit le Seigneur ! 



Jersey, iVo^embre V^'î^V 



I 



28 



vni 



A VM MAltWR 



^On lit dans les Annales de la Propagation de la Foiz 

« Une lettre de Hong-Kong (Chine), en date da 94 
joillet 1859, noQg annonce qae M. Bonnard, mission- 
naire do Tong-Kiog, a é<é décapiié pour la foi le 1er 
mai dernier. 

« Ce nouveau martyr était né dans le diocèse de Lyon 
et appartenait à la Société des Missions étrangères. 
Il était parti pcor le Tong-King en 1849. » 



O saint prêtre! grande âme! oh ! je tombe à genoux ! 
Jeune, il avait encor de longs j. urs parmi nous; 

Il n'en a pas compté le nombre; 
Il était à cet â^e où le bonheur fleurit; 
Il a considé'é la croix de Jésus-Christ 

Toute rayonnante dans Fombre. 

Il a dit:— « C'est le Dieu de progrès et d'amour. 
Jésus, qui voit ton front croit voir le front du jour. 

Christ sourit à qui le repousse. 
Puisqu'il est mort pour nous, je veux mourir pour lui. 
Bans son tombeau, dont j'ai la pierre pour appui, 

iJ m'appelle d'une voix douce. 



29 

« Sa doctrine est le ciel entr'oayert; par la maiD, 
Comme un père Tenfant, il tient le genre humain; 

Par lai nous vivons et noos sommes ; 
An chevet des geôliers dormant dans leurs maisons^ 
Il dérobe les clefs de tontes les prisons 

Et met en liberté les hommes. 

« Or il est; loin de nons, nne antre hnmanité 
Qui ne le connaît point, et dans l'iniquité 

Hampe enchaînée, et souffre et tombe ; 
Ils font pour trouver Dien de ténébreux effort» ; 
Ils s'agitent en vain ; ils sont comme des morts 

Qui tâtent le mur de leur tombe. 

« Sans loi, sans but, sans guide, ils errent ici-bas. 
Ils sont méchants étant ignorants; ils n'ont pas 

Leur part de la grande conquête. 
J'irai. Ponr les sauver, je quitte le saint-lieu. 
mes frères, je viens vous apporter mon Dieo ; 

Je viens vous apporter ma tète! » — 

Prêtre, il s'est souvenu, calme en nos jours troublés, 
De la parole dite acx apôtres : — allez. 

Bravez les bûchers et les claies! >- 
Et de Tadieu du Christ au suprême moment : 
— O vivants, aimez vous! aimez. £n vous aimant. 

Frères, vous fermerez mes plaies. — 

Il s'est dit qu'il est bon d'éclairer dans leur nait 
Ces peuples, éjçarés loin du progrès qui luit, 

Dont l'âme est couverte de voiles ; 
Puis il s'en est allé, dans les vents, dans les flots, 
Vers les noirs chevalets et les sanglants billots, 

Les yeux fixés sur les étoiles. 

II 
Ceux vers qui cet apôtre allait, lont égorgé. 

• ni 

» 

Oh ! tandis qne là-bas, hélas! chez ces barbares. 



30 

S'étale l'écbafaod de tes membres chargé, 

Qoe le boarreaa, rangeant ses glaives et ses barres, 

Frotte an gibet son ongle où ton sang s'est figé ; 

Ciel! tandis que les chiens dans ce sang viennent boire. 
Et que la mouche horrible, essaim ao vol joyeux, 
Gomme dans une ruche entre en ta bouche noire 
£t bourdonne au soleil dans les trous de tes yeux; 

Tandis qu'échevelée, et sans voix', sans paupières, 
Ta tête blême est !à sur un infâme pieu, 
Livrée aux vils affronts , meurtrie à coups de pierres. 
Ici, derrière toi, martyr, on vend ton Dieu ! 

Ce Dieu qui n'est qu'à toi, martyr, on te le vole! 
On le livre à Mandrin, ce Dieu pour c^ai tu meurs! 
Des hommes, comme toi revêtus de l'elole. 
Pour être cardioaox, pour être séoateurs. 

Des prêtres, pour avoir des palais, des car rosses, 
Et des jardins, Télé, riant sous le ciel bleu. 
Pour àrgenter leur mitre et pour dorer leur crosses, 
Pour boire de bon vin assis près d'un bon feu. 

An foi^ban dont la main dans le meurtre est trempée. 
Au larron chargé d'or qui paye et qui sourit. 
Grand Dieu! retourne-toi vers nous^ tête coupée! 
Ils vendent Jésus Christ ! ils vendent Jésus- Cnrist! 

Ils livrent au bandit, pour quelques sacs sordides, 
L'évangile, la loi, l'autel épouvanté. 
Et la justice aux yeux sévères et candides, 
Et l'étoile du cœur humain, la vérité! 

Les bons, jetés vivants, au bagne, on morts, aux flenves,^ 
L'homme just proscrit par Cartouche Sylla, 
L'iunoceni égorgé, le deuil sacré des veuves. 
Les pleurs de l'orphelin; ils vendent tout cela ! 

Tout! la foi, le serment que Dieu tient sous sa garde,. 
Le saint temple on, mourant, ta dis : Introïbo, 
Il s livrent tout! pudeur, vertu!— martyr, regarde, 
Rouvre tes yeux qu'emplit la lueur du tombeau,— 



SI 

Us Tendent Tarche aagaste où Toslie élincelle ! 
Ils vendent Christ» te dis-je ! et ses membres liés ! 
Ils vendent la saenr qui sur son front ruisselle, 
Et les clous de ses mains,^ et les clous de ses pieds l 

Ils vendent au brigand qui chez lui les attire, 
Le grand crucifié sur les hommes penché ; 
Us vendent sa parole, ils vendent son martyre, 
En ton martyre à toi par-dessus le marché ! 

Tant pour les coups de fouet qu'il reçut à la porte ! 
César ! tant pour Tamen ! tant pour ralleluia ! 
Tant pour la pierre où vint heurter sa tête morte! 
Tant pour le drap rougi que sa barbe essuya ! 

Ils vendent ses genoux meurtris, sa palme verte. 
Sa plaie au flâoc, son œil tout bagué d'infini. 
Ses pleurs, son agonie, et sa bouche entr'ouverte, 
Et le cri qu'il poussa, Lamma Sabactani ! 

Ils vendent !e sépulcre ! ils vendent les ténèbres ! 
Les séraphins chantant au seuil profond des cieux. 
Et la mèrd debout sous l'arbre aux bras funèbres. 
Qui, sentant là son fils, ne levait pas les yeux ! 

Oui, ces évêques,oui, ces marchands, oui, ces prêtres^, 
A rhistrion do crime, assouvi, couronné, 
A ce Néron repu qui rit parmi les traîtres, 
Un pied sur Thraséas, un coude sur Phryné, 

Au voleur qui tua lès lois à coups de crosse, 
An pirate empereur Napoléon dernier. 
Ivre deux fois, immonde encor plus que féroce, 
Pourceau dans le cloaque et loup dans le charnier, 

Us vendent, 6 martyr, le Dieu pensif et pâle 
Qui, debout sur la terre et sous le firmament, 
Triste et nous souriant dans notre nuit fatale 
Sur le noir Golgotha saigne éternellement. 



Jersey. Dézemhre 185t.. 



i 



IX 



li'ART ET liE PEVPIiE 



L*art, c*e8t la gloire et la joie; 
Dans la tempête il flamboie, 
Il é.*laire le ciel blea. 
L'art, gplendeor universelle, 
Aa front do peuple étincelle 
Comme Tastre au front de Diea. 

L'art est an chaut magnifique 
Qui platt au cœur pacifique, 
Que la cité dit aux bois, 
Que Thomme dit à la femme, 
Que toutes les voix de Tâme 
Chantent en chœur à la fois ! 

L*art, c'est la pensée humaine 
Qui va brisant toute chatoe! 
L'art, c'est le donx conquérant ! 
A lui le Rhin et le Tibre ! 
Peuple esclave, il te fait libre ; 
Peuple libre, il te fait grand ! 



33 
II 

O bonne France invincible, 
Chante ta chanson paisible ! 
Chante, et regarde le ciel ! 
Ta voix joyeuse et profonde 
Est Tespérance da monde, 
O grand peuple fraternel ! 

Bon peuple, chante à Paorore ! 
Qaant vient le soir, chante encore l 
lue travail fait la galté. 
Ris da vieax siècle qui passe ! 
Chante l'amoar à voix basse 
Et tout haot la liberté ! 

Chante la sainte Italie, 
La Pologne ensevelie, 
Naples qu'an sang pur rougit, 
La Hongrie agonisante... — 
O tyrans ! le peuple chante 
Comme le lion rugit! 




Paris, 6 nos^embre 1851. 



I 



2Il 



CHiUWSOIl 

Goarlisans! attablés dans lasplendide orgie, 

La boache par le rire et la soif élargie, 

Voas célébrez César, très-bon, très-grand, très-par; 

Voas bavez, apostats à tout ce qu'on révère, 

Le Chypre à pleine coupe et la honte à plein verre...— 

Mangez, moi je préfère, 

Vérité, ton pain dur. 

Boursier qui tonds le peuple, usurier qai le triches, 
Gais soupeu>^ de Chevet, ventrus, coquins et riches , 
Amis de Foald le juif et de Maupas le grec. 
Laissez le pauvre en pleurs sous la porte cochère ; 
FiUgraissez-vous, vive?, et faites bonne chère...— 

Man{|[ez, moi je préfère. 

Probité, ton pain sec. 

L'opprobre est une lèpre et le crime une dartre. 
Soldats qui revenez du boulevard Montmartre, 
Le vin, au sans: mêlé, jaillit sur vos habits; 
Chaâtez ! la table emplit Técole militaire. 
Le festin fume, on trinque, on boit, on roule à terre. .4 — 

Mangez, moi je préfère , 

O gloire, ton pain bis. 

O peuple des faubourgs, je tous ai vu sublime. 
Aujourd'hui vous avez, serf grisé par le crime, 
Plus d'argent dans la poche, au cœar moins de fierté. 
On va, cbjitne au cou, rire et boire à la barrière. 
Et vive l'empereur! et vive le salaire!... — 

Mangez, moi je préfère , 

Ton pain noir, liberté! 

3<îrs<^N. Décembre Wo^. 



35 



XI 



Oh! jd sais qa'ils feront (}es meDsonges sans nombre 

Poar s'évader des mains de la Vérité sombre ; 

Qa'ils nieront, qu'ils diront : ce n'est pas moi, c'est loi ! 

Mais, n'est-il pas vrai,DaDte,Eschyie, etvoas, prophè- 
Jamais, do poignet des poëtes, (tes? 

Jamais, pris an collet les malfaiteurs n'ont foi. 

.Vai fermé sur ceux -ci mon li?re expiatoire ; 
J'ai mis des verroax à l'histoire: 
L'histoire est on bagne aajourd^niii. 

Le poëte n'est plus l'esprit qoi rêve et prié; — 
ii a la grosse clef de la conciergerie. 
Qaand ils entrent ao greffe, où pend Teor chatne ao cloa» 
On regarde le prince aox poches comme on drôle» 

Et les empereurs à répaale ; — 
Macbeth est on escroc. César est on filoo. 
Voos gardez des forçats, 6 mes strophes ailées ! 

Les Galliopes étoilées 

Tiennent des registres d'écroo. 

II 

O peoples doolooreox, il faut bien ^a'on voos venge ! 
Les rhéteors froids m'ont dit: le poète, c'est range ; 
11 plane, ignorant Foold, Magnan, Moroy , Maopas; 
li contemple la noit sereine avec délices... — 

Non, tant qoe voos serez complices 
De ces crimes hideux que je suis pas à pas , 
Tant que vous couvrirez ces brigands de vos voiles » 

Gieox azurés, soleils, étoiles, 

Je ne vous regarderai pasl 



3« 

Tant qa'an gaeox forcera les boaches à se taire , 
Tant que la liberté sera coachée à terre 
Gomme ane femme morte et qu'on vient de noyer , 
Tant qae dans les pootoos on entendra des râles, 

J'aurai des clartés sépulcrales 
Ponr tons ces fronts abjects qu'un bandit fait ployé 
Je crierai: lève-toi, peuple! ciel, tonne et gronde ! 

La France, dans s» nuit profonde, 

Verra ma torche flamboyer! 

m 

Ces coquins vils qui font de la France une Chine, 
On enleudra mon fouet claquer sur leur échine. 
Ils chantent: Te Deum, je crierai : Mementol 
Je fouaillerai les gens, les faits, les noms, les titres, 

Porte-sabres et porte-mitres ; 
Je les tiens dans mon vers comme dans un élan. 
On verra choir, surplis, épaulettes, biéviaires^, 
£t César, sous mes étrivières, 
Se sauver, troussant son manteau ! 

Et les champs, et les près, le lac, la fleur, la plaine, 
Les nuages pareils à des flocons de laine. 
L'eau qui fait frissonner l'algue et les goémons, 
£t rénorme Océan, hydre aux écailles vertes, 

Les forêts de rumeurs couvertes. 
Le phare sur les flots, l'étoile sur les monts. 
Me reconnaîtront bien et diront à voix basse : 
C'est on esprit vengeur qui passe. 
Chassant devant lui les démons ! 



Jersey. Novembre 18 



37 



XII 



CARTE D^EIJROPi: 



Des sabres sont partout posés sar les provinces. 
L'aatel ment. On entend ceox qu'on nomme les prince» 
Jarer, d'an front tranquille et sans baisser les yeux, 
De faux serments qui font, tant ils navrent les âmes, 
Tant ils sont notpnstrueox, effroyables, infâmes , 
Tiemaer le tonnerre endormi dan s les cieux. 

Les soldats ont fouetté des femmes dans les rues. 
Où sont la liberté, la vertu ? dispai ues ! 
Dans i'exil! dans l'horreur des pontons étouffants 1 
O nations ! où sont vos âmes les plus belles ? 
Le boulet, c'est trop peu contre de tels rebelles ; 
Haynàu dans le canon met des têtes d'enfants (1). 

Peuple russe, tremblant et morne, tu chemines; 
Serf à Saint'Pétersboorg, ou forçat dans les mines. 
Le pôle est pour ton maître un cachot vaste et noir; 
Russie et Sibérie, ô czar! tyran! vampire! 
Ce sont les deux moitiés de ton funèbre empire; 
L'une est l'Oppression, l'autre est le Désespoir. 

Les supplices d'Ane ône emplissent les murailles. 
Le pape Mastaï fusille ses ouailles ; 
Il pose là l'hostie et commande le feu. 
Simoncelli périt le premier; tous les autres 
Le suivent sans pâlir, tribuns, soldats, apôtres; 
Ils meurent, et s'en vont parler du pièire à Dieu. 



( 1) Sac de Brescia. — Voir les Mémoires du général 
Pepe, 



j 



38 

Saiat'Père , sur tes mains laisse tomber tes manches! 
Saint-Père, on Toit da sang à tes sandales blanches! 
Borgia te sonrit, le pape empoisonneur. (nombre ? 
Combien sont morts ? combien mourront? qui sait le 
Ce qo) mèneaDJoard'hoi votre tronpean dans l'ombre » 
Ce n'est pas le berger, c'est le boocher, seigneur! 

Italie! All^magnel 6 Sicile! <> Hongrie! 

Europe, aïeule en pleurs, de misère aoaaigrie/ 

Vos meilleurs fils sont morts; l'honneur sombre est 

Au midi l'échafaud, au nord un ossuaire. (absent. 

La lune chaque nuit se lève en un suaire. 

Le soleil chaque soir se couche dans du sang. 

Sur les Français vaincus un saint-office pèse. 

Un brigand les égorge, et dit: je les apaise. 

Paris lave à genoux le sang <]ai l'inonda; 

La France garrottée assiste a t'hécJ«tombe. 

Par les pleurs, par les cris, réveiilés dans la tombe, 

— Bien! dit Laobardemont ; — Vd! dit Torquemada. 

Batthyani, Sandor, Poërio, victimes! 
Pour le peuple et le droit en vain nous combattîmes. 
Baudin tombe, ateitant son écharpe en lambeau; 
Pleurez dans les forêts, pleurez sur les montagnes! 
Où Dieu mit des édens les rois paettent des bagnes ; 
Venise est une chioarme et Naples est un tombeau. 

Le gibet sur Arad! le gibet sur PalermeT 
La corde à ces héros qai levaient d'un bras ferme 
Leur drapeau libre et fier devant les rois tremblants! 
Tandis qu'on va sacrer l'empereur Schinderhannes, 
Martyrs, la pluie à flots ruisselle sur vos crânes. 
Et le bec des corbeaux fouille vos yeux sanglants. 

Avenir ! avenir! voici qae lonl s'é ;rouIe ! 
Les pâles rois ont fui , la mer.vient, le flot roille. 
Peuples! le clairon sonne atix qaatre coins da ciel; 
Quelle fuite effrayante et sombre! les armées 
8'en vont dans la tempête en cendres enflammées. 
L'épouvante se lève ; — Allons, dit l'éternel ! 

Jersey. Novembre 1852. 



? 



IV 



AÎDsi les ploff abjects, lesplfis vils, lés plas mioces 

Vont réi{Der! ce o'étaii pst^asseï^^ vrais princes 

<2ui de lear sceptre é*or*\nsMéfà0^âe\ bleo, 

Et sont reis et méchants p^* ii(jEi^^^e Diea! 

Qaoi! tel gaeux qoi, poot^^ è^^om^m^i^^éiià bonne forme, 

A pour tonte spiendenr mMisfàî^^^^rmet 

Tel enfant da hasard, rebut dièîil éclb^auâds, 

Dont le nom fut un v«l et la naissarTciÉiin faux» 

Tel bohème pétri de ruse et d*arro«ance, 

Tel intrus entrera dans le sang.de Bragance, 

Dans la maison d'Autriche ou dans la maison d'Est » 

Grâce à la fiction légale û pater est^ 

Criera: je suis Bourbon, on: jd sois Bonaparte, 

Mettra cyniquement ses deux poings sur la carte^ 

Et dira : c'est à moi ! je suis le grand vainqueur ! 

Sans que les braves gens, sans que les gens de cœur 

Rendent à Curtios ce monarque de cire! 

Et, quand jedis: faquin: l'éjho répondra: Sire! 

<}aoi! ce royal croquant, ce maraud couronné» 

Qui, d'un boulet de quatre à la cheville orné. 

Devrait dans un ponton pourrir à fond décale. 

Cette altesse en ruolz, ce prince en chrysocaie. 

Se fait devant la France, horrible, ensanglanté» 

Donner de l'empereur et de la majesté. 

Il trousse sa moustache en croc et la caresse» 



72 

Sanf qae sous les soufflets sa face disparaisse, 

Sans que, d'un conp de pied rarnchant à Saint-Cloud» 

On le jette au ruisseau, dèt on salir t'égout! 

— Paix, disent cent crétins! c'est Ont. Chose faite. 
LeTrois-pour-centest Dieu, Mandrin est son prophète» 
11 règne. Nous avons voté! yox populi. — 
Oui, je comprends, l'opprobre est un fait accompli. 
Mais qui donc a votéî Mais qui donc tenait l'orne? 
Mais qui donc a vu clair dans ce scrutin nocturne? 
Où donc était la loi dans ce toor effronté? 
Où donc la nation ? où donc la liberté ? 
Ils ont voté ! 

Troupeau que la peur mène paître 
Entre le sacristain et le garde- champêtre, 
Vous qui, pleins de terreur, voyez, pour vous manger^ 
Pour manger vos maisons, vos bois, votre verger, 
Vos meules de luzerne et xos pommes à cidre , 
S'ouvrir tous les matins les mâchoires d'une hydre; 
Braves gens qui creyez en vos foins, et mettez 
De la religion dans vos propriétés ; 
Ames que l'argent touche et que l'or fait dévotes ; 
Maires narquois, tratoant vo^ paysans aux votes; 
Marguilliers au regard vitreux; curés camus 
Hurlant à vos lutrins : dœmonem laudamus ; 
Sots, qui vous courroucez comme flambe une bûche ; 
Marchands dent la balance incorrecio trébuche: 
Vieux bonshommes crochus, hiboux hommes d'état, 
Qui déclarez, devant la fraude et l'attbDtat, 
La tribune fatale et la presse funeste ; 
Fats qui, fout effrayés de l'esprit, cette peste, 
Criez, c|uoique à l'abri de la contagion ; 
Voltairiens, viveurs, fervente légion, 
Saints gaillards, qui jetez dans la même gamelle 
Dieu, l'orgie et la messe, et prenez pêle-mêle 
La défense du ciel et la taille à Goton ; 
Bons dos, qui vous courbez, adorant le bâton; 
Contemplateurs béats des gibets de l'Autriche ; 
Gens de baurse effarés qui trichez et qu'on triche; 
Invalides, lions transformés en toutous ; 
Niais pour qui cet homme est un sauveur; vous tous 



73 

Qui vous ébahissez» bestiaux de Panarge , 
Aax miracles que rail Cartouche thaumaturge ; 
Noircisseors de papier timbré, planteurs de choux» 
Est-ce que vous croyez que la France, c'est vous , 
Que vous êtes le peuple, et que jamais vous eûtes 
Le droit de nous donner un maître, ô tas de brutes l 

Ce droit, sachez-le bien, chiens du berger Maupas» 
£t la France et le peuple eux-mêmes ne l'ont pas. 
L'altière Vérité jamais ne tombe en cendre, 
La Liberté n'est pas une guenille à vendre, 
Jetée au tas« pendue au clou chez un fripier. 
Quand un peuple se laisse au piége estropier. 
Le droit sacré, toujouis à soi-même fidèle, 
Dans chaque citoyen trouve une citadelle; 
On s'illustre en bravant on lâche conquérant. 
Et le moindre du peuple en devient le/ plus grand. 
Donc, trouvez du bonheur, ô plates créatures, 
A vivre dans la Cange et dans les pourritures, 
Adorez ce fumier sous ce dais de brocart, 
L'honnête homme recule et s'accoude à l'écart. 
Dans la chute d'autroi je ne veux pas descendre. 

L'honneur n'abdique pomt. Nul D'adroit de me prendre 
Ma liberté, mon bien, mon ciel bleu, mon amour. 
Tout l'univers aveugle est sans droit sur le jour. 
Fût-on cent millions d'esclaves, je sois libre. 
Ainsi parle Caton. Sur- la Seine ou le Tibre, 
Persomie n'est tombé tant qu'un seul est debout. 
Le vieux sang des aïeux qui s'indigne et qui bout^ 
La vertu, la fierté, la justice, l'histoire. 
Toute une nation avec toute sa gloire 
Vit dans le dernier front qui ne veut pas plier. 
Pour soutenir le temple il suffit d'un pilier; 
Un Français, c'est la France; un Romain contient Rome» 
Et ce qui brise un peuple avorte aux pieds d'un homme. 



Jersey. iVovcmbre V^Vl. 



I 



75 



i|}1JEREL.L.ES DU SÉRAIE^ 



€iei! après tes splendeurs qui rayonnaient nagaèros» 
Liberté sainte; après toutes ce^ grandes gaerres. 

Tourbillon inouï; 
Après ce Marengo qui brille sor la carte , 
Et qai ferait lâcher le premiej Bonaparte 

A Tacite ébloiii; 

» 

Après ces messidors, ces prairials, ces frimaires» 
Et tant de préjusés, d'Hydres et de chimères, 

Terrassé» à jamais ; 
Après le sceptre en cendre et la Bastille en poodre» 
Le trône en flammé ; après tous ces grands coups de 

Sur tous ces grands sommets; (fondra 

Après tous ces géants, après tous res colosses, 
S'acharnant, maUré Dieu, comtne d'ardents molosses,, 

Quand Dieu disait: va-t-en! ^ 
Après ton océan, République Française, 
Où nos pèreâ ont vu p»s$erQ lalrc-vingt-lreizo 

Coinm^ Lév alb9n^ 



7« 

Après Danton, Saint-Just et Mirabeau , ces hommes, 
Ces titans — aajoard'bai , cette France où nous som- 

Contemple l'embryon ! (mes ! 

X*infiniment petit, monstrueux et féroce ! 
£t, dans la goutte d'eau, les guerres du volvoce 

Contre le vibrion ! 

Honte! France, aujourd'hui, voici ta grande affaire: 
Savoir si c'est Maupas ou Morny qu'on préfère. 

Là haut, dans le palais ; 
Tons denx ont sauvé Fordre et sauvé les fîaimilles ; 
Lequel l'emportera ? l'un a pour lui les filles, 

Et l'antre , les valets. 



Bruxelles. Janner 1852, 



k 



77 



VI 



ORIENTAIiE 



Lorsque Abd-el-Kader dans sa geôle 
Vit entrer l'homme aax yeux étroits 
Qoe l'histoire «p pelle — . ce drôle, — 
El TroploDg — Napoléon trois; — 

QuMl Yit venir, de sa croisée, 
Suivi da troapeaa qoi je sert, 
L'homme Ipache de TÉlysée, — 
Lqî, rhommefaave da désert; 

Lai, le saltan né soos les palmes, 
Le compagnon des lions roox. 
Le badji faroacbe aax yeux calmes. 
L'émir pensif, féroce et doux , 

Lui , sombre et fatal personnaiçe 
"Qui, spectre pâle au blanc burnoas, 
Bondissait, ivre de carnage , 
Paie (ombait dans Vombie a %,«a»^^\ 



78 

Qui, de sa tente ouvrant les toile&» 
£t priant an bord du chemin, 
Tranquille, montrait aux éloiles 
Ses mains teintes de sang humain ; 

Qui donnait à boire aux épées, 
Et qui, rêveur mystérieux, 
Assis sur des fêtes coupées, 
Contemplait la beauté des cieux; 

Voyant ce regard fourbe et traître^ 
Ce front bas de honte «bscurci , 
Lui, le beau soldat, le beau prêtrç, 
11 dit: quel est cei homme ci? 

Devant ce vil mas^que à moustaches, . 
Il hésita ; mais on lui dit : 
« — Regarde, éuir, passer les haches; 
« Cet homme, c'es^ César bandit. 

« Écoute ces plaintes amères 

« £t celte clameur qui grandit. 

fc Cet homme est maudit par les mères, 

« Par les femmes il est maudit ; 

« Il les fait veuves, il les lAvre ; 
« Il prit la France et la tua , 
« Il rongje à présent son cadavre. » — 
Alors le hadji salua. 

Mais au fond toutes ses pensées 
Méprisaient le sanglant gredin ; 
Le tigre aux narines froncéts 
Flairait ce loup avec déJain. 



3tiTse^. Novembre \ 



7» 



VII 



m BON BOURGEOIS DANS SA MAISON 



« Mais que je suis donc heareax d'être né en ChiDet 
«Je possède une maison poorm'abriter, j'ai de quoi 
c manger et boire, j*ai tontes les commodités derexis- 
« tence , j'ai des habits, des bonnets et ane multitude 
tt d'agréments ; en vérité la félicité la plus grande est 
^ mon partage! » 

TiEN-Ki-CHi , lettré chinois. 

Il est certains bourg' ois, prêtres du Dieu Boutique^ 
Plus voisins de Chrysès q le de Caton d'Utique, 
Mettant par -dessus tout la rente et le coupoa, 
Qui, voguant à la bourse et tenant un harpon, 
Honnêtes gens d'ailleurs, mais de la grosse espèce,. 
Acceptent Fhalaris par amour pour leur caisse ; 
Et le taureau d'airain à cause du veau d'or. 
Ils ont voté. Demain ils voteront encor. 
Si quelque libre écrit entre leurs mains s'égare. 
Les pieds sur les chenets et fumant son cithare, 
Chacun de ces votants tout bas raisonne ainsi : 
— Ce livre est fort choquant De quel droit celoi-ci 
Est-il généreux, ferme et fier, quand je suis lâché?' 
En attaquant monsieur Bonaparte, on me fâche. 
Je pense comme lui que c'est un gueux; pourquoi 
Le dit-il ? Soit ; d'a<*cord, Bonap^tle t^V. s^\ï^ VcJ\ 
]Vj hif c'est an parjure, un bn^aiiÀ, wilA^waavc^v 
C'est, frai; sa politique est armée eu cwyÀ\t^% 



80 

Il a banni jasqa'à des j âges sappléants ; 

Il a coapé leur boorse aux princes d'Orléans^ 

C'est le pire f^redin qai soit sar cette terre ; 

Mais paisqoe j'ai voté pour Ini, l'on doit se taire. 

Ecrire contre lai, c'est me blâmer an fond ; 

C'est médire: voilà comment les braves font ; 

£t c'est ane façon, à nons qui restons n<^atres, 

De noQs faire sentir que nous sommes des pleutres. 

J'en conviens, nous avons une conle au poignet. 

Que voulez-vous? la bourse allait mal; on craignait 

La république rouée, et même un peu la rose; 

Il fallait bien finir par faire quelque chose; 

On trouve ce coquin, on le fait empereur ; 

C'est tout simpl '. — Oo voulait éviter la terreur, 

Le spectre de monsieur Romieu, la jacquerie: 

On s*est réfugié dans cette escroquerie. 

Or, quand on dit du mal de ce gouvernement, 

Je me sens chatouilé désasréablement. 

Qu^on fouailie avec raison cet homme, c'est possible; 

Mais c'est m'msinuer à moi, bourgeois paisible 

Qui fit cd scélérat empereur ou consul, 

Que j'ai dit oui par peur et vivat par calcul. 

Je trouve impertinent, parbleu,' qu'on me le dise. 

M'étant enseveli dans cette couardise. 

Il me déplaît qu'on soit intrépide aujourd'hui, 

Et je tiens pour affront le courase d'autrui. — 

Penseuri", quand vous marquez au front l'homme po- 

<2ui de la loi sanglante arracha la tunique, (niqoe 

Quand vous vengi z le peuple à la gorge saisi. 

Le serment et le droit ; vous êtes, songez-y. 

Entre Sbosar qui rètfne et Géronte qui vote; 

Et votre plume ardente, anarchiqoe, indévote, 

Démagogique, impie, attente d'un cô*é 

A ce crime ; de l'autre, à cette lâcheté. 



Jersey. Novembre V^^\, 



H 



Vin 



SPLiGHIDEVIl» o :, , . ^ 



A présent que c'est fait, dans i'avilissemeiit * 
Arrangeons-DOQS chacan nôtre comparthneiit: 
Marchons <1* on air aagaste et fier; la honte est liae. 
•Qae toot à composer cette coar cc^ntriboe, 
Tout, excepté l'hoonenr, toat, hormis tes rertas. 
Faites vivre, animez, envoyez vos fœtas 
•Et vos nains monstrueux, bocaux d'anatomie: 
Donne ton crocodile et donne ta momie, 
Vieille Egypte; donnez, tapis-^frànes, vos filous; 
ShalLspeare, ton Palstaff ; noires faréts, vous loups; 
Donne, 6 bon Rabelais, ton Grandi^ousier qui mange; 
Bonne ton diable, Hoffmann; Venlllot, donne ton ange; 
Scapin, apporte-nous Géronte dans ton sac; 
Beaumarchais, prête-nous Bridoison ; que Balzac 
Donne Vautrin; Damas, la Garchonte; Voltaire» 
Son Frelon que l'argent fait parler iet fait taire; 
Mabile, les beautés de son jardin d'hiver; 
Lesage, cède-nous Gil Blas; aoe Galliver 
Donne tout Lilllputdont Paiaiie est une mouche,. 
Et Scarron Brascambille et Callot Scaramouch?. 

3a 



81 

]l non» faut dd dévot dans ce tripot payen ; 
Molière, donoe-noos Montalembert. G est bien ; 
L'ombre à Thorreor s'accoaple et le mauvais aa pire- 
Tacite, Doas avons de quoi faire Tempipe ; 
Jovénal, noos avons de quoi faire oo sénat. 

Il 

O Dacos le gascon, 6 Ronher Taavergpat, 

£t vous, jaiu, Foald-Shylock, Siboar-Hcariote, 

Toi Parieu, toi Bertrand, horreur du patriote, 

Bauchait, bourreau douceâtre é4 proscripteur plaintif,. 

Baroche, dont le nom n'est plos qu'on vomitif, 

O yalets solèntietd, 6 nujebtueox lourèiffs, 

Travaillant votre édime à produire des courbes. 

Bas, hautains, ravissant les Daumiers encl^antés 

Par vos convexités et vos concavités, 

Convenez avec moi, vous tous qu'ici je nomme, 

4}iia Dieu dans sa sagesse «fait exprès cet homme 

Pour régner sur la France, ou bien sur Haïti. 

£t vous autres, créés pour grossir son parti, 

Philosophes gênés de cuissons à l'épaule, 

£t vous, viveurs rafés, frais sortis Ue la geôle. 

Saluez rèlre unique et providenuel , 

Ce gouvernant tombé d'une trappe du ciel. 

Ce César moustachu, gardé par cent guérites, 

Qui sait apprécier les gens et les mentes, 

£t qui, prmce admirable et grand homme en effet,. 

Fait Poissy sénateur et Glichy soos-piéfet. 



Après quoi l'on ajuste »u fait la théorie: 

« — A bas les mots! à bas loi, liberté, patrie! ^ 

« Plus on s'applalira, plus on prospérera. 

« Jetons au feu tribune et presse et cœtera. 

« Depuis quatre-vingt-neuf les nations sont ivres 

« Les faiseurs de discours et les faiseurs de livres 

« Perdent tout; le poète est un fou dangereux; 

^ Le progrès m^nt, le ciel est vide, l'art est creux, 



83 

■ Le monde est iport Le peuple ? an àoe qai se cabrel 
«Laforce, c'est le droit. Coarbons-noos. Gloire aa 
• A bas les Washington! vivent les Attila!— « (sabre!: 
On a des gens d'esprit pour soutenir cela. 

Coi qu'ils viennent tons ceQX qui n'ont ni cœur ni flamme 
Qui boitent de Thonneur et qui louchent de Tâme; 
Oui, leur soleil se lève et leur messie est né. 
C'est décrété, c'est fait, c'est dit, c'est canonné, 
La France est mitraillée, escroquée et sauvée. 

Le hibou Trahison pond gatment sa couvée. 



ïv 

Et |>arto«t le néant prévaut; pour déchirer 

Netre histoire, nos loi?, nos droits; pour dévorer 

L'avenir de dos fils et les os de nos pères, 

Les bétes de la nuit sortent de leurs repaires ; 

Sophistes et soudards resserrent leur réseau; 

Les Radetzky flairant le gibet du nituseau, 

Les Giulay, poil tifi^ré, les Buo), face vèrté, 

Les Haynau, les Bomba, lôdent, la gueule ouverte, 

Autour du genre humain qui, pâle et garotté, 

Lutte pour la justice et pour la vérité; 

Et de Paris à Festb, du Tibre aux monts Garpathes, 

Sor nos débris sanglants rampent ces mille-pattes. 



Bu lourd dictionnaire où Beauzée et Batteux 
Ont versé les trésors de leur bon sens (soutteox, - 
11 faal, ^ràce aux vainqueurs, refaire chaque lettre ; 
Ame de l'homme, ils ont trouvé moyen de mettre 
Sur tes vieilles laideurs un tas de mots nouveaux, 
Leurs noms. L'hypocrisie aux yeux bas et dévots 
A nom Menjaud, et vend Jé^us dans sa chapelle ; 
On a débaptisé la honte, elle s'appelle 
Sibour; la trahison, Maupas; l'assassinat 
Sous Je nom de Magnan est membre dxx %^^^\.\ 



84 

Quant à la lâcheté, c'est HardoaÎD qa'oo la nomme; 

Riancey, c'est le mensonge; il arrive àe Rome 

Et tient la vérité renfermée en son pnils; 

La platitude a nom Montlaville-Chapuis; 

La prostitution, ingénue, est princesse; 

La férocité c'est Carrelet ; la bassesse 

Signe Rouher, avec Delangle pour ff^effier. 

O muse, inscris ces noms. Veux- tu qualifier 

La justice vénale, atroce, abjecte et fausse? 

Commence à Partarieu pour fiolr par Lafosse. 

J'appelle Saint-Arnaud, le meurtre dit: c'est moi. 

Et, pour tout compléter par le deuil et l'effroi^ ^ 

Le vieux calendrier remplace sur sa carte 

La Saint-Bartfaélemy par la Saint-Bonaparte. 

<}uant an peuple, il admire et vote; on est suspect 

D'en douter, et Paris écoute aVec respect 

Sibour et ses sermons, Tropiong et ses troplongnes. 

Les deux Napoléon s'unissent eu dipbthonl^nes. 

Et Berger entrelace en uu chiffre hardi 

Le boulevard Montmartre entre Arcole et Lodi. 

Spartacus asonise en un bagne fétide ; 

On chasse Thémistocle, on expulse Aristide, 

On jeté Daniel dans la fosse aux frions ; 

Et maintenant ouvrons le ventre aux millions! 



Jersf^y Novembre i^b^ 



I 



IX 



tMOYECiSE TIE 



Bien, pillards, intrigaDts, fourbes, crélios, puissances ! 
Attablez- voQs en hâte autour des jouissances! 

Accourez ! place à tous ! 
Maîtres, buvez, mangez, car la vie est rapide. 
Tout ce peuple conanis, tout ce peuple slupide, 

Tout ce peuple est à vous ! 

Vendez TEtat ! coupez les bois ! coupez les bourses ! 
Videz les réservoirs et tarissez les sources! 

Les temps sont arrivés. 
Prenez le d«rnier sou ! prenez, gais et faciles, 
Aux travailleurs des champs, aux travailleurs des vil- 

Prenez, riez, vivez ! (les ! 

Bombance ! allez ! c*est bien ! vivez ! faites ripaille ! 
La famille du pauvre expire sur la paille. 

Sans porte ni volet. 
Le père en frémissant va mendier dans l'ombre ; 
La mère n'ayant plus de pain, dénûmeat sombre, 

L'enfant n'a plus de lait. 

36 




II 

Millions! millions! châteaux! liste civile! 
Un JDor je descendis dans les caves de Lille ; 

Je vis ce morne enfer. 
Des fantèmes sont là sous terre dans des chambres, 
Blêmes, coarbés, ployés; le rachis tord leurs membres 

Dans son poignet de fer. 

Sous ces voûtes on souffre, et l'air semble un toxique; 
L'aveugle en tâtonnant donne à boire au phtisique ; 

L'eau coule à longs ruisseaux; 
Presçine enfant à vingt ans, déjà vieillard à trente, 
Le vivant chaque jour sent la mort pénétrante 

S'inGltrer dans ses os. 

Jamais de feu ; la plaie inonde la lucarne ; 
L'œil en ces souterrains où le malheur s'acharne 

Sur vous, 6 travailleurs. 
Près du rouet qni tourne et du fil qu'on dévide, 
Voit des larves errer dans la lueur livide 

Du soupirail en pleurs. 

Misère ^ L'homme songe en regardant la femme. 
Le père, autour de lui sentunt Taugoisse infâme 

Étreindre la vertu. 
Voit sa fille rentrer sinistre sous la porte, 
Et n'ose, l'œil fixé sur le pain qu'elle apporte, 

Lui dire: d'où viens- tu? 

Là dort le désespoir sur son haillon sordide , 
Là, Favril de la vie, ailleurs tiède et splendide, 

Ressemble au sombre hiver : 
La vierge, rose au jour, daqs l'ombre est violette; 
Là, rampent dans l'horreur la maigreur du squelette, 

La nudité du ver ; 

Là, frissonnent, plus bas que les égouts des rues. 
Familles de la vie et du jour disparues. 

Des groupes grelottants; 
Là, quand j'entrai, farouche, aux méduses pareille, 
Une petite fille à figure de vieille 

Médit: j'ai dix huit i)ns! 



87 

Là, n'ayant pas de Jit, la mère malheareuse 
Met ses petits enfants dans un tron qu'elle creuse, 

Tremblants comme Toiseau ; 
Hélas ! ce3 innocents aux regards de colombe, 
Trouvent en arrivant sur la terre une tombe, 

En place d'un berceau ! 

Caves de Lille! on meurt sous vos plafonds de pierre! 
J'ai TU, vu de mes yeux pleurant sous ma paupière. 

Râler l'aïeul flétri, 
La fille aux yeux hagards de ses cbeveox vêtue. 
Et Tenfant ftpectre an sein de la mère statue ! 

G Dante Alighieri ! 

C'est de ces donleurs-Ià que sortent vos richesses. 
Princes! ces dénûments nourrissent vos largesses, 

G vainqueurs ! conquérants! 
Votre budget ruisselle et suinte à larges gouttes 
Des murs de ces caveaux, des pierres de ces voû!es, 

Du cœur de ces mourants. 

Sous ce rouage affreux qu'on nomme tyrannie. 
Sous cette vis que meut le fisc; hideux génie, 

De l'aube jusqu'au soir, 
Sans trêve, nuit et jour, dans le siècle où nous sommes, 
Ainsi que des raisms on écrase des hommes, 

Et l'or sort du pressoir. 

C'est de cette détresse et de ces agonies, 

De cette ombre, où jamais, dans les âmes ternies. 

Espoir, tu ne vibras, 
C'est de ces bouges noirs pleins d'angoisses amères, 
C'est de ce sombre amas de pères et de mères 

Qui se tordent les bras, 

Oui, c'est de ce monceau d'indigences terribles 
Que les lourds millions, éftiocelants, horribles, 

Semant l'or en cliemin. 
Rampant vers les palais et les apothéoses. 
Sortent, monstres joyeux et couronnés de roses. 

Et teints de sang humain ! 



88 



III 



O paradis! spieodears! versez à boire aux maîtres! 
L'orchestre rit, ta fêle empourpre ies fenêtres, 

La table éclate et iait ; 
L' ombre est là 80Q8 leurs pieds: les portes ^ont fermées; 
La prostitution des vierges affamées 

Pleure dan^ celte nuit! 

Vous tous qui part4gez ces hideuses délices, 
Soldats payés, tribuns vendus, juges complices, 

Evêques effrontés, 
La misère frémit sous ce Louvre où vous êles ! 
C'est de fièvre et de faim et de mort, que sont faites 

Toutes vos voluptés! 

A Saint-Cloud, effeuillant jasmins et iharsuerites, 
Quand s*ébat sous les fleurs Fessaim des favorites. 

Bras nus et gorge au vent. 
Dans le festin qu'égaie un lustre à mille branches, 
Chacune en souriant, dans ses belles dents blanches 

Mange un enfant vivant ! 

Mais qu'importe! riez! Se plaindra-t-on sans cesse ? 
Serait-on empereur, prélat, prince et princesse, 

Pour ne pas s'amuser? 
Ce peuple en larmes, triste, et que la faim déchire, 
Doit être satisfait puisqu'il vous entend rire 

Et qu'il vous voit danser! ^ 

Qu'importe! Allons, emplis ton coffre, emplis ta poche. 
Chantez, le verre enmain,Troplong, Sibour^Baroche! 

Ce tableau nous manquait. 
Regorgez, quand la faim tient le peuple en sa serre. 
Et faites, au-dessus de l'ifnmense misère, 

Un immense banquet K 



«^MM^P 



I ■■■■-II. '• '■ ["'.pniii^i— iiwpw» 



8f 



IV 

Ils marchent sur toi, people! ô barricade sombre, 
Si faaote hier, dressant dans les assauts sans nombre 

Ton front de san^ lavé, 
Sons la rooe emportée, étinceiante et folie, 
De leiir coupé joyeux qui rayonne et qui vole. 

Tu redeviens pavé ! 

A César ton argent, peuple ; à toi, la famine. 
N'es-tu pas le^ chien vil qu'on bat et qui chemine 

Derrière son seigneur? 
A lui la pourpre; à toi la hotte et les guenilles. 
Peuple, à lui la be»iité de ces femmes, tes filles, 

A toi leur déshonneur! 



Ah ! quelqu'un parlera. La muse, c'est l'histoire. 
Quelqu'un élèvera la voix dans la nuit noire. 

Riez, bourreaux, bouffons ! 
Quelqu'un te vengera, pauvre France abattue. 
Ma mère ! et l'on verra la parole qui tue 

Sortir des cieux profonds! ' 

Ces gueux, pires brigands que ceux des vieilles races» 
Rongeant le pauvre peuple avec leurs dents voraces, 

Sans pitié, sans merci, 
Vils, n'ayant pas de cœur, mais ayant deux visages. 
Disent: — Bah! le puëip ! Il est dans les nuages! — 

Soit. Le tonnerre aussi. 



3 c J 



90 



IL^EMPEREUR S^%II1USE 



— CHANSON. — 



Pour les bannis opiniâtres, 
La France est loin, la tombe est près. 
Prince, préside aox jeax folâtres. 
Chasse aux femmes dans les théâtres, 
Chasse aux chevreuils dans les forêts ; 
Rome te brûle le cinnamome, 
Les rois te disent : mon cousin. — 
Sonne aojoord'hai le glas, bourdon de Notre-Dame, 
Et demain le tocsin ! 

Les plus frappés sont les plus dignes. 
Ou l'exil ! ou l'Afrique en feu I 
Prince, CompièRue est plein de cygnes. 
Cours dans les bois, cours dans les vignes, 
Vénus rayonne au plafond bleu ; 
La bacchante aux bras nus se pâme 
Soa8 SB couronne de raisin. — 
SûOBe aajoar&buï le glas, bout^on à«^q\x«*\^««^^ 
Et demain le tocsin 1 



fl 

t 

Les forçats bâtissent le phare, 
Traiûant leurs fers aa bord des flots! 
Hallali ! Hallali ! fanfare ! 
Le cor sonne, le bois s'effare, 
La lune argenté les bouleaux ; 
A Teau les chiens ! le cerf qui brame 
Se perd dans Tombre du bassin. — 
Sonne auioord'bui le glas, bourdon de Notre-Dame, 
Et demain le tocsin ! 

Le père est an bagne à Cayenne 
Et les enfants meurent de faim. 
Le loup verse à boire à l*byène ; 
L'homme à la mitre citoyenne 
Trinque en son ciboire d'or fin; 
On voi( luire les yeux de flamme 
Des faunes dans Tantre voisin. — 
Sonne aujourd'hui le glas, bourdon de Notre-Dame, 
Et demain le tocsin ! 

Les morts, au boulevard Montmartre, 
Rôdent, montrant leur plaie au cœur. 
Pâtés de Strasbourg et de Cbartre, 
Sous la table au tapis de martre. 
Les belles boivent an vainqueur , 
Et leur sourire offre leur âme, 
Et leur corset offre leur sein. — 
Sonne aujourd'hui le glas, bourdon de Notre-Dame, 
Et demain le tocsin ! 

Captifs^ expirez dans les flèvres. 
Vous allez donc vous reposer ! 
Dans le vieux Saxe et le vieux Sèvres 
On soupe, on mange, et sur les lèvres 
Eclot le doux oiseau baiser ; 
Et, tout en riant, chaque femme 
En laisse fuir un fol essaim. ^ 
Sojwe aajoard'hai le glas, boutàotid^^Q\^^-^«^^\ 
Et demain le tocsin l 



ISKssa 



f2 

La Gayane, cachot foarDaise, 
Tae aojoard'bai comme jadis. 
Couche-toi, joyeux et plein d'aise, 
Au lit où coucha Louis Seize, 
Puis l'empereur, puis Charles dix ; 
Eodors-toi, pendant qu'on t'acclame, 
La tète sur leur traversin. — 
Sonne aujourd'hui le gbs, bourdon de Notre-rDame, 
Et demain le tocsin! 

O deuil ! par un bandit féroce 
L'avenir est mort poignardé ! 
C'est aujourd'hui la grande noce, 
Le fiancé monte en carrosse ; ' 
C'est loi ! César le bien fl;ardé ! 
Peuples, chantez l'épithalame ! 
l^a France épouse l'assassin! — 
Sonne aujourd'hui le glas, bourdon de Notre-Dame, 
Et demain le tocsin ! 



Jerae'^. Décembre 4%5^ 



»s 



XI 



— Sentiers où Therbe se balance, 
Vallons, coteaox, bois chevelus, 
Poarqaoi ce deuil et ce silence? 

— Celui qui venait ne vient plus. 

— Pourquoi personne à ta fenêtre, 
Fit pourquoi ton jardin sans fleors. 
O maison ! où donc est ton maître ? 
— ' J« ne sais pas, il est ailleurs. 

— Chien, veille au logis. — Pourquoi faire? 
La maison est vide à présent. 

— Enfant, qui pleure»- tu? — Mon père. 

— Femme, qui pleures-tu ? — L'aosent. 

— Où s'en est'il allé? — Dans Tombre. 

— Flots qui gémissez sur recueil, 
D'où venez- vous? — Du bagne sombre. 

— Et qu'apportez-vous? — Un cercueil. 



JuilUt, i853. 



•« 



XII 



O Robert^ an conseil. Ayez l'air moins candide. 
Soyons homme d'esprit. Le moment est splendide, 
Je le sais ; le quart d'heure est chatoyant, c'est vrai ; 
Cette Californie est riche en minerai, 
D'accord; mais cependant quand un préfet, an maire. 
Un évêque adorant le fils de votre mère, 
Quand un Soin, un Parieo, payé pour sa ferveur. 
Vous parlant en plein nr z, voua appelle sauveur, 
Vous promet l'avenir, atteste Fould et Ma^ne, 
Et vous fait coudoyer César et Charlemagne, 
Mon cher, vous accueillez ces propos obligeants 
D'un air de bonne foi qui prêle à rire aux gens. 
Vous avez l'œil béat d'un bailli de province. 
Par ces simplicités vous affligez, 6 prince. 
Napoléon, votre oncle, et, moi, votre parrain. 
Ne soyons pas Jocrisse ayant été Mandrin. 
On vole un trône, on prend un peuple en une attrape, 
Mais il est de bon goût d'en rire un peu sous cape 
Et de cligner de l'œil du cô'é des malins. 
Être sa propre dupe ! ah ! fi donc! verres pleins, 
Poche pleine, et rions! la France rampe et s'oflre ; 
Soyons un sage à qui Jupiter livre un coffre ; 
Dépêchons-nous, pillons, ré^snons vite. — Mais quoi!> 
Le pape nous bénit; czar, sultan, duc et roi 



93 

Sont DOS coosios; fonder uo empire, est Tacite; 

Il est doux d'être chef d'uoe race! — Imbécile! 

Te figores-ta dune que ceci dorera ? 

Prends-to pour do granit ce décor d'opéra? 

Paris dompté ! par toi ! dans qaelle apocalypse 

Lit-on qae le géant devant le nain s'éclipse? 

Crois-ta donc ({q'od va voir, gatment, Tceil impudent, 

Ta fortane cynique écraser sous sa dent 

La Révolution que nos pères ont faite, 

Ainsi c|o'one guenon qui croque une noisette ! 

Ote-toi de l'esprit ce rêve enchanteur. Crois 

A Rose Tamisier faisant saigner la croix, 

A Tàme de Raroche entrouvrant sa corolle. 

Crois à rhonnèteté de Deutz, à ta parol«^, 

C'est Inen; mais ne crois pas à ton succès ; il ment. 

Rose Tamisier, Deutz, Baroche, ton serment, 

C'est de l'or, j'en conviens; ton sceptre est de l'argile. 

Diea, qui t'a mis au coche , écrit sur toi : fragile. 



Jeiscy. Mai 1853. 



i 



XIII 



L'histoire a poar égoot des temps comme les nôtres; 
Et c'est là que la table est mise pour voas aatres. 
C'est là, sar cette aappe où, joyeux, voqs maogez, 
Qa'oa voit, — taodis qa'aiileors, naset de fers chargés 
Agonisent, sereins, calmes, le front sévère, 
Socrate àTAgora, Jésas-Ghrist au Calvaire, 
Colomb dans son cachot, Jean Has sar son bûcher» 
Et qae l'hamanité pleure et n'ose approcher 
Tous ces gibets où sont les justes et les sages, — 
C'est là qu'on voit trôner dans la longueur des âges» 
Paimi les vins, les luths, les viandes, les flambeaux, 
Sur des coussins de pourpre oubliant les tombeaux» 
Ouvrant et refermant leurs féroces mâchoires. 
Ivres, heureux, affreux, la tête dans des gloires, 
Tout le troupeau hideux des satrapes dorés ; 
C'est là qu'on entend rire et chanter, entourés 
De femmes couronnant de fleurs leurs turpitudes» 
Dans leur lasciveté prenant mille attitudes,. 
Laissant peuples et chiens en bas ronger les os. 
Tous les hommes requins, tous les hommes pourceaux» 
Les princes de hasard plus fangeux que les rues, 
Les goinfres courtisans, les altesses ventrues, 
Toute gloutonnerie et toute abjection 
Depuis Cambacérès jusqu'à Tnmalcion. 



Jerse'j. Fë«nev \%tâ^ 



•T 



XIV 



A PROPOS DE LA LOI FAIDER 



Ce qu'on appelle Charte oo CoostitatioD 
C'est an antre qa'an peuple en révolatioa ' 
Crense dans le granit, abrî sûr et fidèle. 
Joyeax, le peuple enferme en cette citadelle 
Ses conquêtes, ses droits, payés de tant d'efforts. 
Ses progrès, son honneur; pour garder ces trésors. 
Il installe en la haute et superbe tanière 
La fauve liberté, secouant sa crinière. 
L'œuvre faite, il s'apaise, il reprend ses travaux ; 
Il retourne à son champ, fier de ses droits nouveaux. 
Et tranquille, il s'endort sur des dates célèbres, 
dans songer aux larrons rôdant dans les ténèbres. 
Un beau matin, le peuple en s'éveillant va voir 
^ Constitution, temple de son pouvoir ; 
Hélas! de l'antre auguste on a fait nne niche. 
Il y mit un lion, il y trouve un caniche. 



Jersey. Déccw\iTe N»^"^ 



M 



XV 



EiE BORD DE tulk MER 



BABMODIC». 

La DQÎt vient. Vénus brille. 

l'épée. 

Harmodius! c'est Theare. 

LA BORNE DO CHEMIN. 

Le Tyran va passer. 

HARMODICS. 

J'ai froid, retrons. 

UN TOMBEAU. 

Demeare. 

HARMODUS. 



99 

LE TOMBEAU. 

Je sais la tombe. — Exécate oa péris. 

PN nâVirf. a l'horizon. 
Je sais la tombe aussi, j'emporte les proscrits. 

L^ÉPÉE. 

Attendons le tyran. 

HARMOOIlTS. 

J'ai froid. Quel vent ! 

LjB YBNT. ^ 

Je passe. 
Mon brait est ane voix. Je sème dans i'espcce r 
Les cris des exilés, de misère ekpitaots, 
Qal sans pain, sans abri, sans amis, sans parents^ 
Meurent en regardant du lô'.é de la Grèce. 

- VOIX DANS l'air. 

Piémésis! Némésis! lève-toi, vengeresse! 

L'ÉPÉE. 

C'est l'heure. Proûtons de l'ombre qui descend. 

LA TERRE. 

Je sais pleine de morts. 

LA MER. 

Je suis rooge de sang. 
Les fleaves m'ont porté des cadavres sans nombre. 

LA TERRE. 

Les morts saignent pendant qu'on adore son ombre. 
A chaque pas qu'il fait sous le clair (iriXk^mvcLV. 
Je les sens s'àgMev en moi conCusèm^tiX. 



IN 

UN FORÇAT. 

Je sais forçat, voici la chatoe qae je porte, 
Hélas! poar n'avoir pas chassé loin de ma porte 
Un proscrit qqi fayait, noble ejt par citoyen. 

l'épéb. 
Ne frappe pas an cœar, ta ne trouverais rien. 

LA LOI. 

J'étais la loi, je sois an spectre. U m'a taée. 

LA JUSTICE, 

De moi,, prêtresse, il fait one prostitaée. 

LES OISEAUX. 

Il a retiré l'air des cieox et nous fuyons. 

LA LIBERTÉ. 

Je m'enfais avec eox -- ô terre sans- rayons, 
Grèce, adiea ! ^ 

UN VOLEUR. 

€e tyran, noos i'aimous. Car ce mattre 
Qae respecte le jut^e et qa'admire le prêtre, 
Qa'on accaeille partout de cris encoarageants, 
Est plus pareil à nous qu'à voos, honnêtes gens. 

LE SERMENT. 

Dieux puissants! à jamais, fermez toutes les bouchesl 
La confiance est mur te au fond des cœurs farouches. 
Homme, tu mens! Soleil, tu mens ! Cieux, voos mentez! 
Soufflez, vents de la nuit ! emportez, emportez 
L'honneur et la vertu, cette sombre chimère! 

LA PATRIE. 

Mon fils! Je suis aux fers. Mon fils, je suis ta mère! 
Je tends ies bras vers loi du Coud de ma çrison^ 



"W^ 



111 



HARMODIUS. 



<}ooi ! le frapper, la naît, rentrant dans sa maison! 
^Qoi ! devant ce ciel noir, devant ces mers sans borne! 
Le poignarder, devant ce gouffre obscar et morne, 
En présence de l'ombre et de l'immensité [ 

LA CONSCIENCE. . 

Ta peux taer cet homme avec tranquillité. 




Jers^^. Octobre VS^^l. 



162 



XVI 



M03I 



Laissons le glaive à Roroe et le stylel à Sparte,. 
'Se faisons pas saisir, trop pressés de punir, 
Par le spectre Brutus le brigand Bonaparte. 
Gardons ce lùisérable an sinistre avenir. 

Voos serez salisfaits, je vous le certfie, 
Bannis, qui de Texii poriez lé triste faix, * 
Captifs, proscrits, ma» tyrs qu'il foale et qu'il délîe^ 
Vous tous qui frénoissez, vous s(rez satisfaits. 

Jamais au criminel son orime ne pardonne ; 
Mais gardez, croyez moi, la vengeance an fourreau ; 
Attendez; ayez foi dans les ordres que donne 
Dieu, juge patient, au temps, tardif bourreau ! 

Laissons vivre le tratiré en sa honte insondable. 
Ce sang humitrait même le vil couteau. 
Laissons venir le temps, l'inconnu formidable 
Qui tient le châtiment caché sous son manteau. 

Qu'il soit le couronné parce quMl est le pire; 
Le mattre des fronts plats et des cœurs abrutis ; 
Çae son sénat décerne k sa race Vem^lre^ 
S'ii trouve one femelle el s'il & des p«V.\\s\ 



Qo'il rèsne par la messe et par la pertoisanne ; 
Qu'on le fosse empt^rfur dans son flagrant délit, 
Que réglise en rampani, que cette coartisanne 
8e glisse dans son antre el couche dans son lit; 

QoMl soit cher à Troploog, qoe Sibour le vénère^ 
Qoli leor donne son pied tout sanglant à baiser, 
Qu'il vive, ce César! Loovel ou Lacenaire 
Seraient pour le tuer forcés de se baisser. 

Ne tuez pas c(^t homme, ô vous, sondeurs sévères, 
Rêveurs mystérieux, solitaires et fort^, 
Qui, pendant qu'on le fête et qu'il choque les verres, . 
Marchez, le poing crispé, dans l'herbe où sont tes 

(morts! 
Avec l'aide d'en haut toujours nous triomphâmes. 
L'exemple froid vaut mieux qu'un éclair de fureur. 
IVon, ne le tu^^z pas^ Les piloris infâmes 
Ont besoin d'être ornés parfois d'un empereur. 



(S) 



Jersey. Oclo\)Te \^^«^ 



I 

I 

I 

I 

I 



LIVRE IV 



LA RELIGION EST GLORIFIÉE 



I 



SACKR EjSTO 



NoD, liberté! non, Peuple, il ne faut pas aa'il menrel 
Oh! certes, ce serait trop simple, en Vérité, 
Qa'après avoir brisé les lois, et sonné Theure 
Où la sainte podear au ciel a remonté ; 

Qa'après avoir f^àgné sa sanglante gageure, 
£t vaincu par l'embûche et le glaive «t le feu ; 
Qu'après son guet-apens, ses meurtres, son parjure,. 
Son faux serment, soufflet sur la face de Oieu ; 

Qu'après avoir traîné la France, au cœur frappée, 
£t par les pieds liée, à son immonde char^ 
Cet infâme en fût quitte avec un coup d^épée 
Au cou comme Pompée, au flanc comme César .^ 

Non! il est l'assassin c[ui rôle dans les plaines ; 
11 a tué, sabré, mitraillé sans remords, 
Il fit la maison vide, il fit les tombes pleines, 
11 marche, il va, suivi par Tceil fixe des mocVs\ 



1 

106 

-A c^Qse de ce^ homme, empereur éphémère. 
Le fils n'a plas de père et Teufant plus d'espoir, 
La veave è genoax pieare et sanglotte,.et la mère 
N'est plas qu'un spectre ass s sons un long voile noir; 

Pour filer ses habits royaux, sur les navettes 
On met du fi) trennpé dans le san^qui coula ; 
Le boalevard Montmartre a fourni ses cuvettes. 
Et l'on teint son manteau dans cette pourpre-là; 

Il vous jette à Cayeone, à l'Afrique, aux sentines, 
Martyrs, héros d'hier et forçats d'aujourd'hui ! 
Le couteau ruisselant des roufl;<BS gudlotines 
Laisse tomber le sang goutte à goutte sur lui ; 

Lorsque la trahison, sa complice livide, 
Vient et frappe à sa porte, il fait signe d'ouvrir ; 
Il est le fratricide! il est le parricide! — 
Peuples, c'est pour cela qu*il ne doit pas mourir ! 

Gardons l'homme vivant. Oh! Châtiment superbe! 
Oh! S'il pouvait un jour passer par le chemin. 
Nu, courbé, frissonnant, conime au vent tremble l'herbe, 
Sous l'exécration de tout le genre humain! 

Ètreint par son passé tout rempli deses crimes. 
Gomme par un carcan tout hériss.é de clous, 
Cherchant les lieux profonds, les forêts, les abtmes, 
l'aie, horrible, effaré, reconnu par les loups ; 

.Dans quelque baene vil n'entendant que sa chaîne, 
Seul, toujours seul, parlant en vain aux rochers sourds. 
Voyant autour de lui le silence et la haine. 
Des hommes nulle part et des spectres toujours; 

Vieillissant, rejeté par la mort comme indigne, 
Tremblant sous la nuit noire, affreux sous le ciel bleu... 
Peuples, écart ez- vous ! cet homme porte un signe: 
Ciissoz passer C.aïn! il appartient à Dieu. 



Jersov. Octobre 1852. 



107 



II 



Ce que le Poète se dirait en (^84S 



I De dois pa« ch^^rcher le poavoîr, (a dois faire 
m œavre ailleurs; ta dois, esprit d'une autre sphère^ 
$yaiit roccasion recaler chastpmeot 
) la peasée en deail doux et sévère amàut, 
»mpris oa dédaigné des hommes, tu dois être 
itre poor les garder et pour \ds bénir prêtre, 
(rsqae les citoyens, par la misère aigris, 
Is de la même France et du même Paris, 
§gorgent; quand, sinistre, et soudain apparue, 
1 norme barricade au coin de chaque rue 
rate et vomit la mort de partout à la fois, 
I dois y courir seul et désarmé : tu dois 
ms cette guerre impie,- abominable, infâme, 
ésenter ta poitrine et répandre ton âme, 
irler, prier, sauver les fa'bles et l<*s forts, 
lorire à la mitraille et pleurer sur les morts; 
lis remonter tranquille à ta place isolée, 
là, défendre au sein de Tardeote assemblée, 
ceux qu'on veut proscrire et ceux qu'on croit juger, 
mverfer Té hafaul, servir et provè^^t 



108 

L'ordre el la paix, qa*ébranle an parti téméraire,. 
Nos soldats trop aisés à tromper, et ton frère. 
Le paavre bomme da peuple aux cabanons jeté, 
Et les loiè, et la triste et fière liberté; 
Consoler dans ses jours d'anxiété funeste, 
L'art divin qui frissonne et pleure, et pour le reste 
Attendre le moment suprême et décisif. 

Ton rôle est d'avertir et de rester pensif. 



(S) 



Paris. Jttti/ell 848. 



III 



LES COMMISSIONS MIXTES 



Ils sont assis dans l'ombre et disent : nous jugeons. 
Ils peuplent d'Innocents les geôles, les donjons, 

£t les pentons, ne& abhorrées, 
Qai flottent au soleil, sombres comme le soir, 
Tandis que le reflet des mers sur leur flanc noir 

Frissonne en écailles dorées 
Pour avoir sons son chaume abrité des proscrits, 
Ce yieillard est an bagne, et Toa entend ses cris. 

A Cajenne, à Bone, aax galères, 
Qaiconqae a combattn cet escroc da scrokin 
Qui, traître, après avoir crocheté le Destin, 

FiloQta les droits populaires! 
Us ont frappé Tami des lois ; ils ont flétri 
La femme qui portait du pain à son marf, 

Le fils qui défendait son père ; 
Le droit ? on Pa banni ; Thonneur ? on Texila, 
Cette justice-là sort de ces jnses-là 

Comme des tombeaux Ta vipère. 



Bruxelles. Juillet 1852. 



IV 



 DES JOURNALISTES DE ROBE COURTE 



Parce qae, jargonoant vêpres, jeùfie et vigile, 
Exploitant Diea qui rêve ea fond da firmament, 
VoQs avez, au miliea da divin évangile, 
Oavert boqtiqae effrontément; 

Parce que voos feriez prendre à Jé^as la verge^ 
Cyniques brocanteurs sortis on ne sait d'où; 
Parce que vous allez vendant la sainte Vierge 
Dix sous avec miracle et sans miracle an son ; 

Parce que vous contez «d'effroyables sornettes 
Qui font des temples saints trembler les vieux pillerSi 
Parce que votre style éblouit les lunettes 
. Des duègnes et des marguilliers ; 

Parce que la soutane est sous vos redingottes. 
Parce que vous sentez là crasse et non rœillet. 
Parce que vous bâclez un journal de bigotes 
Pensé par Escobar, écrit par Patouillet; 

Parce qu*en balayant^enrs portes, les concierges 
Poussent dans le ruisseau ce pamphlet méprisé; 
Parce que vous mêlez à la cire des cierges 
Votre affreux suif vert-de-grisé ; 



lU 

Perce qa'à voas toat seals vous faites aoe espèce; 
Parce qa'eofin, blaochis dehors et ooirs dedans» 
Griaot meâ colpà, battaot la erosse caisse, 
La booe ao cœar, la larme à l'œil, le fifre aux deots» 

Pour attirer les sots qai donnent tète-bèche 
Dans tons les vils panoeaax da mensonge immortel» 
Voas avez adossé le tréteaa de Bobèche 
ÀQX saintes pierres de l'abtel, 

Voas voDS croye^ le droit, trempant dans Tean béoiftt 
Cette griffe qoi sort de votre abject pourpoint» 
De dire : je sais saint, ansçe, vierge et jésuite, 
J'insulte les passants et je ne me bats point! 

O pieds plats! votre plume ao fond de vos maures 
Oriffonne, va, vient, court, boit r<^ncre, rend da fiel» 
Bave, égratigne et crache, et ses é^laboussnres 
Font des taches jasques au ciel ! 

Votre immonde journal est une charretée 
De masques déguisés en prédicants camus, 
Qui passent en prêchant la cehoe ameutée 
Et qui parlent argot entre deux oremus. 

Vous insultez Pesprit, Técrivain dans ses veilles, . 
Et le penseur rêvant sur \m libres sommets; 
Et quand on va chez vous pour chercher vos oreilles» 
Vos oreilles n'y sont japaais. 

Après avoir lancé l'affront et le mensogne. 
Vous fuyez, vous courez, vous échappez aux yeax. 
Chacun a ses instincts, et s'enfonce et se plonge» 
Le hibou dans les trous et l'aigle dans les cieux! 

Vous, où vous cachez-vous ? dans quel hideux repaire? 
O Dieu! Tombre où l'on sent'taus les crimes passer 
S'y fait autour de vous plus noire, et la vipère 
S'y glisse et vient vous y baiser. 

Là Yoas pouvez, dragons qui rampez sous les presses^ 
Vous vautrer dans la fange où vous jettent vos koùIs. 
Le sort qui dans vos cœjrs mit toutes les b^siosse» 
Doit faire en vos taudis passer V>as\«^ éi^<(^^\&. 



112 

Bateleurs de raotel, voilà qoels sont vos rôteâ. 
£t quand •mi galant homme à do tels con^pàgnotis 
Fait cet immense honnepr de leor dire: mes dfèles, 
^e suis votre homme; dégainons! 

— Undoel! nous! des chi étions! jamais!— et cescrapnies 
Font des signes de cioix et jurent par les saints..— 
Lâches gaeox, leor terreur se déguise en scrapales» 
£t ces empoisonneurs ont peur d'être assassins. 

Bien, écoutez: la trique est !à, fraiché coupée. 
On vous fera cogner le pa\é du menton; 
Car sachez-le, coquins, on n'esquive l'épée 
Que pour rencontrer le tiâton. 

Tons conquîtes la Seine et le Rhin et le Tage. 
L'esprit humain ro&;oé subit votre compas. 
Sur les poblicains juifs vous avez l'avantage, 
Maudits! Judas est mort, Tartuffe ne meurt pas. 

lago n'est qu'un fat pi es de votre Basile. 
La Bible eu vos greniers pourrit mangée aux vers. 
Le jour où le mensonge aurait besoin d'asile, 
Vos cœurs sont là, tout grands ouverts. 

Yoas insultez le juste abreuvé d'amertumes. 
Tous les vices, quittant veste, cape et manteau. 
Vont se masquer chez vous et trouvent des costpmes. 
On entre Lacenaire, on sort Gontrafatto. 

Les âmes sont pour vous des bourses et des banques. 
Quiconque vous accueille a d'affreux repentirs. 
Vous vous faites chasser, et par vos saltimbanques 
Vos parodiez les martyrs. 

L'église du bon Dieu n'est que votre buvette. 
Vous offrez l'alliance à tous les inhumains. 
On trouvera do sang an fond de la cuvette 
Si jamais, par hasard, vous vous lavez les mains. 

Vous seriez des bourreaux si vous n'étiez des cuistre»^ 
Pour vous le glaive est saint et le supplice est beau ; 
O monstres! vous chantez dans vos hymnes sinistres 
Le bûcher f votre seul flambeau! 



tu 
Depuis dix-hait-cents ans Jésas, le doux pontife» 
Vent sortir da tombeau qoi leatemeot se rompt, 
Mais vous laites effort, 6 valets db Caïphe, 
Poar faire retomber la pierre sar son front! 

<> cafards ! votre échine appelle rétrivière. 
Le sort jaste et raillear fait chasser Loyola 
De France par le foaet d*an pape, et de Bavière 
Par la cravache de Lola. 

Allez, continuez, tournez la maniveHe 
De votre impur journal, vils grimands dépravés; 
Avec vos ongles noirs grattez votre cervelle ; 
Calomniez, hurlez, mordez, meniez, vivez ! 

(d*herbes, 
Diea prédestine anx dents des chevreaux les brins 
La mer aux coups de vent, les donjons auxbouiets. 
Aux rayons du soleil les parthénons superbes, 
Vos faces a^x larges sopfflets. 

Sas donc! cherchez les trous, les recoins, lescaveraes! 
Cachez-vous, plats vendeurs d'un fade orviétan, 
Pitres dévots, marchands d'infâmes balivernes. 
Vierges comme Teunaque, anges comme Siltao ! 

O saints du ciel! èst-il, sous l'œil de Dieu qui règne. 
Charlatans plus hideox et d'un plus lâche esprit, 
<Qae ceux qui, sans frémir, accrochent leur enseigne 
Aux clous saignants de Jésus-Christ! 



Septembre IBSQ. 



i 



itai 



4|VEL.4|IJ9IJ]1 



Donc on homme a vécu qaî s'appelait VarroD, 

Un autre Paal-Emile, an autre Gicéroo; 

Ces hommes ont été grands, poissants, populaires» 

Ont marché, précédés des faisceaux consulaires» 

Ont été généraux, magistrats, orateurs ; 

Ces hommes ont parlé devant tes séni leurs ; 

Ils ont vu, dans la poudre et le bruit des armées, 

Frissonnantes, passer les aigles enflammées; 

La foule les suivait et leur battait des mains ; 

Us sont morts ; on a fait à ces fameux Romains 

Destombeauxdanslemarbre.etd'autresdansrhistoire;. 

Leurs bustes, aujourd'hui, graves comme ta gloire. 

Dans Tombre des palais ouvrant leurs vagues yeux, 

Rêvent auteur de nous, témoins mystérieux ; 

Ce qui n'empêche pas, nous, gens des autres âges, 

Que, lorsque nous parlons de ces grands personnages,. 

Nous ne disions : Tel jour Varron mt un butord^ - 

Paal-Emile a mal fait, Cicéron eut grand tort/' 

Et lorsque nous traitons ainsi ces morts illastrçàu^ 

Ta prétends, toi, maraud, goojat parmi les rusCrep, 

Que je parle de toi qui lasses le dédain, 

.Sans dire hautement: cet homme est an grediii ! 



«5 

Ta T60X qae noas prenioDS des ganU et det niKaines 

Avec toi, qa'eût chassé Sparte ^ssi bien qo* Athènes! 

Force genst'ont conna jadis qnand (n courais 

Les brelans, les enfers, les troas, les cabarets, 

Qoand envoyait, le soir, tantôt dans Tombre obscure, 

Tantôt devant la porte entr'ooverte et peo sûre 

D'un antre d*où sortait nne rooge clarté, 

Ton chef branlant couvert d*on feotre caboté. 

Ta t'es fait broder d'oi' par Tempereor bobème. 

Ta vie est ane farce ti se gninde en poëme. 

Et qoe uimporte, à moi^ penseur, jage, ouvrier. 

Que décembre, étranglant dans ses poings février. 

T'installe en un palais, toi qoi souillais un bouge ! 

Allez aux tapis-trancs de Vanvre et de Montronge» 

Courez aux galetas, aux caves, aux taudis. 

Les échos vous diront partout ce que je dis: 

Ce drôle était voleur avant d*ètre ministre! — 

Ah l tu Jreox qu'on t'épargne, imbécile sinistre ! 

Ah ! te voilà content, satisfait, souriant! 

Sois tranquille. JMrai par la ville criant : 

Citoyens ! voyez-voas ce jésuite aux yeux jaunes ? 

Jadis, c'était Brutos. Il baissait les trônes, 

Il les aime aojoDrd'hui. Tous métiers lui sont bons; 

Il est pour le sucré:*. Donc à bas les Boorbon^, 

Mais vive l'empereur! à bas tribune et charte! 

11 déteste Chambord, mais il sert Bonaparte. 

On l'a fait sénateur, ce qui le rend fougueux. 

Si les choses étaient à leur place, ce gueux 

Q ui n'a pas, nous dit- il en déclamant son rôle. 

Les fleurs-de-lys au cœur, les aurait sur l'épaule. 



LonAtea. Ao<)il VWl. 



M7 



VI 



Écrit le 17 juillet 1851, en desceodant 
de la tribune. 



Ces hommes qui moarront, foale abjecte et grossière^ 
Sont de la boae avant d'être de la poussière. 
Oai, certe, ils passeront et moarroat. Aujoord'hai 
Lear vue à l'hoDoèle homtoe inspire an mâle ennaî. 
Envieox, consumés de rages puériles, 
D'autant plus furieux qu'ils se sentent stérile^j, 
Us mordent les talons de qui marche en avant. 
Ils sont humiliés d'aboyer, ne pouvant 
Jusqu'au rugissement hausser leur petitesse. 
Us courent, c'est à qui gagnera de vitesse, 
La proie est là! — hurlant et |appant à la fois, 
Lancés dans le sénat ainsi que dans un bois, 
Tous confondus, traitant, magistrat, soldat, prêtre» 
Meute autour du lion, chenil aux pieds du maître^ 
lis sont à qui les veut, du premier au dernier, 
Aujourd'hui Bonaparte et demain Changarnier! 
Us couvrent de leur bave honneur, droit, république, 
La charte populaire et l'œuvre évangélique* 

4a 



{ 



118 

Le progrès, ferme espoir des peuples désolés; 
Ils sont odieux. •— Bien. Gontinaez, allez 1 
Quand l'austère penseur oui, loin des multitudes^ 
Bèvait hier encore au fona des soiiludes, 
Apparaissant soudain dans sa tran<|oiilité, 
Tient an milieu de vous dire la vérité, 
Défendre les vaincus, rassurer la patrie, 
Eclatez! répandez cris, injures, furies. 
Ruez- vous sur son nom comme sur un butin î 
Vous n'obtiendrez de loi qu'on sourire hautain, 
£t pas même un regard ! — Car cette âme sereine 
Méprisant votre estime, estime votre haine.. 



(g^ 



Paris. 1851» 



119 



VII 



im AUTRE 



Ce Zoïle cagot naqait d'one Javotte. 
Le diable^ — ce joar-là Dieo permit qaMl créât, — - 
D'on peu de Ravaillac et d'an peo de Monotte 
Composa ce grédio béat. 

Toat jeune, Il contemplait, sans gite et sans yalise. 
Les soos- diacres coiffes d'an feotre en lampion; 
Vidocq le rencontra priant dans une église, 
Et rayant va loacher, en fit an espion. 

Alors ce Ya-nii-pieds songea dans sa mansarde; 
El, se yoyant sans cœar, sans style, sans esprit. 
Imagina de mettre one feaille poissarde 
An service de Jésas-Christ. 

Armé d'an goupillon, il entra dans la lice 
Contre les jacobins, le siècle et le péché. 
Il se donna le laie, étant de la pohce. 
D'être jésnile et saint par dessus le marché. 

Pour mille francs par mois livrant rEucharislie, 
Plus yil que les yolenrs et que les assassins. 
Il fut riche. Il portait un flair ^e sacristie 

Bans le tpouge des argooftins. M 



i» 

Il prospérer— Il insalte, il prêche, il fait la roue; 
S*il n'était pas saint homme, il eût été sapear ; 
Comme s'il s*y lavait, jl piaffe en pleine booe. 
Et, voyant qu'on se saave, il di|: comme ils ont peor! 

Regardez: le voilà! — Son joarnal frénétique 
Piatt aux dévots eC semble écrit par des bandits. 
Il fait des faasses-clefs dans Tarkière boatiqae 
Pour la porte da paradis. 

Bes miracles du jour il colle les affiches ; 
Il rédige Tabsorde en articles de foi ; 
Pharisien hideax, il trinifae avec les riches, 
Et dit an panvre: ami, viens jeûner avec moi. 

Il ripaille à hais-clos, en public il sermonne. 
Chante landeriretie après alielaia,. 
Bit on pater, et prend le menton de Simone... — 
Que j'en ai vu, de ces saints-là ! 

Qui vous expectoraient des pDsaames après boiÉ>e, 
Vendaient d'en air contrit leôr pieux bfic-à-brac. 
Et qui passaient, selon qu'ils changeaient d'auditoire, 
Bes strophes de Pirpn aux quatrains de Pibrac 1 

C'est ainsi qn'oatrageant gloires, vertus, génies, 
Charmantpar tantd'horreuf s «ju^lques niais fougueux, 
Il vit tranquillement dans les ignominies. 
Simple jésuite et triple gueux. 



Parts. Septembre 1850. 



i 



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VIII 



nmk mm^t 



Malgré moi je reviens, et mes vers s'y résignent, 
A cet hopame (|Qi fat si misérable, hélas! 
Et dont Mathieu Mole, chez les morts qqi sindignenti 
Parle à Boiss; d'Anglàs. 

» 

O loi sainte ! Justice ! où tout poavoir s'étaie, 
Gardienne de tout droit et de tout ordre hamain! 
Cet homme qui, vingt ans, poor recevoir sa paie, 
T'avait tenda la main, 

Quand il te vit sanglante et livrée à l'infâme, 
Levant tes bras, mçurtrie aux talons des soldats, 
Tourna la tête et dit: qu'est-ce que cçtte fbmme? 
Je ne la copnais pas ! 

• 

Les vieux partis avaient mis au fauteuil ce juste ! 
Ayant besoin d'un homme on prit un mannequin. 
11 eût fallu Gaton sur cette chaise augusto. 
On y jucha Pasquin. 

Opprobre! 11 dégradait à plaisir l'Assamblée; 
Souple, insolent, semblable aux valets familiers, 
Ses gros lazzis marchaient sur l'éloquence ailée 
Avec Içjirs gros souliers. 
4à 



I 



1 



Itl 

Qaaod on ne croit à rieo, on est prêt à toat faire. 
11 eût reça Gromwell oa Monk dans Temple-Bar. 
Soprème abjection ! riant avec Voltaire, 
Votant pour Escobar ! 

Ne sacbant qae lécher k droite et mordre à gaache, 
Aidant, à son infeo, le' crime; vil pantin. 
Il entr'oQvraii la porte aax sbires en déhanche 
Qui vinrent an matin. 

Si Ton avait voola, pour sauver du déluge, 
Certes, son traitement, sa place, son trésor, 
Et sa loque d'hermine et son bonnet de juge, 
Au triple^galon d'or. 

Il eût été complice, il eût rempli sa tâche; 
Mais les chefs sur son nom passèrent le charbon ; 
Is n'ont pas daigné faire un traître avec ce lâche; 
Ils ont dit : à quoi bon ? 

gi ms ce règne où l'on vend de la fange an pied cube, 
j^y 1 moins cet homme a-t-il à jamais diparu, 
Y^i tstre exploiteur des rois, courtisan du Danube, 
Hideux flatteur bourru ! 

\\ g 'offrait aux brigands après la loi tuée ; 
£tp ^^^ ^<>*il lâchât prise, aux yeux de tout Paris, 
Il UL l'ût qu'on loi dit : vieille prostituée. 
Vois donc tes cheveux gris ! 

Aujoi trd'hui méprisé, même de cette clique. 
On vc*it pendre la honte à son nom infamant, 
£t le dernier lambeau de la pudeur publique 
A Wù dernier serment. 

;Si pttî hasard, la nuit, dans les carrefours mornes, 
]i*ouiliaBt du croc l'ordure où dort plus d'un secret, 
XjiX chiffonnier trouvait cette âme au coin des bornes, 
jl la dédaignerait ! 



Jet%<ï^. Deceml^rc 1852. 



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IX 



Ceux qui vivent, ce gont ceux qai lottent ; ce sont 
Geax dont on dessein ferme eotplit rame et le front, 
Ceux qaid'Qa haut destin gravissent l'âpre cime, 
Ceux qai marchent pensifs, épris d'an bot sublime, 
Ayant devant les yenx sans cesse, nait et jonr, 
On quelque saint labeur ou quelque ^rami amour. 
C'est le prophète saint prosterné devant l'arche, 
C'est le travailleur, pâtre, ouvrier, patriarche; (pleins. 
Ceux dont le cœur est bon, ceux dont les jours sont 
Ceux-là vivent. Seigneur ! les autres, je les plains. 
Car de son vague ennui le néant les enivre. 
Car le plus lourd fardeau, c'est d'exister sans vivre. 
Inutiles, épars, ils traînent ici -bas 
Le sombre accablement d'être en ne pensant pas. 
Ils s'appellent vulgus, plebs, la tourbe, la foule. 
Ils sont ce qui murmure, applaudit, siffle, coule. 
Bat des mains, foule aux pieds, bâille, dit oui, dit non, 
N'a jamais de figure et n'a jamais de nom ; 
Troupeau qui va, revient, juge, absout, délibère. 
Détruit, prêt à Marat comme prêt à Tibère, 
Foule triste, joyeuse, habits dorés, bras nos, 
Pèle-mèle, et poussée aux gouffres inconnus, (âge ; 
Ils sont les passants froids, sans but, sans nœud, sans 
Le bas du genre humain qui s'écroule en nuage; 
Ceux qu'on ne connaît pas, ceux qu'on ne compte ças^ 
Ceux qui perdent les mots, les vo\on\^%^\«% V^%. 



isai 
L'ombre obscare aotoor d'eux se prolonge et recule; 
Ils n'ont àvL plein midi qa'an lointain crépuscule, 
Car, jetant au hasard les crjs, les yoix, le bruit, 
Ils errent près du bord sinistre de la nuit. 

Quoi, ne point aimer! suivre une morne carrière 
Sans un songe en avant, sansun deuil en arrière ! 
Ouoi ! marcher devant soi sans savoir où Ton va! 
Kii^e de Jupiter ^ans croire à Jéhova ! 
Regarder «ans rmect l'astre, la fleur, la femme! 
Toujours yoirtoir iS^^rpS, ne jamais chercher Tâme ! 
Pour de vain^ résultats faire de vains efforts ! 
N'attendre rien d'en haut! ciel! oublier les morts! 
Oh non, je ne suis point de ceux-là! grands, prospères, 
Fiers, puissants, on cachés dans d'immondes repaires, 
Je les fuis, et je crains leurs sentiers détestés ; 
Et l'aimerais mieux être, 6 fbui'itlis des cités, (chtiës. 
Tourbe, foule, hommes faux, ccetirs moirts, racés dé- 
Un. arbre dahs les bois qu'une âme en vos cohi^es! 



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^am. DécèmVre\^^. 



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1S5 



AUBE 



Uo immense frîssoo émeul la plaine obscure. 

C'est l'heure où Pylbagore, Hésiode, Épicure, 

Songeaient ; c'est l'heure où, las d'avoir, toute la nuit, 

Contemplé l'azur sombre et l'étoile qui luit , 

Pleins d'horreqr, s'ender^maient les pâtres de Chaldée. 

Là-bas, la chute^d'ean, de mille plis ridée, 

Brille, comme ëans l'ombro an manteau de satin; 

Sur rnorison luotiibre apparaît fe matin 

Face rose qui rit avec des dents de perles; 

Le bœuf rère et mugit, les bouvreuils et les merles 

£t les geuis querelleurs sifflent, et dans les bois 

On entend s'éveiller confusément les voix; 

Les moutons hors de l'ombre, à travers les bourrées, 

Font bondir au soleil leurs toisons éclairées ; 

Et la jenne dormeuse, entr'ouvraht son œil noir, 

Fraîche, et ses coudes blancs sortis horâ du peignoir, 

Cherche de son pied nu sa pantonffle chinoise. 

Louange à Dieu 1 toujours, après la nuit sournoise. 
Agitant sur les raonls la ronce et le gêoet, 
La nature superbe et tranquille renaît: 
L'aube éveille le nid à l'heure accoutumée, 
Le chaume dresse au vent sa plume de fumée, 
Le rayon, flèche d'or, perce l'âpre forêt; 
Et plutôt qu'arrêter le soleil, on ferait 
Sensibles à l'hooneor et pour le bien fougueuses 
Les âmes de Barocbe et de Troplong, ces gueuses ! 

4c 



I 



126 



XI 



Vicomte de Foacaolt, lorsque vous empoignâtes 
L'éloqaent Manuel de vos mains auvergnates, 
Gomme l'Océan boat qaand tressaille l'Ëina, 
Le peuple tout entier s'émut et frissonna; 
On vit, sombre lueor/poindremil-hutt-eeiit-trente; 
L'antique royauté, tère et récalcitrante, 
Chancela sur son trône, et dans ce noir moment 
On sentit commencer ce vaste écroulement; 
£t ces rois, qu'on punit d'oser toucher un homme. 
Etaient grands, et mêlés à notre histoire, en somme; 
Ils avaient derrière eux des siècles éblouis, 
Henri quatre et Cotftras, Damiette et Saint Louis. 
Aujourd'hui, dans Paris, un prince de la pègre. 
Un pied plat, copiant Faustin, singe d'an nègre, 
Plus faux quVJi pacha, plus cruel que Rosas, 
Fourre en prison la loi, met la gloire à Mazas, 
Chasse l'honneur, le droit, les probités ptfnies. 
Orateurs, généraux, représentants, génies. 
Les meilleurs serviteurs du siècle et de TEtat, 
Et c'est tout ! et le peuple, après cet attentat , 
Soufflette mille fois sur ces faces illustres. 
Va voir de l'Elysée ètinceler les lustres, 
Ne sent rien sur sa joue et contemple César! 
Lui, souverain, il suit en esclave le char! 
Il regarde danser dans le Louvre les maîtres. 
Ces /mmottdea faisant vîs-k-v\s k c«% Vt^Wt^s^ 



127 

La fraude en grand habit, le meurtre en apparat. 
Et le ventre Berger près da ventre Marat ! 
On dit : - Vivons! adiea grandeur , gloire, espérance !- 
comme si, dans ce monde, an penple appelé France 
Alors qu'il n'est plus libre, était encor vivant ! 
On boit, on mange, on dort, on achète et Ton vend. 
Et Ton vote, en riant des doubles fonds de l'urne; 
Et pendant ce temps- là, ce gredin taciturne. 
Ce chacal à sang froid, ce corse hollandais. 
Etale, front d'airain, sqn crime sous le dais, 
Gorge d'or et de vin sa bande scélérate, 
S'accoude sur la nappe, et cuvant, noir pirate, 
Son guet«apens français, son guet-apens romain, . 
Mâche son core-deni taché de sang humain ! 



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Iit\iii.^\V^s« Ma\ ^^^^' 



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XII 



Al quatre PRiJSONNIERjS (1) 

(APRÈS LEUR condamnation) 



Mes fils, soyez contents; l'honneur est où vous êtes. 
£t vous, mes deux amis, la gloire, ô fiers poëtes, 
Couronne votre nom par l'affront désigné ; 
Offrez anx juges vils, groupe abject etstopidé. 

Toi, (a douceur intrépide. 

Toi, ton sourire indigné. 

Dans celte salle où Dieu voit la laideur des âmes. 
Devant ces froids jurés, choisis pour être infâmes, 
Ces douze hommes, muets, de leur honte chargés, 
O justice, j'ai cru, justice auguste et sombre. 

Voir autour de toi dans l'ombre 

Douze sépulcres rangés. 



(1) PoUt Maurice, AugusteVacquerie, Charles Hugo, 
Fraoçois-V. HagOy rédacteurs de v Evénement. 



vous ont condamnés, que Tavenir les jage ! 

i, pour avoir crié: la France est le reloge 

j vaincus, des proscrits ! — Je l'approuve, mon fils ! 

, pour avoir, devant la hache qui s'obstine, 

Insulté la guillotine, 

Et vengé le crucifix ! 

temps sont dors; c'est bien. Le martyre console. 
]mire,ô vérité, plus qûè toute auréole, 
s que le nimbe ardent dlés saints en oraison, 
s que les trônes d'or devant qui tout s'efiace, 

I/ombre que font sur ta face 

Les barreaux d'une prisoA ! 

nque le méchant fés^e en sa bassesse noire, 
itrage injuste et vil là-haut se change en gloire, 
ind Jésus commençait sa longue passion, 
crachat qu'un bourreau lança sur son front blême 

Fit au ciel à l'instant même 

Une constellation ! 



conciergerie. Novembre WA 



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ON LOGE A LA NUIT, 



Aventarier conduit par le loache destin, 
Pour y passer la naitjasqo'à demain matin, 
Entre à l'anfoerge Louvre avec ta rosse Empire. 
Molière te re^a^de et fait sifi^ne à Shakspeare; 
L'an te prend pour Scapin, l'autre pour Richard trois. 
Entre en jurant et fais le signe de fa croix. 
L'antic|ae hôtellerie est toute illuminée. 
L'enseigne, par le temps salie et charhonnée, 
Snr le vieux fleuve Seine, à deux pas du PoBt-Neaf, 
Crie et grince au balcon rouillé de Gbàrles-Neuf ; 
On y déchiffre encor ces quelques lettres: — Sacre;— - 
Texte obscur et tronqué, reste du mot Massacre. 

Un fourmillement sombre emplit ce noir logis. 
Parmi les chants d'ivresse et les refrains mugis, 
On rit, on boit, on mange, et le vin sort des entres. 
Toute une boucherie est accrochée aux poutres. 
Ces êtres triomphants onl {xX (\\i«V(vi« V^^w c^^w^. 
L'aa crie: assommons touV^ el YaaVt^*. «iTi\v^ç\v«^ 



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L'autre agite' une torclie aux clartés aveuglantes. 
Par places sur les mors on Yoit des mains sanglantes. 
Les mets fument; ta braise aux fournéaqx empourprés 
Flamboie ; ou voit aller ei venir afiairés, r 
Des taches à leurs mains, des taches à leurs chausses, 
Les RiancejB marmitons, les Misards gàte-sauces; 
Et,— derrière la table où sont assis Fortoul, 
Persil, Piétri, Cartier, Chapuys le capitoul, 
Ducos et Magne au meurtre ajoutant leur paraphe, 
Forey dont à Bondy Ton change l'orthographe, 
Hooher et Radf tzkv, Haynau près de Drouyn, — 
Le porc Sénat fouillant Tordure du grouin. 
Ces gueux ont commis plus de crimes qu'an évèque 
N'eu bénirait. Explore, analyse, .dissèque. 
Dans leur âme où de Dieu le germe est étouffé, 
Tu ne trouveras rien. — Sus donc, entre coiffé 
Comme Napoléon, botté comme Macaire. 
Le sénéraî Bertrand te précède ; tonnerre 
De bravos. Cris dejoie aux hurlements mêlés. 
Les spectres qui gisaient dans l'ombre écbevelés 
Te regardent entrer et rouvrent leurs yeux mornes; 
Autour de toi s'émeut l'essaim des maritornes, 
A beaucoup de jargon mêlant un peu d'argot; 
La marquise Toinon, la duchesse Margot, 
Houris au cœur de verre, aux regards d'escarboocles. 
Maître; es- tu la régence? on poudrera ses boucles; 
£s-tu le directoire? on mettra des madras. 
Fais, à bel étranger, tout ce que tu voudras, 
Ton nom est Million, entre! — Autour de ces belles, 
Colombes d» l'orgie, ayant toutes des ailes. 
Folâtrent Snin, Mongis, Torgot et d'AguesSeau, 
Et Saint' Arnaud qui vole autrement que l'oiseau. 
Au trois-quarts gris déjà, Reybell le traboocaire 
Prend Fould pour un curé dont Siboor est vicaire. 

Regarde: tout est prêt pour te fêter, bandit. 

L'immense cheminée au centre resplendit. 
Ton aigle, une chouette, en blasonne le plâtre. 
Le bœuf Peuple rôtit tout entier devant Tâtre; 
La lèchefrite chante en recevant le sang ; 
A côté sont assis f sdo riant et caus^nV, 



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Magban qoi Ta tué, Troplong qai le fait cuire. 

On entend cette chair pétiller et braire, 

Et sor son tabtrer'de cuir, joyeux et las, 

Le boQcher Carrelet fenrbit son, coutelas. 

La marmite Budget pend à la crémaiitère. 

Viens, toi qu'aiment les juifs et que Téglise éclaire, 

Espoir des fils d'Ignace et des fils d'Abrafaiam, 

Qui t'en vas vers Toulon et qui t!en viens dé Ham, 

Viens, la journée est faite et c'est l'heure de pattre. 

Prends devant ce bon fen ce bon fauteuil, ô maître. 

Tout ici te véaère et te proclame roi; 

Viens; rayonne, assieds -toi, chauffe-toi, sèche-toi, 

Sois bon prince, 6 brigand ! ô fils de la créole. 

Dépouille ta grandeur, quitte ton auréole; 

Ce qu'on appelle ainsi dans ce nid de félons 

C'est la boue et le sang collés à tes talons, 

C'est la fange rouillant ton éperon sordide; 

Les héros, les penseurs portent, groupe splendide. 

Leur immortalité sur leur radieux (iront ; 

Toi, tu traînes ta gloire.à tes pieds. Entre donc, 

Ote ta renommée avec un tire- bottes. 

Vois, les grands hommes nains et les gloires nabote» 

T'entourent en chantant, 6 Tbm-Pouce Attila ! 

Ce bœuf rôtit pour toi ; Maupas, ton nègre, est là ; 

Et, jappant dans sa niche an coin de feu, Baroche 

Vient te lécher les pieds, tout en toarnant la broche. 

Pendant que dans l'auberge ils trinquent à grand hnitt» 
Dehors, par un chemin qui se perd dans la nuit. 
Hâtant son lourd cheval dont le pas se rapproche, 
Muet, pensif, avec des ordres dans sa poche, 
Sous ce ciel noir qui doit redevenir ciel bien, 
Arrive l'avenir, le gendarme de Dieu. 



Jersey. Novembre ISS^^ 



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L'AUTORISÉ EST SACRÉE 



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ÏÏM JSiLCHE 

— SUK l'air de MAtBRODK. — 

Dans Taffreux cimetière, 
Paris tremble, 6 doalear, 6 misère! 
Dans l'éifreax cimetière 
Frémit le nénuphar. 

GastaÎDg lève sa pierre, 
Paris tremble, ô dooteur, ô misère! 
Castaîng lève sa pierre, 
Dans l'herbe de Glamar, 

Et crie et vocifère, 
Paris tremble, ô doaleur, 6 misère! 
Et crie et vocifère : 
— Je veux être César! 

GartoQche en son suaire, 
Paris tremble, ô douleur, ô misère ! 
Cartouche en son suaire 
S'écrie ensanglanté*. 



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) — Je veux aller sar terre, 

Paris tremble, ô douleur, ô misère ! 
Je veux aller soir terre, 

tf- Pour êtremajeslé! 

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MÎDgrat moBte à sa chaire, 
^; . Paris tremble, ô doulear, 6 mifère! 

Mingrat monte à s» chaire 
Et dit sonnant le glas : 

-^ Je veux dans Tondre où j'erre; 
Paris tremble ô doalear, à misère ! 
Je veux dans l'ombre oit j'erre 
Avec mon coutelas. 

Être appelé : -mon frère, 
Paris tremble, 6 douleur, ô misère! 
Etre appelé: mon frère, ^ 
Par le czar Nicolas ! 

Poulmann dans l'ossuaire, 
Paris tremble, ô douleur, ô misère ï 
Poulmann dans l'ossuaire 
S'éveillant en fureur, 

Dit à Mandrin: compère, 
Paris tremble, ô douleur, 6 misère ! 
Dit à Mandrin : — compère, 
Je veux être empereur! 

^- Je veux, dit Lacenaire, 
Paris tremble, ô douleur! ô misère l 
-7- Je veux, dit Lacenaire, 
Êfre empereur et roi ! 

Et Soufflard déblatère, 
Paris tremble, 6 douleur! 6 misère l 
Et Soufflard déblatère, 
Hurlant comme un beffroi : 

— Aq lieu de cette bière, 
Paris tremble ^ 6 douleatl 6 m\%^i«\ 
Au lieu de celte bière, 
Je reuK le Loavre, moW 





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Ainsi, dans lear poassière, 
Paris tremble, ô doaleor ! ô misère ! 
Ainsi, dans lear poussière, 
Parlent les chenapans. 

— Ça, dit Robert Macaire, 
Paris tremble, ô doolear ! ô misère ! 

— Ça dit Robert Macaire, 
Pourquoi ces cris de paons ! 

Pourquoi cette colère? 
Paris tremble, 6 doolear, ô misère ! 
Pourquoi cette colère ? 
Ne sommes-nous pas rois ? 

Regardez, le saint-père, 
Paris tremble, 6 douleur, 6 misère ! 
Regardez, le saint-père. 
Portant sa grande cYoix, 

Nous sacre tons ensemble, 
O misère, 6 douleur, Paris tremble! 
Nous sacre tous ensemble 
Dans Napoléon-trois ! 



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Un jour Diea sur sfHable 

Joaait avec le diable *. 

Do geiK« kramaio bar: ^ ^ 

Ghacan tenait sa carte ; '^ - 

L'aa.joQait Bpoaparte * 

Et If aatré Mastaï f. 

Un pauvre abbé bieb n)iQce ! * 

Un méchaot petit prince, M 

F^iisson hasardeux 1 / 

QneJ enjen piM)y^le ! 

Diea fît tant qee (I diable 

Les gagna tons les d^x, ^ * 

^^ \ 
— Prends*^] cria Dieu le père, 

Ta ne sauras (^b'en faire ! — f 

Le diable dit : — erreur ! — ■ :.\ 

£t, ricana^nt sertis cape, ^' 

H fil "de vin un pape, ;; > Wi/ 

.liie Tau^i^ un empereur. % 



j Jtîrsey- JuiÙet liSS 



VÊt 




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III 



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L.I; Af ÀNTEAIJ iniPIÊIIBkEi 



oh ! *voos( dont le travail est joie, 
VoQft qaf n'avez pas d'aatre proie 
Que les |>ftrCams, soafiQés da ciel , 
VDos qm fayèz qoand viept décembre, 
Voos otii dérobez aux flears l'ambre 

Poor aonner aox hommes le miel, 

<. 

^bastè^ boveuses de rosée, ^' 

Qaj^,. pareilles à l'ipoasée, • 

' ptez ie lys da cotcao, 

lars.des corolles vermeilles, 
de la lumière, abeilles, 

tJDVolez-voos de ce manteao ! 

» 

Hoe^-iroas sor l*bomme, guerrières ! 
O genéreuaiî ouvrières, ' ' ^/ 
Vous le dmb*, voos la vertu^ .^ 

Ailef d'or «Itèches de flamme, 
Topi'billomifez ^ar .cet infâme ! 
Dims-fai^^ « pour xjoî nous ^T«|i^% >ft'V s . 




1^ 
« Maadit! noos sommes les abeilles i 
m Des cbÂlets ombragés de treilles 
« Notre roche oroe le frooton; 

• Noos Yolons, dans l'azor écloses, 
« Sor la booche ooverte des roses 
« Et sor les lèvres de Platon. 

• Ce qoi sort de la fange y rentre. 
« Va troover Tibère en son antre, 
« Et Charles- neof sor sou balcon. 

« Va! sor ta pourpre il faut qu'on mette^' 

« Non les abeilles de THymète, 

« Mais Tessaim noir de Montfaucon l » 

Et percei-le tontes ensemble, 
Faites honte ao peuple qui tremble, 
Aveuglez rimmondetrompeor. 
Acharnez- vous sor lui, farooches, 
•Et qu'il soit chassé par les mooehes 
Puisque les hommes en ont peur ! 



CQ 



.A«%c^. 3>wa V^ 



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IV 



VOW S^EN IfJk 



LA RAISON. 

Moi, je me saave. 

. LE DROIT. 

Adied ! je m'en vais. 

L'HONNEUR. 

Je m^exile. 

ALCBSTE. 

Je vais cbes les Horons leur.demander asile. 

LA CHANSON. 

J'émigre. Jene pois souffler mot, s'il voas plaft, 
Dire an refrain sans être empoignée ao collet 
Par les sergenls-de-viile, affreox drôles livides. 

UNE PLUME. 

Personne n'écrit plus; les encriers sont vides. 
Oo dirait d'un pays mogol, rosse on persan. 
Noos n'avons pios ici qoe faire; allons-noos-en, 
Mes sœors, je qottte l'homme et je retoorne aox oies. 

LA PITIÉ. 

Je pars, yainqoeors sanglants, je vous laisse à vos joies.. 
Je vole fers Gayenne ou j'entends de grands cris. 

LA MARSEILLAISE. 

J'oovre mon aile, et vais rejoindre \e« ^^XQ^mV». 



I 



LA POÉSIE. 

Ob! je pars avec toi, pitié, puisque ta saignes! 

L'AIGLE. 

4}ael est ce perroquet qu'où met sur vos enseignes, 
Français! de quel és^out sort cette bète-là ? 
Aigle selon Cartouche et selon Loyola, 
Il a du sang au bec, Français ; mais c'est le vôtre. 
Je regagne les monts. Je ne vais qu'avec l'autre. 
Les rois à ce félon peuvent dire: merci ; 
Moi, je ne connais pas ce Bonaparte-ci ! 
Sénateurs ! courtisans! je rentre aux solitudes ! 
Vivez dans le cloaque et dans les turpitudes , 
Soyez vils, vantres-vous sous les cieox rayonnants. 

LA FOUDRE. ' 

Je remonte avec l'aisle aux nuages tonnants. 
L'heure ne peut tarder. Je vais attendre un ordre. 

UNE LIME. 

Pnisqa'il n'est plus permis qu'aux vipères de mordr 
Je pars, je vais couper le^fers dans les pontons. 

LES CHIENS. 

Noas sommes remplacés par les préfets ; partons. 

LA CONCORDE. 

Je m'éloigne. La haine est dans les cœurs sinistres. 

LA PENSÉE. n^ 

On n'échappe aux fripons que pour chmrdans les oai 
Il semble que tout me^re et que de grands ciaeinx 
Vont jusque dans les deux couper l'aile aux oiseaaa 
Toute clarté s'éteint sous cet homme funeste, 
O France! je m'enfuis et je pleure. 

LE MÉPRIS. 

Je reste. 
J erse^ . Novembre \%^% 



<«1 



O drapeau de Wngram ! ô pays de Voltaire ! 

Poisaance, liberté, vieil honneur «iNtaire, 

Principes, droits, pensée, ils font en ce moment 

De toute eette gloire un faste «bnlssement. 

Toute leur confiance est dans leur petitesse : * 

Ils disent, se sentaat d-nne cbétive espèce: (cœurs. 

— Bah! nous ne pesons rien! régnons. — Les nobles 

Ils ne savent donc pas , ces paotres nains vainqueurs , 

Sautés sur le pavois du fond d'une caverne. 

Que lorsque c'est on peuple illustre qu'on gouverne, 

Un peuple en qui Thonneur résonne et retentit, 

On est d'autant plus lourd que l'on est plus petit ! 

Est-ce qu'ils vont changer, est-ce là notre compte? 

Ce pays de lumière en un pays de honte ? 

Il est dur de penser , c'est un souci profond, (font^ 

Qu'ils froissent dans les cœars, sans savoir ce qu'il^^ 

Les instincts les plus fiers et les plus vénérables. 

Ah! ces hommes maudits , ces hommes misérable» 

Éveilleront enfin quelque rébellion 

A force de courber la tète du lient 

La béte est étendue à terre, et fatiguée ; 

Elle sommeille au fond de l'ombre reléguée; 

Le moffle fauve et roux ne bouge pas, d'accord ; 

C'est vrai, la patte énorme et monstrueuse dort ; 

Mais on l'excite assez pour que la grifie sorte. 

J'estime qu'ils ont tort de jouer de la sorte. 



3et%%i^.^umU^^* 



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VI 



On est Tibère, on est Jodas, on est Dràcon ; 

Et Ton a Lambessa n'ayant pins Montfancon. 

On forge pour le peuple une cbatoe ; on enferme. 

On exile, on proscrit-ie penseur libre et ferme; 

Tout succombe. On coinprime élans, espoirs, regrets, 

La liberté, le droit, Tavenir, le progrès. 

Gomme faisait Séjan, comme fit Louis onze, 

Avec des lois de ler et des juges de bronze. 

Pois, — c'est bien: — on s'endort, et le mattre joyeux 

Dit: rbomme n'a plus d'âme et le ciel n'a plus d'yeux. 

O rêve des tyrans! l'heure fuit, le temps marche. 

Le grain croit dans la terre et l'eau coule sous l'archo* 

Un jour vient où ces lois de silence et de mort, 

Se rompant tout à coup comme sous un effort 

Se rouvrent à grand bruit des portes mal fermées , * 

Emplissent la cité de torches enflammées. 



Jersev. Août iS5S, 






vu 



LES GRANDS CORPS DE L'ÉTAT 



es bommèf passeront comme un ver sur le sable. 
»a'est-6e que tu ferais de leur sang méprisable? 

Le dégoût rend clément, 
retenons la colère âpre, ardente,* électrique, 
'enple, si tu m*en crois, tu prendras une triqm 

Au jour du châtiment. 

> de Sonloaqae-deax burlesque cantonnadel 
) ducs de Trou-Bonbon, marquis de Gasspnnade» 

Souteneurs du larron, 
iTous dont la Poésie, ou sublime ou mordanle» 
ie sait que faire, gaeui, trop grotesques pour Dante» 

Trop sanglants pour Scarron, 

3iJongleurs, noirs par l'âme et par la servitude» 
^ous vous imaginez un lendemain trop rude. 

Vous êtes trop tremblants, 
^ous croyez qu'on en veut, dans Texil où nous sommes» 
\ cette peau qai fait qu'on vous prend pour des hom- 

Galmez-vous, nègres blancs ! (mes ; 

Cambyse, j'en conviens, eûl eu ce cœur de roche 
De faire asseoir Troplong sur U peau de Baroche \ 

Au bout d'un temps peu long, 
Il eût crié: cet autre est pire! qu'on l'étrangle! 
Et, j'en conviens encore, eûl fait asseoir Delanglft 

Sur la peau de Troplong. 



Cambyse élait slapide et digne d'être aa^aste ; 
Gomme s'il sofflsait poor qu'an être soit jaste, 

Sans Yîces, sans orgueil, 
Pour qa'il ne soit pas tratlre à la loi, ni transfage, 
Que d'une peau de tigre où d'une peau de juge 

On lui fasse un fauteuil! 

Toi» peuple, tu diras: — ces hommes se ressemblent 
Voyons les mains,— et tous trembleront comme trem- 
' Les loups pris' aux Glets. (blent 

Bon! Les uns ont du sang, qu'an bagne on les écroae, 
A la chaîne ! I^ais ceux qui n'ont que de la boue» 
Tu leur diras : — Valets ! 

La lei râlait, ayant en vain crié : main -forte ; 
Vous avez partagé les habits de la morte. 

Par César achetés. 
De tous nos droits liVrés tous avez fait des ventes ; 
Toutes «n trahisons ont trouvé pour servantes 

Toutes vos lâchetés ! 

Allez, fojez ! pourvu que, mauvais prêtre. 
Mauvais juge, on vous voie en vos trous disparaître y 

Rampant sur vos genoux^ 
Et qu'il ne reste rien, soas les cieux que Dieu dore, 
Sous le splendide azur où se lève l'aurore. 

Rien de pareil à voqs ! 

Vivez, si vous pouvez! l'opprobre est votre asile. * 
Vous aurez à jamais, toi, cardinal Basile, 

Toi , sénateur €rispin. 
De quoi boire et manger dans vos fai(es lointaines 
Si le mépris se boit comme l'eau des. fontaines, 

£)i la honte est du pain ! — 

Peuple, alors nous prendrons au collet tous ces drôles, 
£t tu les jetteras dehors par les épaules 

A grands coups de bâton ; (bre, 

Et dans le Luxembourg, blancs sous les branches d'ar- 
Vous nous approuverez de vos têtes de marbre, 

O Ijcurgue, o Galonl 



Citoyens ! le néant pour ces laqaais se rouvre ; 
Qu'importe, ô citoyens ! l'abjection les couvre 

De son manteaa de plomb. 
Qa'îmDorte ^ae le soir, on passant solitaire, 
Voyant un récnreur d'égoots sortir de terre, 

Dise : tiens ! c'est Troplong ! 

Qu'importe que Rouher sur le Pont-Neuf se carre, 
Que Baroche et Delangle, en quittant leur simarre, 

Prennent des tabliers, 
Qu'ils s'offrent pour trois sous,oubliés quoiqu'infâroes, 
Et qu'ils aillent, après avoir sali leurs âmes. 

Nettoyer vos souliers ! 



& 



3«t%^^ luvcv. V^"^*^' 



VIII 



Le Progrès, calme et fort et toujours innocent, 
Ne sait pas ce qne c'est qae de verser le eang. 
Il règne, conqaeraiit désarmé, quoiqu'on fasse. 
De la hache et du glaive il détoorne sa face, 
Car le doigt éternel écrit dans le ciel bien 
Que la terre est à Phommeetquerhomme est àDiea; 
Car la force invincible est la force impalpable. — 
Peuple, jamais de sang! — Vertaeax on coupable. 
Le sang qu'on a versé monte des mains an front. 

Suand sur une i^émoire, indélébile affront, 
jaillit, plus d'espoir ; cette fatale goutte 
Finit par la couvrir et la dévorer toute ; 
Il n'est pas dans Thistoire une tache de sang 
Qui sur les noirs bourreaux n'aille s'élargissanf. 
Sachons-le bien, la honte est la meilleure tombe. 
Le même homme sur qoi son crime enfin retombe. 
Sort sanglant du sépulcre et fangeux du mépris. 
Le bagne dédaigneux sur les coquins flétris 
Se ferme, et tout est dit; l'obscur tombeau se roQvre ; 
Oo'oû le fisse profond et muTé, ^u'on Iq eQ«.xve 



t'»7 

D'ane dalle de marbre et d'un plafond masaif» 
^Qaand Yoa§ avez fini, le fantôme pensif 
Lève do front la pierre et lentement sedreaie. 
Mett^ sur ce tombeau tonte une forteresse, 
Toot tin mont de granit, impénétrable et sourd , 
Le fantôme est pins fort que le ^rariit n'est loard. 
Il sonlève ce ment comme ane feaiile morte. 
Le Toici, regardez, il sort; il faut qu'il sorte! 
Il faot qa'il aille et marche et traîne son linceal! 
il sorgit devant vous dès que vôus^ êtes seni; 
Il dit: c'est moi; toot vent c|ai soaffle voas l'apporte^ 
La nuit, voQs l'entendez qni frappe à votre porte. 
Les exterminatears, avec oo sans le droit, 
Je les hais, mais surtout je les plains. On les voit^ 
A travers Tàpre histoire où le vrai seul demenre. 
Pour s'être délivrés de leurs rivaux d'une heure» 
D'ennemis Innocents, ou même criminels, 
Fuir dans l'ombre entourés de spectres éternels. 



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iM%tH.otvc\»t«.>»a- 



14« 



IX 



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AIR BBETON — 



Adieo, pairie, 
Azar.' ' 

Adieo, patrie, 

AZQTl 



« iai9 

Adiea, patrie ! 
L'onde est en forie. 
Adieu, patrie, 
Azar! 

Adieu, fiancée au front par, 
Le ciel est noir, le vent est dur. 

Adieu, patrie! 
Lise, Anna, Marie î 
Adieu; patrie, 
Azur! 



Adieu, patrie! 
L'onde est en furie. 
Adieu, patrie, 
Azur! 

Notre œil, que voile un deuil futur^ 
Va du flot sombre au sort obscur ! 

Adieu, palrfe! 
Pour toi mon cœur prie. 
Adieu, patrie! 
Aznr! 



En mer. 1er Joût 1852. 



tst 



A UN OUI VEUT SE DÉTACHER 



Maintenant il se dit: — l'empire est ctiancelant; 

La victoire est peu sûre. — 
Il cherclie à s*eD aller, fortif et reculant. 

Reste dans la masure ! 

Ta dis : -^ le plafond croule. Ils vont, si l*on me voit^ 

Empêcher aue je sorte. — 
It'osant rester, ni roir, tu regardes le toit, 

Tq regardes la porte; 

Ta mets timidement la main^sur le verrou. 

Reste en leurs rangs funèbres ! 
Reste ! la lof qu'ils ont enfouie en un troa 

Est là dans les ténèbres. 

Reste ! elle est là, le flanc percé de leur couteau» 

Gisante, et sur sa bière 
Ib ont mis une dalle. Un pan de ton manteau 

Est pris sods cette pierre ! 



tsi 

PendaBl qu'à rÉIysée en fête et plein d'encens, 

Oo chante, on déblatère, 
Qu'on oublie et ^ii'on rit, toi tn pàlti ; (a sens 

Ce spectre sons la tem ! 

Ta ae t'en iras fias ! qnoi ! anitter leur nMison! 

Et fuir leur destinée i 
Qooi! ta voudrais trahir rasqu'à la Trahison, 

Elle-même indignée! 

Qnoi! In fenx renier ee larron an front bas 

Qai t'admire et t'honore ! 
Qnoi! Jndas ponr Jésos, ta rtna pour Banbbas 

Etre Judas encoire ! 

Quoi ! n'as- tu pas tenu l'échelle à ces frippns, 

En pleine connivence? 
Le sac de ces voleurs, ne fnt-il pa«> réponds. 

Cousu par toi d'avance ! 

Les mensonges, la haine au dard froid et visqueux, 

Habitent ce repaire ; 
Tn t'en vas ! de qael droit ? étant plus renard qu'eux, 

Et plus qu'elle vipère ! 



II 

Quand l'Italie en deuil dressa, du Tibre au P6, 

Son drapeau magnifique, 
Quand ce srand peuple, après s'être couché troupeau, 

Se levai époblique, 

C'est toi, quand Rome aux fers jeta le cri d'espoir. 

Toi qui brisas son aile. 
Toi qui Os retomber l'affreux capuchon noir 

Sur sa face éternelle ! 

C'est toi qui restaura Montrouge et Saint-Acheul , 

Écoles dégradées 
Où l'on met à l'esprit frémis9ant un linceul, 

Un bâillon aux idées. 



151 

C'est toi qai) poar progrès rêvant Thomme animal, 

Livras i'enfant victime 
Aax jésuites lascifs, sombres amants da mai, 

ËQ rat devant le. crime ! 

G pauvres chers enfants qu'ont noarris de leur lait 

Et qu'ont bercés nos femmes, 
Ces blêmes oiseleors ont pris dans leur filet 

Toutes vos douces âmes! 

Hélas ! ce triste oiseau, sans plumes sor la chair, 

Rongé de lèpre immonde, 
Qui rampe et qui se meurt dans leur cage de fer, 

C'est l'avenir du monde ! 

Si nous les laissons faire, on aura dans vingt ans, 

SoQS les cieax que Dieu dore. 
Une France aux yeux ronds, aux regards clignotants. 

Qui haïra l'aurore. 

Ces noirs magieienj, ces jongleurs torlueux 

Dont là fraude est U fègle. 
Pour en faire sorlir le hibou monstru&ux, 

Ont volé l'œaf de l'aigle! 



III 

Donc, comme les Baskirs, sur Paris étoufie 

Et comm? les Croates, 
Créateurs du néant, vous avez triomphé 

Dans vos haines héites; 

Et vous êles joyeux, vous, constructeurs savants 

Des préjugés sans nombre. 
Qui, pareils à la nuit, versez sur les vivants 

Des urnes pleines d'ombre! 

Vous courez saluer le nain Napoléon ; 

Vous dansfz dans l'oruie! 
Ce grand siècle est souillé! c'était ie Panthéon, 

Et c'est la tabauie! * 



Et voas dites: c'est bien! vous sacrez parmi noasB 

César aa nom de Rome, 
L'assaissin qoi, la nait, se met à deax geooax 

Sar'le ventre d'an homme ! 

Ah! malhëarenx! louez César qai fait trembler» 

Adorez son étoile ; 
YotLê oabliez le Dieo vivant qui peot rooler 

Les cieax comme one toile ! 

Encore un peu de temps, et ceci tombera; 

Dieo vengera sa cause ! 
Les vifles chanteront, lé lieu désert 4sera 

Jayeux comme une rose! 

Eiieore un peo de temps, et vous .ne serez pln^^ 

Et je viens vous lé dire. 
Vous êtes les maudits, nous sommes les élus; 

Regardez-noua sourire ! 

Je le sais, moi qui vis an bord du gouffre amer. 

Sur le rocs centenaires, > 
Moi qui passe mes jours à contempler la mér 

Pleine de sourds tonnerres î 



IV 

Toi, leur chef, sols leur chef ! c'est là' ton châdnMC 

Sois rhomme des discordes ! 
Ces fourbes ont saisi le icenre humain dormani 

Et Font lié de cordes! 

Ah! tn voulus défaire, épouvantable affront! 

Les âmes que Dieu crée? 
£h bien, frissonne et pleure, atteint toi-m^me aQfiroiit. 

Par ton œuvre exécrée ! 

A mesure que vient l'ignorance, et Toubll, 

Et l'erreur qu'elle amène, 
A mesure qu'aux cieux décrott, soleil pàli|^ 

L'intelligence humaine, 

5 a 



I 



Ht que son joar s'éteint, laissant Tbomme méchant 

Et plus froid que les marbres, 
Totre honte, 6 maudits, grandit comme an coochani 

Grandit l'ombre des arbres ! 



Ool, reste leur apôtre ! oui, ta Tas mérité. 

Cest là ta peine énorme ! ^ 
Aegarde en frémissant dans la postérité 

Ta mémoire difforme. 

On yoit, ïonche rbétenr des vieax partis hurlants, 

Qui ments et qoi t'emportes, 
Pendre a tes noirsdiscours, commeàdes cioos sanglants, 

'foutes les grandes mortes, 

La Justice, la Foi. bel ange sopfDetté 

Par la goule papale, 
La Vérité, fermant les yeux, la Liberté 

Écheveléeetpàie^ 

Et ces deux sœurs, hélas T nos mères toutes deux,. 

Rome qu'en pleurs je nomme, • 
£t la France sur qui, raffinen^at hideux. 

Goule le sang de Rome ! 

Hqmme fatal ! l'histoire en ses enseigneineiits 

Te montrera dans l'ombre, 
Comme on montre un gi|>et entouré d'ossement» 

Sur la colline sombrai 



Jersey. Janner 1853. 



M5 



XI 



PAVIilME ROIiAMD 



Elle ne Gonnaissait dI rorgaêil ni la haine ; 
Elle aimait; elle était pauvre, simple et sereine; 
Souvent le pain qui manque abrégeait son repas. 
Elle avait trois enfants, ce qui n'empochait pas 
Qu'elle né se sentit mère de ceux qui souffrent. 
Les noirs événeinents qui dans la nuit s'engouffrent, 
Les flox et les reflux, les abîmes béants. 
Les nains, sapant Bans bruit l'ouvrage des géants, 
Et tous nos malfaiteurs inconnus ou célèbies, 
Ne l'épouvantaient point; derrière ces ténèbres, 
Elle apercevait Dieu construisant l'avenir. 
Elle sentait sa foi sans cesse rajeunir; 
De la libeflé sainte elle attisait les flammes; 
Elle s'inquiétait des enfants et des femmes; 
Elle disait, tendant la miiin aux travailleurs; 
La vie est dure ici, mais sera bonne ailleurs. 
Avançons ! — Elle allait, portant de l'un à l'autre 
L'espérance ; c'était une espèce d'apôtre 
Que Dieu, sur cette terre où nous gémissons tous, 
Avait fait mère et femme afin qu'il fût' plus doux. 
L'esprit le plus farouche aimait sa voix sincère. 
Tendre, elle visitait, sous leur toit de misère, 
Touf ceux que la famine ou la douleur abat, 
Les malades pensiù, gisant sut \«\n ^?i^^V^ 



lie 

La mansarde où langait rindigence morose ; 

Qaand , par hasard moins pauvre^ elle avait qaelqae, 

Elle le partageait à tons comme ane sœar ; (chose» 

Qaand elle n'avait rien, elle donnait son cœar. 

Calme et grande, elle aimait comme le soleil brille. 

Le genre humain pour elle était une famille 

Gomme ses trois enfiints étaient l'hamanité. 

Elle criait: progrès! amoar! fraternité! 

Elle ouvrait aux souffrants des horizons sublimes. 

Qaand Pauline Roland eut commis tous eet erimei» 
Le sauveur dé Téglise et de l'ordre la prit 
Et la mit en prison. Tranquille, elle sourit, ' 
Car r«ponge de fiel plaît à ces lèvres pures. 
Cinq mois elle subit le contact des souillures, 
L'oubli, le rire affreux du vice, les^ bourreaux, 
Et le pain noir- qu'on jette à travers les barreaux, 
Édifiant la geôle au mal habituée. 
Enseignant la voleuse et la prostituée. 
Ces cinq mois écoulés, un soldat, un bandit, 
Dont le nom souillerait ces vers, vint et lui dit : 

— Soumettez- vous sur l'heure au règne qui commenee. 
Reniez votre foi; sinon, pas de clémence, 
Lambessa ! choisissejE. r- Elle dit: Lambessa. 

Le lendemain la grille en frémissant grinça, 
Et Ton vit arriver un fourgon cellulaire! 

— Ah ! voici Lambessa, dit-elle sans colère. 

Elles étaient plusieurs qui souffraient pour le droit 
Dans la même prison. Le fourgon trop étroit 
Ne put les recevoir dans ses cloisons infâmes; 
Et l'on fit traverser tout Paris à ces femmes, 
Bras dessus, bras dessous avec les argonsins. 
Ainsi que des voleurs et que des assassins, • 
Les sbires les frappaient de paroles bourrues. 
S'il arrivait parfois que les passants des raes. 
Surpris de voir mener ces femmes en troupeau» 
S'approchaient^ et mettaient la main à leur chapean» 
L'argousin leur Jetait des sourires obliques! 
Et les passants fuyaient, disant: filles publiques! 
Et Pauline Roland disait: courage, sœurs! 
L'océan au bruit ranque, aux sombres épaissenn» 



1(7 

Les emporta. Darant la rade traYoraée, 

L'horizon était noir, hi bise ^taif glacée, ' 

Sans Tami qai.soiftient, sans la toîx qui répond, 

Elles tremblaient. La nait il pleuvait sur le peiit, 

Pas de lit ponr dormir, pas d'abri sous l'orage, 

£t Paafine Roland criait: mes sœars, eoarage! 

Et les durs matelots plearaient en les voyant. 

On atteignit l'Afrique ao rivage effrayant. 

Les sables, les déserts qaHm ciel d'airain oaletoe, 

Les rocs sans nne source et sans une racine; 

L'Afrique, lleti d'horreur poar les pins résola»; 

Terre an visage étrange on Ton né se sent fdns 

Regardé par lés yeax de la donce patrie. 

Et Panline Roland, souriante et meurtrie, 

Dit aux femmes en plears : courage, c'est Ici. 

Et quand elle était seule, elle pleurait aussi, (amère! 

Ses trois enfants! loin d'elle! Oh! quelle angoisse 

Un jour un des geôliers dit à la pauvre mère 

Bans la casbah de Bône anx cachots étouffants: 

— Voulez- vous être libre et revoir vos enfants? 

Demandez grâce au prince. — Et cette femme forte 

Dit: — J'irai les revoir lorsque je serai morte. 

Alors sur la martyre, humble cœur indompté, 

On épuisa la haine et la férocité. 

Bagnes d'Afrique! enfers qu'a sondés Ribeyrolles! 

Oh ! la pitié sanglotte et manque de paroles. 

Une femme, une mère, un esprit! ce fut là 

Que malade, accablée et seule, on l'exila. 

Le lit de camp, le froid et le chaud, la famine, 

Le jour, l'affreux soleil, et la nuit, la vermine, 

Les verroux, le travail sans repos, les affronts, 

Rien ne plia son âme ; elle disait : — Souffrons ; 

Souffrons comme Jésus, souffrons comme Socrate. 

Captive, on la traîna sur cette terre ingrate; 

Et, lasse, et quoiqu'un ciel torride l'écrasât. 

On la faisait marcher à pied comme an forçat. 

La fièvre la rongeait ; sombre, pâle, amaigrie, 

Le soir elle tombait sur la paille pourrie. 

Et de la France aux fers murmurait le doux nom. 

On jeta cette femme au fond d'un cabanon. 

eh 



\ 



158 

Le mal brisait sa vie et grandissait son àme. 
Grave, elle répétait: — Il est bon qa'one femme, 
Bans cette servitude et cette lâcheté, 
Meare pour la justice et pour la liberté. — 
Voyant qu'elle râlait, sachant qa*ils rendront compte, 
Les bourreaux eurent peur, ne pouvant avoir honte; 
Et l'homme de décembre abrégea son exil. 
— Puisque c'est pour mourir, qu'elle rentre, dit-îL — 
Elle ne savait plus ce que Ton faisait d'elle. 
L'agonie à Lyon la saisit. Sa prunelle. 
Comme la nuit se fait quand baisse le flambeau. 
Devint obscure et vague, et l'ombre du tombeau 
Se leva lentement sur son visage blême. 
Son fils, pour recueillir, à cette heure suprême, 
Du moins son dernier souffle et son dernier regard. 
Accourut. Pauvre mère! Il arriva trop tard. 
Elle était morte; morte à force de souffranbe, 
Morte sans avoir su qu'elle voyait la France, ^ 
Et le doux ciel natal aux rayons réchaofiauts, 
Morte dans le délire en criant: mes enfants! 
On n'a pas même osé pleurer à ses obsèques; 
Elle dort sous la terre. — Et maintenant, évèques, 
Debout, la mitre au front, dans l'ombre du saint lieu, 
Crachez vos Te Deum à la fac« de Dieu! 



Jersey Décembre 1852. 



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Le plus baat attentat qoe poisse faire no boanne, 
C'est de lier la France on Je garotter Rome ; 
C'est, qael qae soit le lien, le pays, la cité, 
D*6ter rame à chacan, à tons la liberté. 
Dans la Carie aagaste entrer avecTépée, 
Assassiner la loi dans son temple frappée, 
Mettre aux fers toat un peuple, est un crime odieux 
Que Dieu calme et rêveur ne quitte pas des yeux. 
Dès que ce grand forfait est commis, point de grâce ; 
La Peine au fond des cieux, lente, mais jamais lasse. 
Se met en marche, et vient; son regard est serein. 
Elle tient sous son bras son fouet aux clous d*airain. 



Jersey. Noi>embTe \%tA. i 



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li^EXPIATION 



Il neigeait On était vaioca par sa concjaête. 
Pour la première fois Taigle baissait la tète. 
Sombres jours ! Tempereur revenait lentement, 
Laissant derrière lui brûler Moscou fumant. 
Il neigeait. L'âpre hiver fondait en avalanche. 
Après la plaine blanche une autre plaine blanche. 
On ne connaissait plus les chefs ni le drapeau. 
Hier la (grande armée, et maintenant troupeaa. 
On ne distinguait plus les ailes ni le centre: 
Il neigeait. Les blessés s'abritaient dans le ventre 
Des chevaux morts ; au seuil des bivouacs désolés 
On voyait des clairons à Seur poste gelés 
Restés debout, en selle et muets, blancs de givre, 
Collant leur bouche en pierre aux trompettes de oui vn 
Boulets, mitraille, obus, mêlés aux flocons blancs, 
Pleuvaient; les grenadiers, surpris d'être tremblants 
Marchaient pensifs, la glace à leur moustache grise. 
Il neigeait, il neigeait toujours! la froide bise 
SifiQait; sur le verglas, dans des lieux inconnus. 
On n'avait pas de pain et Ton allait pieds nus. 
Ce n'étaient plus des cœurs vivants, des gens de guerre 
C'était un rêve errant dans la brume, un mystère, 
Une procession d'ombres sur le ciel noir. 
La «oiitode, vaste, épouvantable à voir. 



ici 
Partoot apparaûsait, muette vengeresse. 
Le ciel faisait ^ans brait avec la neige épaisse 
Pour cette immense armée an immense linceul ; 
Et, chacun se sentant mourir, on était seul. 
— Sortira-t-on jamais de ce funèbre empire? 
Denx ennemis! le€zar,1é Nord. Le Nord éslpire. 
On jetait les canons pour brûler les atTûtéi. 
Qui se couchait, mourait, groupe morne et confus, 
Ils fuyaient; le désert dévorait le cortège. 
Qd pcayait, à des plis qui soulevaient la neige, 
Voir que des régiments s'étaient endormis là. 
O chutes d' Annibal ! Lendemains d'Attila ! (civières, 
Fuyards, hîessés, monrants^ caissons, brancards, 
On s'écrasaitaux ponts pour passer les rivières. 
On s'endormait dix mille, on se réveillait cent. 
Nej, que suivait tiagnère une armée, àprésent 
S'évadait, disputant sa montré à trois cosaques. 
Toutes les nuits, qui vivei alerte! assauts! attaques! 
Cecr fantômes prenaient leurs fusils, et sur eux 
Ils voyaient se ruer, effrayants, ténébreux, 
Avec des cris pareils anx voix des vautours chauves, 
D'horribles, escadrons, tourbillon» d'honames fauves. 
Toute une^rmée ainsi dans la unit se perdait. 
L'empereur était là, debout, qui regardait. 
Il était comme un arbre en proie à la cognée. 
Sur ce géant, grandeur jusqu'alors épargnée,- 
Le malheur, bûcheron smistre, était monté ; 
Et lui, cbêne vivant, pat' la hache insulté, 
Tressaillant sous le spectre anx lugubres, revanches, 
Il r^ardait tomber autour dé lui ses branches. 
Chefs, soldats, tous mouraient. Chacun avait son tour 
Tandis qu'environnant sa tente avec amour. 
Voyant son ombre aller et venir sur la toile, 
Ceux qui restaient, croyant toujours à son étoile. 
Accusaient le destin de lèse-majesté, 
Lui se sentit soudain dans l'âme épouvanté. 
Stupéfait du désastre et ne sachant que croire, 
L'empereur se tourna vers hieu ; l'homme de gloire 
Trembla; Napoléon comprit qu'il expiait 
Quelque chose peut-être, et, hvide, inquiet, 

5c 



16t 

Devant ses lésions sar la neifl;e semées : 

— Est-ce le châtiment ? dit-il, Diea des armées? .^ 

Alors il s*entendit appeler par son nom 

Kt qaelqa'an qui pariait dans l'ombre lai dit: non. 



II 



Waterloo ! Waterloo ! \yaterloo! morne plaine! - 
Gomme une onde qui bônt dans one urne trop plein 
Dans ton cirqae de bois, de coteaux, de vallons, 
La pâle mort mêlait les. sombres bataillons.. 
D' annoté c'est l'Europe et de l'autre la France. 
Gboc sanglant' dés béros Dieu trompait l'espéranc 
Ta désertais, victoire, et le sort était las. , . 

O Waterloo î je plenre'el je m'arrête, hélas ! 
Car ces derniers soldats de la dernière c^uerre 
Furent grands; ils avalent vaincu toute la terre, 
Chassé vingt rois, passé les Alpes et le Rhin, 
Et leur âme chantait dans les clairons d'airain! 

Le soir tombait; la. lotte était ardente et noire. . 
Il avait l'offensive et presque la victoire ; 
Il tenait Wellington accole sur un bois. 
Sa lunette àla main, il observait parfois . . 
Le centré du combat, point obscur où tressaille, . 
Lamê'ée, effroyable et vivante broass^ille, 
Et parfois l'horîzin, sombre comme h mer. 
Soudain, joyeux, il dit: Gronchy! — G'était Blûchei 
L'espoir i hangea de camp, le ctnnbat changea d'âm 
La mêlée en hurlant grandit comme une flamme.. 
La batterie anglaise écrasa nos carrés. 
La plaine où frissonnaient les drapeaux déchirés. 
Ne fut plus, dans les cris des mourants qu'on ésçorg 
Qu'un gouffre flamboyant, rouge comme une forge ; 
Gouffre vu les ré2;iments, comme des pans de murs. 
Tombaient, (iù se couchaient comme des épis mûrs 
Les hauts tainbotirs majors aUx panaches énormes, 
Où l'on entrevoyait des blessures difformes ! 
Garnage affreux! moment fatal! Thomme inquiet 
Seotit que. la bataille entre ses mains pliait. 



HZ 

Derrière un mamelpn la garde était massée. 

La garde, espoir^ soprême et saprème pensée! 

^- Allons! faites donner Ja gardé, cria-t-il ! -^ 

£t Lanciers, Grenadiers ani gnêtres de contil, 

Dragons qoe Rome eût pris ponr des légionnaires, 

Coirassiers, Canonniers qai jir»inHient des tonnerres, 

Portant le noir, colback bu le casque poli , 

Too«, ceux de'Friedland et ceux de Rivoli, 

Comprenant qa'iis allaient raoorir dans cette fête. 

Saluèrent leur dieu, debout dans la tempête. 

Leur bouche, d'un seul crî, dit : viVe Pempereur ! 

Pais, à pas' lents, musique en tête, sans fureur. 

Tranquille, souriant à là mitraille anglaise, 

La garde impériale entra dans la foprnaise. 

Hélas! Napoléon, sur sa garde penché," 

Regardait, ei, sitôt qu'ils avaient débouché. 

Sons les sombres, canons crachant de.4 jets de soufre, 

Voyait, l'un après l'autre, en cet horrible gouffre. 

Fondre ces régiments de granit et d'acier 

Comme fond une cire au souffle d'un brasier. 

Ils allaient,J^arme au bras, front haut, graves, stoïques. 

Pas an ne recula. Dormez, morts héroïques ! 

Le reste de l'armée hésitait sur leurs corps 

Et regardait mourir la garde. — C'est alors 

Qu'élevant tout à coup sa voix désespérée , 

La Déroute géante àia face effarée, 

Qui, pâle, épouvantant les plus (iers bataillons, 

Changeant subitement les drapeaux en haillons , 

A de certains pnoments, spectre fait de fumées^ 

Se lève grandissante Ho milieu des armées, 

La Déroute apparut au soldat qui s'émeut, 

Et, se tordant les-bras, cria : Sauve qui peut! 

Sauve qui peut! affront' horreur! toutes les bouches 

Criaient; à travers ohamps, fous, éperdus, farouches, 

Comme si quelque souffle avait passé sur eux. 

Parmi les lourds caissons et les fourgons poudreux, 

Roulant dans les fossés, se cachant dans les seigles. 

Jetant schakos, manteaux, fusils, jetant les aigles, 

Sons les sabre» prussiens» ces vétérans, ô deuil ! 

Tremblaient , hurlaient , pleuraient, couraient! — Ea 



Gomme s'envole aa veot one paille enflammée , 
S'éTaDOoit ce brait qui fat la grande armée. 
Et cette plaine, hélas ! où Ton rêve aujoard'hai , 
Vit fair ceax devant qui l'univers avait fqiJ 
Quarante ans sont passés, et te C4>in de la terre , 
Waterloo, ce plàteaa fanèbre et solitaire , 
Ce champ sinistre où Dieu mètâ tant de néants , 
Tremble encor d'avoir Va la fuite des géants ! . 

Napoléon les vit s'écouler comme un fleuve ; 
Hommes, chevaux, tambours, drapeaux; — et dans l'é- 
Sentant confusément revenir son remords , (preuve , 
Levant les m^ios au ciel, il dit:- — .mes soMats morts. 
Moi vaincu ! mon empire est brisé comme verre, i 
Est-ce le châtiment cette fois , Dieu sévère ? — 
Alors parmi les ms, les rumeurs, le canon , 
11 entendit la voix qni loi répondait: non ! 

• « 

III 

] . . . 

Il croula. Dieu changea la chaîne de rEorofle. 

Il est, au fonddes'mers que la brume enveloppe , 

Un roc hideux, débris des antiques volcans. 

Le Destin prit des clons, an marteau, des carcans , 

Saisit, pâle et vivant, ce voleur ^u tonnerre , 

Et, joyeux, s'en alla sur le pic centenaire 

Le clouer, excitant par son rire moqueur' 

Le vautour Angleterre à lui ronger le cœur. 

Évanouissement d'une splendeur immense ! 
Du soleil qui se lève à la nuit qai commence , 
Toujours l'isolement, l'abandon, la prison ; 
Un soldat rouge au seuil , la mer à l'horizon. 
Des rochers nus , des bois aff'reux , l'ennui, l'espace , 
Des voiles s'enfuyant comme l'espoir qui passe , 
Toujours le bruit des flots, toujours le bruit des vents ! 
Adieu, tente de pourpre aux panaches mouvants , 
Adieu, le cheval blanc que César éperonne l (ronne, 
Plus de tambours battant aux champs , plus de cou- 



Plas de rois prosternés dans Tombre avecterrear, 

Plus de manieaa traînant sur eux, plus d'emperèar I 

Napoléon était retombé Bonaparte. 

Comme on romain blessé par la flèche dn Parthe , 

Saignant, morne, il songeait à AloseoQ qai brAla. 

Un caporal anglais lai disait : balte- là ! (tre r 

Son filiaux mains des rois, sa femme au bras d'un ao- 

Pins Yîl qoe le pourceau qui dans l'égout se vautre , 

Son sénat qui Pavait adoré, rinsnitait. 

Aux bords des mers, à l'hetire où la bise se tait. 

Sur le^ escarpements crontant en noirs décombres, 

Il mardiait, seul, rêveur, captif des vagues sombres. 

Sur les mont», sur les flots , sur les cieux, triste et fier, 

L'œil encore ébloui des batailles d'hier , 

Il laissait sa pensée errer à Taventure. 

Grandeur, gloire , ô' néant! calme de la nature ! 

Des aiglea ({ui passaient ne le connaissaient pas. 

Les rois, ses guichetiers, avaient pris un compas 

Et Tavaient enfermé dans un cercle inflexible. 

Il expirait. La mort de plus en plus visible 

Se levait-dans sa nuit et croissait à ses yeux 

Gomme le froid matin d'un jour mystérieux, 

Son âme palpitait, déjà presque échappée. 

Un jour enfin il mit sur son lit son épé<>. 

Et se coucha près d'elle, et dit: c'est aujourd'hui ! 

On jeta le manteau de Marengo sur lui. 

Ses batailles.du Nil, dp Dannl]^^ du Tibre, 

Se penchaient sur son front; il dit : me voici libre ! 

Je suis vainqueur! je vois mes aigles accourir ! 

Et, comme il retournait sa tète pour mourir. 

Il aperçut, un pied dans la maison déserte, 

Hudson-Lowe guettant par la porte entrouverte. 

Alors, géant broyé sous le talon des rois. 

Il cria : — la mesure est comble cette fois ! 

Seigneur! c'est maintenant fini! Dieu que j'implore, 

Vous m'avez châtié ! — la voix dit : — pas encore ! 

IV 

O noirs événements, vous fuyez dans la nuit ! 
L'empereur mort tomba sur l'empire déVt^W. 



tes 

Napoléon aHa s'endormir sous le saole. 
Et tes peoples alors, de Pan à l'aatro pèle, 
Oubliant le tyran, s'éprirent da héros. 
Les poètes, marquant au front les rois bourreaux, 
Consolèrent, pensifs, celte i^loire abattue. 
A la colonne veuve on rendit sa statue. ^ 

Quand on levait les yeux, on le voyait debout 
Au-dessus de Paris, serein, dominant tout. 
Seul, le jour dans l'azur eti» nuit dans les astres. 
Panthéons, on srava son nom sur vos pilastres ! 
On ne regarda plus qu'un seul côte des temps ; 
On ne se souvint plus que des Jours éclatants; 
Cet homme étrange avait comme pnivré l^histoire ; 
La justice à Tœil froid dispRrut sous sa f^loire ; 
On ne vit plus qu'Eylau, Ulm, Arcole, Austerlitz; 
Gomme dans les tombeaux des romains abolis. 
On 86 mit à fouiller dans ces grandes années ; 
Et vous applaudissiez, nations tnclinées. 
Chaque fois qu*on tirait de ce sol souverain 
On le consul de marbre ou Tempereur d*airain! 



Le nom grandit quand Thomme tombe; 
Jamais rien de tel n'avait lui. 
Calme, il écoutait dans sa tombe 
La terre qui parlait de lui : 

La terre disait : « la victoire 

• A suivi cet homme en tons lieux. 

• Jamais tu n*as vu, sombre histoire, 
« Un passant plus prodigieux ! 

« Gloire au maître qui dort sous l'herbe! 
« Gloire à ce grand audacieux ! 
« Nous Tavons vu gravir, superbe, 
« Les premiers échelons des deux ! 



1*7 

« U envoyait, âme acharnée, 

• Prenant Moscod, prenant Madrid, 
« Lutter contre la destinée 

« Tous les rêves de son esprit. 

• A chaque instant, retitrant en lice, 

« Cette homme aax gigantesques pas 
o Proposait quelque gradd caprice 
« A Dieu qui n'y consentait pas. 

« Il n*élait presque plus un homme. 
« Il disait, grave et rayonnant, 
« En regardant fixement Rome : 
« C'est moi qui règne maintenant ! 

« Il voulait, béres et symbole, 
« Pontife et roi, phare et volcan, 
« Faire do Louvre un Capitule 
« Fit de Saint-Cloud un Vatican. 

« César, il eût dit a Pompée : 
« Sois fier d-ètre mon lieutenant ! 
« On voyait luire son épée 

• Au fond d'un nuage tonnant. 

« Il voulait, dans les frénésies 
« De ses vastes ambitions, 
« Faire devant ses^fantaisies 
« Agenouiller les nations, 

« Ainsi qo*en une orne profonde, 
« Mêler races , langues, esprits, 
« Répandre Paris sur le monde, 
« Enfermer le monde en Paris! 

« Comme Cyras dans Babylone, 
« U voulait 8008 sa large main, 
« Ne faire du monde qu'un trône 
« Et qu'an peuple da genre humain, 

« Et bâtir, malgré les huées, 
« Un tel empire sous son nom 
« Que Jéhovah dans les nuées. 
« Fût jaloux de Napoléon ! » 



1C8 



VI 



Eofin, mort triomphant, il vit sa délivrance, 
Et l'océan rendit son cercaeîl à la France. 

L'homme, depois doozeans, soss le dAme doré, 
Reposait, par TexH et par la mort sacré ; ( li 

£n paix ! — quand on passait près du monument soi 
On se le figurait, coaronne an front , dans Fomhre , 
Dans son mapteaa semé d'abeilles d^or, muet, 
CoQcbé sous cette voûte où rien ne remuait, 
Lui, l'homme qui trouvait la terre trop étroite. 
Le sceptre en sa main gauche, et Tépée en sa droite 
A ses pieds son «rand aigle ouvrant l'œil à demi. 
Et l'on disait : c'est là qu'est César endormi ! 

Laissant dans la clarté marcher Timmense ville, 
Il dormait ; il dormait confiant et tranquille. 



vu ^ 

Une nuit, — c'est toujours la nuit dans le tombeau, 
Il s'éveilla. Luisant comme un hideux flambeau, 
D'étranges visions emplissaient sa paupière ; 
Des rires éclataient soos son plafond de pierre ; 
Livide, il se dressa, la vision grandit; 
O terreur! une voix qu'il reconnut, lui dit: 

^ Réveille- toi. Moscou, Waterloo, Sainte -Hélène, 
L'exil, les rois geôliers, TAngleterre hautaine 
Sur ton lit açondée à ton dernier moment, 
Sire, cela n'est rien. Voici te châtiment: 

La Yoix ators devint âpre» anère, stsidente. 
Comme le noir sarcasme et l'ironie ardente; 
C'était le rire amer mordant un demi-dieo. 
-— Sire ! on t'a retiré de ton Panthéon bleu ! 
Sire ! on t'a descendu de ta haute colonne ! ^ 
Regarde: des brigands, dont l'essaim tourbillonne^ 



ut 

D'affreox bohémiens, des vainqueurs de cbaroier 

Te tiennent dans leurs mains et t'on fait prisonnier. 

A ton orteil d'airain leur patte infâme touche. 

Ils t'ont pris. Tu mourus, comme un astre se coucha, 

Napoléon-le-Grand, empereni'; tu renais 

Bonaparte, écuyer du cirque Beaubarnais. 

Te voilà dans leurs rangs, on t*a, l'on te harnache. 

Ils t'appellent toot haut grand homme, entr'eox, gaoa- 

Ils traînent sur Paris, (|ui les voit s'étaler, (che. 

Des sabres qu'au besoin ils sauraient avaler. 

Aox passants attroupés devant leur habitacle, 

Us disent, entend-les: -r- Empire à grand spectacle! 

Le pape est engagé dans la troupe ; c'est bien, 

Noos avons mieux; le czar en est; mais. ce n'est rien. 

Le czar n'est qa'nnsergenl, le pape n'est qu'un bonze. 

Nonê avons avçc nous le bonhomme de bronze! 

Noos sommes les neveux do grand Napoléon! — 

Et Foald, Magnan, Rouher, Parieu caméléon. 

Font rage. Ils vont montrant un sénat d'automates. 

Ils ont pris de la paille au fond des casemates 

Pour empailler ton aigle, ô vainqueur d'Iéaa! 

Il est là, mort', gisant, loi qui si haut plana. 

Et da champ de bataille il tombe au champ de foire. 

Sire, de ton vieux trône ils recousent la moire. 

Ayant dévalisé la France au coin d'un bois, 

Ils ont à leurs haillons do sang, comme tu vois^ 

Et dans son bénitier Sibonr lave leur linge. 

Toi, lion, tu les suis ; leur maître, c'est le singe. 

Ton nom leur sert de lit, Napoléon premier. 

On voit sur Ansterlitz un peu de leur fumier. 

Ta gloire est on gros vin dont leur honte se grise; 

Cartouche essaie et met ta redingotte grise ; 

On qoj^te des liards dans le petit chapeau; 

Poor tapis sur la table ils ont mis ton drapeau ; 

A cette table immonde où le grec devient riche. 

Avec le paysan on boit, on joue, on triche. 

To te mêles, compère, à ce tripot hardi. 

Et ta main qoi tenait l'étendard de Lodi, 

Cette main qoi portait ta foudre, 6 Bonaparte^ 

Aide à piper les dés et fait sauter la carjie. 



\ 



Us te forcent à boire avec eax. et Garlier 
Poosse amicalement d'on coade familier 
Votre majesté, sire, et Piétri dans son antre 
Vous tatoie, et Maopas yods tape sar Je ventre. 
Faossaires, meurtriers, escrocs, forbans, yolears, 
Ils savent qa'ils auront, comme toi, des malheurs; 
Lear soif eii attendant vide la coupe pleine, 
A ta santé; Poissy trinque avec Sainte Hélène. 

Regarde ! bals, sabbats, fêtes matin et soir. 

La foule au bruit qu'ils font se xïulbute pour voir; 

Debout sur le tréteau qu'assiège une cohue 

Qui rit, bâille, applaudit, tempête, siffle, hue. 

Entouré de pakqoins agitant leur grelot, 

-7- Commencer par Homère et finir par Callot! 

Epopée! épopée! ob! quel dernier chapitre ! — 

Près de Troplong paillasse et de Baroche pitre. 

Devant cette baraque, abject et vil bazar' 

Où Mandrin mal lavé se déguise en César, 

Riant, l'afireox bandit, dans sa moustache épaisse^ 

Toi, spectre impérial, tu bats la grosse caisse. — 

L'horrible vision s'éteignit. — L'empereur, 
Désespéré, poussa dans l'ombre un cri d'horreur, 
Baissant les yeux, dressant ses mains épouvantées; 
Les Victoires de marbre à la porte sculptées. 
Fantômes blancs debout hors du sépulcre obscur. 
Se faisaient du doigt signe et, s'appoyant au mur. 
Écoutaient le titan pleurer dans les ténèbres. 
Et Lui, cria: déoaoïLanx visions funèbres, 
Toi qui me sois partout, que jamais je ne vois, 
Qui donc es tu? — Je suis ton crime, dit la voix. — 
La tombe alors s'emplit d'une lomière étrange > 
Semblable à la clarté de Dieu quand il se venge; 
Pareils aox mots que vit resplendir Baltbazar, 
Deux mots dans l'ombre écrits flamboyaient sur César; 
Bonaparte, tremblant comme un enfant sans mère, 
Lava sa face pâle et lut: — Dix-hcit-^Brcmaire! 



Jersey. 30 Novembre 1853. 



LIVRE YI 



LA STABILITÉ EST ASSURÉE 



I 
NAPOEiÉOM III 



Donc c'est fait. Dût rogir de honte le canon, 
Te voilà, nain immonde, accroupi sor ce nom î 
Cette gloire est ton trôa, ta badge, ta demearel 
Toi qui n'as jamais pris la fortone qu'à Theare, 
Te Toilà presque assis sar ce (laatain sommet! 
Sar le chapeau d'Ëssiing to plantée ton plomet ; 
Tq mets, petit Poncet, ces bottes de sept lienès; 
Ta prends Napoléon dans les régions bleaes; 
Ta fais travailler Toncle, et, perroquet ravi. 
Grimper à ton^ perchoir l'aigle de Mondevi ! 
Thersite est le neveo d'Achille Péliade! 
C'est ponr toi qa'on a fait tonte cette Iliade ! 
C'est ponr toi qu'on livra ces combats inouïs! 
C'est pour toi que Morat, aux Russes éblouis, 
Terrible, api^araissaif, cravachant, leur armée l 
C'est pour toi qu'à travers la IVamm^ ^KV^l^xs.^^ 



17S 

Les grenadiers pensifs s'avançaient à pas lents! 
C'est poar toi qae mon père et mes ondes vaillants 
Ont repandn leor sang dans ces guerres épiques! 
Pour toi qa'ont fourmillé les sabres et les piques , 
Que tout le continent trembla sous Attila, 
Et que Londres frémit, et que Moscou brûla ! 
C'est pour toi, pour tes Deutz et pour tes Mascarilles, 
Pour que tu puisses boire avec de belles filles. 
Et la nuit, t'attabler dans le Louvre à Pécart, 
C'est pour monteur Fialin'et pour mpnsi'^ur Mocquart, 
IJue Lannes d'un boulet eut la cuisse coupée. 
Que le front des soldats entr'ouvert par Tépée, 
Saigna sens le schako, le casque et le colback, 
Que Lassalle à Wagram, Dnroc à Reicbenbach, 
Expirèrent frappés au milieu de leur route. 
Que Caulaincourt tomba dans la grande redoute. 
Et que la vieille garde est morte à Waterloo ! 
C'est pour toi ({u'aaitant le pin et le bouleau, 
Le vent fait aujoard'hui, sous ses âpres baleines, 
filancbir tant d'ossements, hélas! dans tant de plaines! 
Faquin! — Tu Ves soudé, chargé d'un vil butin, 
Tui, l'homme du hasard, à Thomme du destin ! 
Tu fourres, impudent, ton front dans ses couronnes! 
Nous entendons daqoer dans tes mains fanfaronnes 
Ce fouet prodigieux qui copdnisait-les rois.; 
Et tranquille, attelant à ^ton numéro trois 
Austerlitz, Mareogo, Rivoli, Saiot-Jean-d'Acre, 
Aux chevaux du soleil tu fais trjtner ton fiacre 1 



Jersf v." DétetYibre 185Î. 



173 



II 



L.ES MARTYRIIS 



Ce? femmos qu'on envoie aux loinlaînes bastilles. 
Peuple, ce sont tes sœars, tes mères et tes filles ! 
O peuple, leur forfait, c'est de l'avoir aimé! 
Paris sanglant, rourbé, sinist e, inanimé, 
Voit ces horreurs et sjird^ un silence, farouche. 
Celle-ci, qu'on amène un bàil'on <Uins la bouche. 
Cria: — (c'est \h s)n rrirae) — à b.is la trahison! 
Ces femmes sont la foi, la vertu, la raison/ 
L'équité, la pudr^ar, la fierté , 1.» justice. 
Sai!it-Lazare — il f-iuira broyer cHtti bâtisse! 
Il n'en resti»ra pas pierre sjr pierre un jf)ur! — 
Les reçoit, lesdév n'c% et, qaïa.i revient leur tour, 
S'ouvre, et les r»»vomit p^r son Içrrible porte, 
El les jette aa f»urz'>ri b deu< qufl \s emporte. 
Où vont-elles? L'oubli le sait, et le tombeau 
Le raconte au «y près et le dit au corbeau. 

Une d'elles é'ail nuB 'nère sacrée. 
Le jour qu'on l'eiilraîaa vers l'Afrique îibhorré*. 
Ses enfan's élaiv^nt là qui vouiaieni r«unbrasser ; 
On les chassa. La mère en deuil le» vit chasser 



{ 



in 

Et dit: — partoDs!— Le penpie en larmes criait grâce. 
La porte da fourgon étant étroite et basse, 
Unargonsin joyenx, raillant son embonpoint, 
La fit entrer de force en la poassant da poing. 

Elles s'en vont ainsi, malades, vérronillées, 

Dans le noir cbariot aux cellales soaiilées 

Où le captif, sans air, sans joar, sans pleurs dans Toeil, 

N'est plus qa*nn mort vivant assis dans son cercaeil. 

Dans la route on entend leurs voix désespérées. 

Le peuple bébôté voit passer ces torturées. 

A iToulon, le fourgon les quitte, le ponton 

Les prend ; sans vêtements, sans pain, sous le bâton. 

Elles passent la mer, veuves , seules au monde, 

Mangeant avec les doigts dans la gamelle immonde. 



■CS) 



Bruxelles. Juillet 1852. 



m 



III 



HVNNE DES TRANâPARTÉS 



PrioBS ! ?oici Tombre sereitie. 
Vers toi, grand Dieu, nos yeax et nos bras sont levés. 
Ceax qai l'offrent ici lears larmes et leor chaîne 
Sont les plas doalonreqx parmi les éprouvés. 
Ils ont le plas d'honneor ayant le pins de peine. 

Sooffrons! le crime aura son toar. 
Oiseanx ^ai passez, nos chaamières. 
Vents qoi passez, nos sœars , nos mères, 
Sont là-bas, pleurant nait et joar. 
Oiseaux, dites-leur dos misères ! 
G vents, portez-leur notre amour ! 

Nous t'envoyons notre pensée, 
Bien! nous te demandons d'oublier les proscrits» 
Mais de rendre sa gloire à la France abaissée ; 
Et laisse-nous mourir, nous brisés et meurtris, 
Nous que le jour brûlant livre àla nuit glacée ! 

Souffrons! le crime — 



17i 

Gomme on archer frappe une cible. 
L'implacable soleil nous perce de ses trails; 
Après le dur labeur, le sommeil impossible; 
Cette chaove-souris qui sort des noirs marais, 
La fièvre bat nos fronts de son aile invisible. 

Souffrons! le cri me — 

Oq a soif, l'eau brû'e la bouche; 
On a faim, du pain noir; travaillez, malheureux I 
A chaque coup de pioche en ce désert farouche 
La mort sort de la terre avec son rire affreux, 
Prend l'homme dans ses bras, l'élreintet se recouche 

Souffrons ! le crime — 

Mais qu'importe ! rien ne nous dompte ; 
Nous sommes torturés et nous sommes contents. 
Nous remercions Dieu vers qui notre hymne monte 
De nous avoif choisis pour souflrirdans ce temps 
Où tous ceux qui n'ont pas la souffrance ont la honte. 

Souffrons! le crime — 

Vive la grande République ! 
Paix à l'immensité du s >ir mystérieux! 
Paix aux morts endormis dans la tombe stoïque 1 
Paix au sombre océan qui môle sous les deux 
La plainte de Cnyenoe au sangl )t de l'Afrique! 

Souffrons! le crime aura sou tour. 
Oisi'aux qui passiz, nos chaumières. 
Vents qui passez, n )S sœurs, nos mères 
Sont là-bas, plfuraul nuit et jour. 
Oiseaux, dites-leur nos misères! 
O vents, porlvz-l.'ur notre amour! 



,1 'r«=ev. Juillet 1853. 



177 



IV 



CHAMSON 



Noos DOQS promenions parmi les décombres^ 

A Rozel Tower, 
Et noDS écoutions les paroles sombres 

Qae disait la mer. 

L'énorme océan, — car nous entendîmes 

Ses vagaes chansons, — 
Disait : « paraissez, vérités sublimes, 

« Et biens horizons! 

« Le monde captif, sans lois et sans règles, 

« Est aox oppresseors ; 
« Volez dans les cieot, ailes des grands aigles,, 

« Esprits des penseors ! 

« Naissez, levez- voos s or les flots sonores, 

o Sar les flots vermeils, 
« Faites dans la nait poindre vos aarores, 

«Peuples et soleils! 

« Voos, — laissez passer la Tondre et la brume,. 

« Les vents et les cris, 
« Affrontez l'orage, affrontez Técame, 

« Rochers et proscrits ! » 



Jersey. Octobre 485ft. 



17S 



llBEiOIJlSSEIllENVS 



O temps miracaleax ! 6 galles boméiiçaesl 
O rires de TEorope et des deux Amériqaes ! 
Croûtes qat larmoyez ! bons Dieux mal accfocfaés 
Qui saignez dans vos coins ! madones qai lonchez! 
Phénomènes vivants ! ô choses inoaies l' 
Gandeors ! éoormilés an jonr épanoofes! 
Le condrun déclaré fétide par le suif, 
Judas flairant Shylock et criant : c'est un juif! 
L'arsenic indigné dénonçant la morphine, 
La botte injuriant la borne, Messaline 
Reprochant à Goton son regard effronté, 
Et Dapin accusant Sauzet de lâcheté ! 

Oui, le vide-gousset flétrit le tire-laine, 
Falstaff montre du doigt le ventre de Silène, 
Lecenaire, pudique et de rougeur atteint. 
Dit ett baissant les yeux : j'ai vu passer GasfdBg^ 

Je contemple nos temps ; j'en ai le droit, je panas* 
Souffrir étant mon lot, rire est ma récompense. 
Je ne sais pas comment cette pauvre Glio 
Fera pour se tirer de cet imbroglio. 
Ma rêverie au fond de ce règne pénètre, 
Çaaad, ne pouvant doTm\T,UTiw\v^ ^ ma fenêtre» 



lit 
Je songe, et qae ià-bas, dans l'ombre^ à travers reto» 
Je vois biiUer le phare auprès de SaÎDt-M alo. 

Donc ce mement existe ! 11 est ! Stapear risîble! 
Oq le voit; c'est réel, et ce n'est pas possible. 
L'eiapiffe est là, refait par ^elqoes sacripans. 
Bonaparte-le-grand dormait. Qoel gaet-apens ! 
Il deraaait dans sa tombe, absous par la patrie. 
ToQt à ceiip des brigands firent une (aerie 
Qai dora tont an joov et da soir an matin ; 
Napoléon- le-Nain en sertit. Le destin. 
De l'expiation implacable ministre. 
Dans toat ce sang versé trempa son doigt sinistre 
Pour barboeiller, affront à la gloire en lambeaa. 
Cette caricatore an mur de ce tombean. 

Ce monde là prospère. Il prospère, vous dis-je! 

Embonpoint de la honte ! époque call^yge! 

11 trône, ce eoekaey d'Eglioton et d'Epsom 

Qui, la main sur son cœor, dit: je mens, er^e #ttm 

Les jours, les mois, les ans passent; ce ne^atiqae» 

Ce somnrâibnle obscur, brusquement frénétique, 

<}ue Schoelcher a nenuné le président Obus, 

Règne, continuant ses crimes en abas. 

O spectacle! ea pèein jour, il marche et se promène » 

Cet être horrible, insuète à la ûgure humaine! 

Il s'étale effroyable, af amt tout on troupeau 

De Suins et a» Fartouls qui vivent fur sa peao. 

Montrant ses nodilés, cynique, infâme, indigne. 

Sans mçUre à son Baroche une feuille de vigne! 

Il rit de voir à tavro et montre à Machiavel 

Sa parole d'honneur qu'il a tuée en duel. 

Il sème l'or ; — venez ! — et sa largesse éclate. 

Ma^n ouvre aa griffe et Troplong tend sa patte. 

Tout va.. Les sous*coquins aident le drôle en chef. 

Tout est beau, tout est bon, et tout est juste ; bref^ 

L'église 1^ soutient, l'opéra le constate. 

Il vola: Te Deum, Il égorgea: Cantate. 

Lois, mœars, mattre, valets, tout est à l'avenant. 
C'est un bivouac de gueux, splendideet rayonnant 



180 

lA mépris bat des main», admire, et dit : courage ! 

C'est hfdeox. L'entouré ressemble à t'entoorage. 

Quelle collection ! qael choix ! qael OEii-de-bœof 1 J 

L'un vient de Loyola, Pautre vient de Babeuf. 

Jamais vénitiens, romains et bergamasques 

N'ont sons plos de sifflets vu passer plus de masques. 

La société va sans but, sans jour, sans droit, 

£t Tenvers de l'babit est devenu l'endroit 

L'immondice au sommet de l'Etat se déploie. 

Les chiffonniers, la nuit, courbés, flairant leur proie» 

Allongent leur crochet do côté du sénat. 

Voyez-moi ce coquin, normand, corse, auvergnat; 

C'était fait pour vieillir bélître et mourir cuistre; 

C'est premier président, c'est préfet, c'est ministre. 

Ce truand catholiqqe au temps jadis vivait 

iMaigre, chez Fiicoteaux plutôt que chez Chevet; 

Il habitait au fond d'un bouge à tabatière 

Un lit fait et défait, hélas, par sa portière. 

Et griffonnait dès l'aube, amer, affreux, souillé. 

Exhalant dans son trou Todeur d'un chien mouillé. 

11 conseille l'Etat pour vin^t-cinq mille livres 

Par an. Ce petit homme, étant teneur de livres 

Dans la blonde Marseille, au pays du mistral. 

Fit des faux. Le voici procureur général. 

Celui-là, qui courait la foire avec un sinfçe, 

Est député ; cet autre, ayant fort peu de linge. 

Sur la pointe du pied entrait dans les logis 

Où bâillait quelque armoire aux tiroirs élargis. 

Et du bourgeois absent empruntait la tonique; 

Nul mortel n'a jamais, de façon plos cynique, 

Assouvi le désir des chemises d'autroi ; 

11 était çrinche hier, il est juge aujourd'hui. 

Ceux-ci, quand il leur platt, chapelains de la clique» 

Au saint-père accroupi font pondre une encyclique; 

Ce sont des gazetiers fort puissants en haut lien, 

Car ils sont les amis particuliers de Dieo ; 

Sachez que ces béats, quand ils parlent du temple 

Gomme de leur maison, n'ont pas tort ; par exemple, 

J'ai toujours applaudi quand ils ont affecté 

Avec les saints du ciel des airs d'iotimité; 



181 

Venillot, cerle, aurait po vivre avec saint ÀDjloiae. 

Cet autre est général coitime on serait dianeine, 

Parce qn'il est très-gras et qo'il a trois mentons. 

Cet antre fat escrime. Cet autre eut-vingt battus 

Cassés sur luf/Cef autre, admirable canaille, 

Quand la bise, en janvier, nous pince et nous (enaiile, 

D'une savate oblique écrasant les talons, 

Pour se garer du froid mettait deux pantalons 

Bont les trous par bonheur n'étaient pas l'un sur Tautre. 

Aujourd'hui^ sénateur, dans Tempire il se vautre. 

Je regrette le temps que c'était dans l'égout. 

Ce ventre a nom d'Haotpoul, ce nez a nom d'Argout; 

Ce prêtre, c'est la honte à l'état de prodige. 

Passons vite. L'histoire abrège, elle rédige 

Ro]rer d'un coup dé fouet, Mongis d'un coup de pied, 

Et fuit. Royer se frotte et Mongis se rassied ; 

Tout est dit . Que leur fait l'affront? l'opprobre engraisse. 

Quant au maître qui hait les curieux, la presse, 

La tribune, et ne veut pour son règne éclatant 

Ni regards, ni témoins, il doit être content ; 

Il a plus de succès encor qu'il n'en exige : 

César^ devant sa cour, son pouvoir, son quadrige; 

Ses lois, ses serviteurs brodés et galonnés. 

Veut qu'on feime les yeux ; on se bouche le nez. 

Prenez ce Beauharnais et prenez une loupe ; 
Penchez-vous; regardez l'homme et scrutez la troupe ; 
Vous n'v trouverez pas l'ombre d'un bon instinct. 
C'est vil et c'est féroce. En eux l'homme est éteint; 
Et ce qui plonge l'âme en des sldpenrs profondes, 
C'est la perfection de ces gredins immondes. 

A ce ramas se joint un tas d'affreux poussahs, 
I Un tas de Tribouletset de Sancho-Panças. 

Sous vingt gouvernements ils ont palpé des sommes, 
i Aucune indignité ne manque à ces bonshommes ; 
i Rufins ponssifo, Verres goutteux, Séjans fourbus, 
} Sellés à tout tyran, sénateurs omnibus. 

On est l'ancien soudard, on est l'ancien bourgmestre; 

On (oa Lonis Seize, on vote avec de Malstre ; 



i 



in 

lis ont ea léui* faoteoil dans (cas 1m Luxenaboarcs; 
Ayant va tes Maiir)d, ils sont faits anx Sibours; 
Ils sont giàts et, contant leurs antiqnes bambooms^ 
Branlent hStiHl Viens gaiEoni sor lenrs yieHIes cabochef . 
Ayant été, dà temps da'ils avaient nîi ch'ev^o, 
Lacëes êovf& IMiicle, ils sont abjects aons le nevéd. 
Gros mandarins cbitiois adorant le tâftore, 
Ils apportent letir ce^nr, leur vertn, lear caftarrhe. 
Et prosternent^ cagtienx devant sa niajosté 
Leur biéïésse aVaclive en itiibécilité. 

G€lCte barnde cremb^^aise et se livre à des joies. 
Bon ménage toâcRànl des vautours et des oies ! 

• 

Noirs efe6ipe¥eort rotnains ebobhés dans les tonftetMTe , 
Qui faisiez 'én% sénats dieca^r4es tnebots, 
Toi, demièfe L^ée, ô reliie au tau de cjf|;ae» 
Prêtre Aiéxandre-Six qni rêves dans ta vigne. 
Despotes d'AlIcfiaiigtre, éch>s diins le Itœrfter, 
Nemrod qai Iftis le ciefyXereès qui bats la mer, 
Gaîphe qui ti^essa^ la ceuvonne d'épine, 
Glaude a^rès messallne épousant. Agrippine, 
Gaïus qu'on fit Gésar, Gommode qu'on fit Dieu, 
Itnrbide, Rosas, Mazarin, Ridielieo, 
Moines qui chassez Dante et brisez Galilée, 
Saint-omee, conseil des dix, chambre étoiiée, 
Partemelité tout noircis de décrets et d*olims, 
Vous Gitans, les Mourads, les Achmets, les Sétioif, 
Rois qn'dtt montre aux enfants dans tons les svHabaires, 
Papes, d«C8, empereurs, princes, tas de Tibères! 
Bourreaux toujours sanglants, toujours divlniaés. 
Tyrans ! enseignez-moi, si vous le connaissez, 
Enseigne^moile lien, le point, la borne où eeese 
La lâcheté pnbliqve et Thomaine bassesse! 

Et Tarchet frétnis^nt fait bondir tout cela! 
Bal à Pliétel«de- ville, an Loxembonrg gala. 
Allons, juges, dansez la danse de Tépée! 
Gan&bede, è Aombidair, pour ronomatopée ! 
Polkez, FooM et llaupas, avec votre écfiteao. 
Toi, Persil-Guillotine, an profil de couteau! 



183 

^DaraqaeBoastrapa montre et qu'il lient par la sangle» 
Valsez, Biliaalt, Pariea, Drouyo, Lebœof, Delangle! 
Âanse, Dapin ! dansez, Thorrible et le bouffon ! 
JELyènes, loups, chacals, non prévus par Buffon» 
Xtoroy,, F'orey, tueurs au fer rongé de rouilles, 

l>aDsez! dansez. Berger, d'Hautpoul, Mural, citroaillesl 
Et l'on râle en exil, à GayenoQ, à Blidah! 
Et sur le Dnguesclin, et sur le Canada, 
. Des enfants de dix ans, brigands qu'on extermine. 
Agonisent brûlés de fièvre et de vermine ! 
Et les mères, pleurant sous l'homme triomphant. 
Ne savent même pas où se meurt leur enfant \ 
Et Samson reparaît, et sort de ses retraites! 
Et le soir, on entend, sur d'horribles charrettes 
Qui traversent la ville et qu'on suit à pas lents. 
Quelque chose sauter dans des panrers sanglants î 
Oh! laissez! laissez-moi m'enfuir sur le rivage! 
Laissez-moi respirer l'odeur du flot sauvage! 
Jersey rit, terre libre, an sein des sombres mers ; 
Les genêts sont en fleur, l'agneau patt les prés verts; 
Ii'écume jette aux rocs ses blanches mousselines ; 
Par moments apparaît, au sommet des collines, 
Livrant ses crins épars an vent âpre et joyeux, 
Un cheval effaré qui hennit dans les deux. 



,U?Vv^ Ma\\%ia^ 



1S% 



VI 



Jk CEVIL QUI DOnniEMV 



Réveillez-voQS, assez de boDte ! 
Bravez boulets et biscayens. 
Il est temps qo^eofia le flot mont"*, 
Assez de bonté, citoyens ! 
Troussez les manches de la blouse ; 
Les hommes de quatre-vingt douze 
Affrontaient vin^t rois combattants. 
Brisez vos fers, forcez vos geôles! 
Quoi ! vous^avez peur 6*^ ces droits, 
Vos pères bravaient les Titans ! 

Levez-vous ! foudroyez et la horde et le matlre ! 
Voos avez Dieu pour vous et contre vous le prêtre^ 

Dieu seul est souverain. a ^J j 

Bavant lui nul n'est fort et tous sont périssables. 
n chasse comme un chien le grand tigre des sables 

Et le d ragon marin ; (bre^ 

Rien qu'en soufflant dessus, ce mme un oiseau d'un ar- 
U peut faire envoler de leur temple de marbre 

Les ido les d'airain. 



18S 

VoD« n'êtes pas armés? qolaiporta! 
Prends ta foarche, prends ton marteao î 
Arrache le gond de ta porte, 
Emplis de pierres ton manteau ! 
Et ponssez le cri d'espérance! 
Aedevenezla grande France! 
Redevenez le grand Paris î 
Délivrez, frémissant de rage. 
Votre pays de IVsclavaiEe, 
Votre mémoire du mépris ! 

Qnoiî fant-il citer les royalistes même ? 

On était grand aux jours de la lutte snprème! 

Alors, que voyait-on? 
La bravonre, ajoutant à l'homme une coudée. 
Etait dans les deux camps. N'est-il pas vrai, Vendée» 

O dur pays breton ? 
Pour vaincre un bastion, pour rompre une muraille. 
Pour prendre cent canons vomissant la mitraille. 

Il suffit d'an bâton! 

Si dans ce cloçqae on demeure, 
Si cela dure encore un jour, 
Si cela dore encore uns heure, 
Je brise clairon et tambour, 
Je flétris ces pusiHaoimes ; 
O vieux peuple des jours sublimes, 
Géants à qui nous les mêlions, 
Je les laissç trembler leurs fièvres, 
Et je déclare que ces lièvres 
Ne sont pas vos ûls, ô lions ! 



Jersey. Septembre 1853. 



isa 



I 



VII 



EilIi^Af 



O France, quoique tu sommeilles, 
Noos l'appelons, nous, les proscrits! 
Les ténèbres ont des oreilles, 
Et les profondeurs ont des cris. 

Le despot!sme âpre et sans gloire 
Sur les peo[)les découragés 
Ferme la grille épaisse et noire 
Des erreurs et des préjugés ; 

Il tient sous clef l'essaim fidèle 
Des fermes penseurs, des héros. 
Mais ridée avec un coup d'aile 
Écartera les dors barreaux. 

Et, comme en l'an quatre-vingt-onze, 
Reprendra son vol jonverain, 
Car briser la cage de bronze 
C'est facile à l'oiseau d'airain. 



187 

L'obscorité couvre le monde, 
Mais ridée illumine et luit ; 
De sa clarté blanche die inonde 
Les sombres azurs de la nuit. 

E le est le fanal solitaire, 

Le rayon providentiel ; 

Elle est la lampe de la terre - 

Qui ne peut s'allumer qu'au ciel. 

' Elle apaise Tâme qui souffre, 
Guide la vie, endort Ia mort; 
Elle montre aox méchants le gouffre, 

^Elle montre aux justes le port. 

En voyant dans la brume obscure, 
L'Idée, amour des tristes yeux, 
Monter calme, sinistre et pure. 
Sur l'horizon mystérieux. 

Les fanatismes et les haines 
Rugissent devait chaque seuil, 
Gomme hurlent les chiens obscènes 
Qaaud apparaît I9 lune en deuil. 

Oh! contemplez l'Idée altière, 
Nations! son front surhumain 
A, dès à présent, la lumière 
Qui vous éclairera demain ' 



Jersey. Juillet 1853. 



188 



! 



vni 



AV%. FEMMES 



4. 



Quand toot se fait petit, femmes, voag restez grandes, 

Ed vain, aax mars sanglants accrochant desgaîrlandes, 

Ils ont ouvert le bal et la danse; ô nos sœurs, 

Devant ces scélérats transformés en valseors, 

VoQs haossez,— châtiment! — voscharmantesépaaies. 

Votre divin soarire extermine ees drôles. 

En vain leor frac hrodé scintille , en vain, brigands. 

Pour vous plaire ils ont mis à leur grififes des gants, 

Et de leur vil tricorna'ils ont doré les ganses; 

Vous bafouez ces gants, ces fracs, ces.éléiances. 

Cet empire tout neuf et déjà .vermoulu. 

Dieu vous a tout donné, femmes; il a voulu 

Que les seuls alcyons tinssent tète à l'orage, 

Et qu'étant la beauté, vous fussiez le courage. 

Les femmes ici-bas et là-haut les aïeux. 
Voilà ce qui nous reste ! 

Abjection ! nos yeox 
Plongent dans une nuit toujours plus épaissie. 
Oui, le peuple français, oui, le peuple messie, 
Dont, depuis soixante ans , Tenclume sous le ciel 



Loit et sonae, dont Tâtre incessamment pétille, 

Qai Qt voler ao vent les tours de la Bastille, 

Oai broya, se dress^ôt tout à coap Soaverain, 

Mille ans de royauté sons son talon d'airain. 

€e peuple dont le souffle, ainsi que des fumées 

Faisait tourbillonner les rois et les armées. 

Qui, lorsqu'il se fâchait, brisait sous son bâton 

Le géant Robespierre et le titan Danton, 

Oai, ce peuple invincible, oui, ce peuple superbe 

Tremble aujourd'hui , pâlit , frissonne comme Therbe^ 

Claque des dents, se cache et n'ose dire un mot 

Devant Magnan, ce relire, çt Troptong, ce grimaud! 

Oui , nous voyons cela ! nous tenant dans leurs serresr^ 

Mangeant les millions çn face des misères. 

Les FortOul, les Rouher, êti^s stupéGants, 

S'étalent; on se tait. Nos maîtres ruffians 

A Gayenne, en* up bagne, abîme d'agonie^ 

Accouplent l'héroïsme avec l'ignominie ; 

On se tait. Les pontons râlent ; que dit-on ? rien. 

Des enfants^ sont forçats en Afrique; c*est bien. 

SI vous pleurez, tenez votre larm^ secrète. 

Le bourreau, noir faucheur, debout dans sa charrette^ 

Revient de la moisson avec son panier plein ; 

Pas on âouffle.'Il est là, ce Tibère-Ezzelin 

-Qui se croit scorpionet n'est qae scolopendre. 

Fusillant, et jaloux de Haynau qui peut pendre;- 

Eclaboussé de sang, le prêtre l'applaudit ; 

Il est là, ce César chauve-souris qui dit (crime; 

Anx rois : voyez mon sceptre ; aux gueux: voyez mon 

Ce vainqueur qui, béoi, lavé, sacré, sublime, 

De deux pourpres vêtu, dans l'histoire s'assied, 

Le globe dans sa main, un boulet à son pied ; 

Il nous crache au visage, il règne! nul ne bouge. 

Et c'est à votre front qu'on voit monter le ronge, 
C'est vous qui vous levez et qui vous indignez. 
Femmes , lé sein gonflé, les yeux de pleurs baignés» 
Vous huez le tyran, vous consolez les tombes. 
Et le vautour frémit sous le bec des colombes! 



6a 



Sa rondeor formidable, azar aniversel, 
Accepte.en son miroir toos les astres da ciel; 
Il a la force rade et la grâce saperèe; - 
Il déracine qd roc, Il épargne on brin d*herbe; 
Il jette comme toi Técome aux Gers sommets» 
G Peuple; seolement, lai,^ ne trompe jamais 
Quand, l'œil 6xe, et'debootsor 9a grève sacrée» 
Et pensif, on attend Theare de sa marée. 



(S) 




Au bord de l'Océan. JuilM 1853. 



I 



193 



Apportez vos rhaadrons, sorcières de Shakspeare; 
Sorcières de Macbeth, prenez^moi tout l'empire. 
L'ancien et le noQveao; sur le même réchaud 
Mettez le gros^ Berger et le comte FroehOt, 
Màupas Bvet Béai, Hallin sur Espinasse, 
La Saint-Napoléon >ayec la SaiDt-Ignacp, 
Fould et Maret. Foaché gâté, Troplong poarri, 
Retirez ADsterlitz, ajootcz Salory, 
Penchèz-voas, crins épars, œil ardent, gorge nae, 
Soufflez à pleins poumons le fen sons la cornne; 
Régardez le petit se dégager do grand, 
Faites évaporer Barôche et Talleyrand, 
Le neveo qai descend pendant qae Toncle monte; 
Qoe reste^t-il ao fond de Talambic? la honte. 



Jersey. Jml 1853. 
66 



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XI 



E.E PARTI DU CRIM] 

« Amis et Frères! en présence de ce gcmver 
« infâme, négation de toute morale ^ obstacl 
« progrès social-, en présence de ce geàvernei 
' de la force, et qai doit périr par la Ibrce, de 
•* vernement élevé par le criipe et qui doit ê 
« rassé par le droit, le Français, digne du noi 
« toyen<De sait pas, ne veut pas savoir s'il y a'< 
» part des semblants de scrutin, des comédies 
«< frage universel et des parodies d'appeh à la 
« il ne s'informe pas s'il y a dès hommes qu 
« et des hommes qui font voter, s'il y a un ti 
« qu'on appelle le sénat et qui délibère et ù 
« troupeau qu'on appelle le peuple et qui ohé 
« s'informe pas si le pape va sacrer au matti 
« de Notre-I^ame rhomme qui— n'en doutez p 
« est Ta venir inévitable -^ sera ferré au pot 
« le bourreau ; — en présence de M. Bonapar 
« 801) gouvernement, le citoyen, digne de ce i 
« fait qu'une chose et n'a Qu'une chose à faire 
« ger son fusil ef attendre 1 heure. » 

Jersey. 31 Octobre 18 

(Déclaration des proscrits républicains de 
à propos de l'empire, publiée par le Af< 
signée pour copie coûforme: 

Victor Huao, Fauri, Fombertaux. 

« Nous flétrissons de Ténergie la plus vigour 
a notre âme les ignobles et coupables mabif< 

« PARTI 1>U CRIME.» 

(RiANCËY. Journal V Union, 39 Novem 

« Le PARTI DU CRIME rolève la tète. » 

{Tous leé journaux cfyseens en chwu 



If5 

Ainsi ce gouyei nant doai l'ongle est une griffe, 

Ce masqae impérial, Bonaparte apocryphe, 

A coo|^ sûr Beauharnais, pent-èire Verhoell, 

Qui, poor la naettre en croix', livra » sbire cruel , 

Rome répoblicaine à Rome catholique, 

Cet homme , rassassin de la chose publique. 

Ce parvena , choisi par le destin sans yeux. 

Ainsi, loi , ce glouton singeant Tarobitieux ,^ 

Cette altesse quelconque habile aux catastrophes , 

Ce loup sur qui je lâche une nroote de strophes , 

Ainsi- ce boucanier , ainsi es chourineur 

A fait d'un jour d'orgueil un jour de déshonneur. 

Mis sur la gloire un crime et souillé la victoire; 

Il a volé, rinfàme , Austerlitz à l'histoire ; 

Brigand, dans ce trophée il a pris iin poignard ; 

Il a broyé bourgeois , ouvrier , campagnard ; 

Il a fait de corps morts une horrible étagère 

Derrière les barreaux de la cité Bargère ; 

Il s'est, le sabre en main, ruésur son serment; 

Il a tué les lois et le gouvernement , 

La justice, rhonneur, tout, jusqu'à l'ésperance; 

Il a rougi de sang, de ton sang pur, ô Fralice, 

Tous nos fleuves, depuis la Seine josqi^'au Var; 

Il a conquis le Louvre en méritant Clamar; 

Et maintenant il règne, appuyant, ô patrie. 

Son vil talon fanfi^eux sur ta bouche meurtrie ; 

Voilà ce qu'il a fait; je n'exagère rien; . 

Et qusind , nous indignant de ce galérien 

Et do tous les escros de cette dictature, . 

Croyant rèVer devant cette affreuse aventure, 

Nous disons, de dégoût et d'horreur soulevés : 

— Citoyens, marchons! Peuple, aux armes, aux pavés! 

A bas ce sabre abjeét qui n'est pas même un 'glaive! 

Que le jour reparaisse et que le droit se lève ! — 

C'est nous, proscrits frappés par ces coquins hardis, 

Noos, les assassinés, qui sommes les bandits ! 

Nous qui voqlons le meurtre et les guerres civiles! 

Noos qoi mettons la torche- aux quatre coins des villes! 

Donc trôner par la mort, fouler pux pieds le droit ; 
Etre fourbe, impudent, cynique, *àVtqç,^^^^\^\\\ 



I 



Dire: je sais César, el D'être qo'uD maroQffle ; 
Etoofler la peosée et Ta vie el le soufflé; 
Forcer qûatre'Vi;ia(*Deof qai marche à recider ; 
Sapprimer lois, tribqne el presse ; maseter 
La grande nation comme une b^le faove ; 
Régner par la caserne et du fond d'one alcôve; 
Restaurer les abus au profit des félons; 
Livrer ce pauvre peuple aux vofaces Tro|;)IOïDgs, 
Sons prétexte qu^il fut , loin des temps, où* Doa& som- 
Dévoré par les rois et par les gentilshommes ; (mes, 
Faire manger aux chiens ce resté des lions ; 
Prendre gatment pour soi palais et «millions, 
S'afficher tout crûment satrape, et, sans sourdines,; 
Mener joyeuse vie avec des gourgandines; 
Tortufer des héros dans le bagne exécré; 
Bannir quiconque est ferme el fier; vivre entouré 
De grecs, comme à Bysance autrefois le despoie; 
Etre le bras qui tue et la main qui tripote ; 
Ceci, c'est la jusfice, ô peuple, et la vertu ! 
Et confesser le dr<^ât par le meurtre abattu ; 
Dans Texil, à travers l'encens el les famées. 
Dire en face aux tyrans, dire en face aux armées: 

— Violencp, injustice et force sont vos noms ; 
Vous êtes les soldats, vous êtes |ès canons ; 

La terre est sous vos pieds comme votre royaume; 
Vous êtes le colosse et nous sommes l'atome ; 
Eh bien ! guerre ! et luttons, c'est notre volonté. 
VoQs, pour l'oppression, nous, pour la liberté ! — 
Montrer les noirs pontons, montrer les catacombes, 
Et s'écrier, debout sur la pierre ^es tombes: 

— Français! craignez d'avoir un jour pour repentirs , 
Les pleurs des innocents et les os des martyrs ! 
Brise l'homme-sépulcre, 6 France ! ressuscite ! 
Arrache de ton flanc ce Néron parasite ! 

Sors de terre sanglante et belle, et dresse-toi 
Dans une main le glaive et dans l'autre la loi ! — 
Jeter ce cri du fond de son âme iiroscrite 
Attaquer le forban , démasquer l'hypocrite 
Parce que l'honneur parle et parce qu'il le faut , 
C'est le crime, cela l — Tu l'entends , toi , là-ibaut ! 



191 

Oui, voilà ce qa'on dit , mon Dieu, devant ta face ' 
TéDQoin toujours présent qu'aucune ombre n'efface , 
Voilà ce qu'on étale à tes yeux éternels ! 

Quoi ! le sang fume aux mains de tous ces criminels! 
Quoi ! les morts , vierge , enfant , vieillards et femmes 

(grosses , 
Ont à peine eu le temps de pourrir dans leurs fosses ! 
Quoi ! Paris saigne encor! quoi, devant tous les yeux, 
Son faux serment est là qui plase dans les cieux! 
Et voilà comme parle un (as d'êlres immondes! 
G noirs bouillonnements des colères profondes! 

Et maint vivant, gavé, triomphant et vermeil , 

Reprend: — ce bruit .qu'on fait dérange Bbon sommeil. 

Toot va1)ien. Les marchands triplent leurs clienteUes, 

Et nos femmes ne sont que fleurs et que dentelles ! 

— De quoi donc se plaint-on? crie un autre quidam. 

En flânant sur l'asphalte et sur le macadam, 

Je gagne fous les jours trois cents francs à la bourse. 

L'argent coule aujourd'hui comme l'eau d'une source; 

î^es ouvriers maçons ont trois livres dix sons, 

C'est superbe ; Paris est sens dessus dessous. 

U parait qu'on a mis dehors les déinagogues. 

Tant mieux. Moi j'applaudis les bals et les églogues 

Du prince qu'autrefois à tort je reniais. 

Que m'importe qu'on ait chassé quelques niais .^ 

Quant auxmoris, ils sont morts! paix a ces imbéciles. 

Vivent les gents d'esprit! vivent ces temps faciles 

Où Ton peut à son choix prendre pour nourricier 

Le crédit mobilier ou le crédit foncier ! 

La république rooge aboie en ses cavernes, 

C'est affreux! liberté, droits, progrès, balivernes! 

Hier encor j*empoeba)s une prime d'un franc; 

Et moi, je sens fort peu, j'en conviens, je suis franc, 

Les déclamations m'étant indifférentes, 

La baisse de l'honneur dans la hausse des rentes. 

O langage hideux! on le tient! on l'entend! 
Et bien, sachez-le donc, repus au cœur content, 

6c 



Que noQS vous le disions bien ane fois ponr tontes, 
Oui, nous, les vai^ahonds dispersés sur les roates, 
Errant sans passeport, sans nom et sans foyer, 
Noos antres, les proscrits qu'on ne fait pas ployer, 
Noas qni n'acceptons point qu'on peuple s'abrutisse. 
Qui d'ailleurs, ne voulons, tout en voulant justice. 
D'aucune représaille et d'aucun éehafaud. 
Nous, dis-je, les vaincus sur qui Mandrin prévaut, 
Pour que la liberté revive, et que la honte . 
Meure, et qu'à tous les fronts l'honneur serein reoaonte. 
Pour affranchir Romains, Ix)mbards, Germains, Hon- 
Pour faire rayonner, soleil de tous les droits, (grois, 
La République mère au centre de l'Europe, 
Pour réconcilier le palais et l'échoppe, 
Pour faire refleurir la fleur Fraternité, ^ 

Pour fonder du travail le droit incontesté; 
Pour tirer les martyrs de ces bagnes infâmes, 
Pour rendre aux fils le père et les maris aux femmes, 
Pour qu'enfin ce grand siècle et cette natioE 
Sortent du Bonaparte et de l'abjection. 
Pour atteindre à cet but où notre âme s'élance, 
Nous nous ceignons les reins dans l'ombre et le silence; 
Nous nous déclarons prèis, — prêts, entendez-vous 
Le sacrifice est tout, la souffrance n'est rien, — (bien?^ 
Prêts, quand Dieu fera signe, à donner notre vie; 
Car, à voir ce qui vit, la mort nous fait envie, 
Car nous sommes tous mal sous ce drôle effronté 
Vivant, nous sans patrie, et vous sans liberté ! 

Oui, sachez-le, vous tous que Tair libre importune 
Et qui dans ce fumier plantez votre fortune, 
Nous ne laisserons pas le peuple s'assoupir; 
Oui, nous appellerons, jusqu'au dernier soupir, 
Au secours de la France aux fers et presque éteinte, 
Comme nos grands aïeux, l'insurrection sainte ; 
Nous convierons Dieu-même à foudroyer ceci ; 
Et c'est notre pensée et nous sommes ainsi, 
Aimant mieux, dût le sort nous broyer sous sa roue. 
Voir couler notre sang que croupir votre boue. 

Jersey. Novembre 1852. 



If9 



XII 



Go dit: — soyez pradents. — Pais vient ce dlibyraoïbe: 

« — ... Qai veat frapper Néroo 
« Rampe, et ne se fait pas précéder d'un 'ûmbe 

«Soufflant dans on clairon. 

» Sonviens-toi d'Ettenheim et des pièges célèbres ; 

« Attends le jonr marqué. 
« Sois comme Chéreas qai vient dans les ténèbres, 

• Seal, muet et masqué. 

« La prudence conduit au but qui sait la suivre. 

«Marche d'ombre velu...» — 
G'estbien;jelarsse àcemqui veulent longtemps vivre 

Cette lâche vertu. 



«Iftt^^N . Avi\i.V. V^"^*^- 



\ 



 



XIII 



Ik J[VTEllM|i< 



« I 

Retournons |i l'école, à mon vieux Javéoal. 
Homme d'ivoire et d'or, descends du tribunal 
Où depuis deux mille ans tes vers superbes tonnent. 
Il parait, vois^tu bien, ces choses nous étonnent, 
Mais c'est la vérité selon monsieur Riancey, 
Que lorsqu'on peu de temps sur le sang a passé, 
Après OD an ou deux, c'est une découverte, 
Quoiqu'en disent les morts avec 
Le meurtre n'est plus meurtre 
Monsieur Venillot, qui tient d' 
Nous l'affirme, quand l'heure a tourné sur l'hoVlbgeJ 
De notre entendement ceci fdit peti l'élogpy '^ 

Pourvu qu'à Notre-Dame on briffe de l'encens,' | 
Et que l'abonné vienne aux journaux bien pensan^ 
Il parait que, sortant de son hideux suaire, : 

Joyeux, en panthéon changeant son ossuaire, [ 

Dans l'opération par monsieur Fou!d aidé, .• 

Par les juges lavé, par les GUes fardé, I 

O miracle! entouré de croyants et d'apôtres, i 
En dépit des rêveurs, en dépit de nous autres | 
Noires poëtes bourrus qui n'y comprenons rien, J 
Le mal prend toat à coup la figure du bien. 



ne aecouverie, 
irec leur bouche verte, [ 
e et le vol n'est plus vov 
l'Ignace et d'Aqriol,- j* | 



Ml 



II 



Il esti'appui deTordre; il est bon catholique; 

Il signe hardinoent: prospérité pnbliqae. 

La trahison s'habille en général français; 

L'archevêqoe ébloui bénil le diea Succès ; 

C'était cfinoe jeudi, mais c'est haut fait dimanche. 

Bu pourpoint Probité l'on retourne la roajncbe. 

Tout est dit. La vertu tombe dans l'arriéré. 

L'hbnneur est un vieux f<^u dans sa cave muré. 

G grand penseui* de bronze, èa nos dures cervelles 

Faisons entrer un peu ces morales nouvelles, 

Lorsque sur le Grand 'Combe ou sur le blanc de zinc, 

On a revendu vingt ce qu'on a p;4yé cinq, 

Sache qu'un guet-apèns par où nous triomphâmes 

Est Inste, honnête et bon; toutau rebours des femmes, 

Sache qu'en vieillissant le crime devient beau. 

Il |)Iane cygne après s'être envolé corbean. 

Oui, tout cadavre utile exhale une odeur d'ambre. 

Que vient-on nous parler d'un crime de décembre. 

Quand nous sommes en juin! l'herbe a.poussé dessus. 

Toute la question, la voici: fils, tissns,. 

Cotons et sucres bruts prospèrent; le temps passe. 

Le parjure difforme et la trahison basse 

En avançant en â^e ont la propriété 

De perdre leur bassesse et leur difformité ; 

Et l'assassinat louche et tout souillé de fange, 

Change son front de spectre en un visage d'ange. 

m 

Et comme, en noéme temps, dans ce travail normal, 
La vertu devient faute et le bien devient mal, 
AppriBUds que, quand Saturne a soufflé sur leur rôle, 
Néron est un sauveur et Spartacus un drôle. 
La raison obstinée a beau faire 4n bruit ; 
La justice, ombre pâle, a beau, dans notre nuit, 
Murmurer comme un souffle à toutes les oreilles : 
On laisse dans leur coin bougonner ces deux vieilles. 



202 

Narcisse gazetîer lapide Scevola. 

Accoatamons nos yeax à ces lamières-là 

Qoi font qo'oD.apérçoit toatsoos ao nouvel aogle. 

Et qa*on voit Malesberbe ea regardant Delangle. 

Sachons dire: Lebœof est grand, Persil est beaa ; 

Et laissons la padear ao fond du lavabo. 

IV 

_ * 

Le bon, le sur, le vrai, c'est Por dans notre caisse. 

L*bomme est extravagant qui, lorsque toat s'affaisse, 

Proleste seol debout dans une nation, 

Et porte à bras tendu son indij;nation. 

Que diable ! il faut pourtant vivre de Pair des rues, 

Et ne pas s'eniêler aux choses disparues. 

Quoi! tout meurt ici-bas, l'aigle comme lé ver. 

Le charançon périt sous la neige l'hiver, (grosse! 

Quoi! le Pont- Neuf fléchit lorsque les eaux sont 

Quoi,moncoudeesttroué,quoi! je perce mes chausses 

Quoi ! mon feutre était neuf et s'est osé depuis, 

Et la Vérité, maître, aurait, dans son viepx poits, 

Cette prétention rare d'êtreéternelle! 

De ne pas se moufller quand il pleut, d'être belle 

A jamais, d'être reine en n'ayant pas le son, 

Et de ne pasmoorir quand on lui tord le cou ! 

Allons donc! citoyens, c'est ao fait qu'il faot croiiel 



Sur ce, les charlatans prêchent leor aoditoire 

D'idiots, (le moochards, de grecs, de philistins. 

Et de gens pleins d'esprit détroossant les crétins : 

Laboorse rit; la hausse offre aux badauds ses prismes 

La douce hypocrisie éclate en aphorismes ; 

C'est bien, nous gagnons gros et nous sommes contents 

Et ce sont, Juvénal, les maximes do temps. 

Quelqae sous-diacre, éclos dans je ne sais qoel boogt 

Troova ces vérités en balayant Montrooge, 

Si bienqo'aujourd'boi, fiers et rois dès temps nooveao] 

Messieors les aigrefins et messieurs les dévots 



20f 

Déc^arenS s*éclairant aax loears de leor cierge, 
Jeanne d'Arc coorlisane et Messaline 5Ûerge. 

Voilà ce qae curés, évètiaes, tatapoins, 
An nom da Diea vivant, démontrent en trois points, 
Et ce que le filou qui foaille dans ma poche 
Prouve par A plus B» par Argent plus Baroche. 

VI 

Maitrel voilà-t-it pas de quoi nous indigner? 
A quoi bon s'exclamer? à quoi bon trépigner? 
Nous avons l'habitade, en songeurs que nous sommes, 
De contempler l^s nains bien moins que les grands 
Même toi satirique, et moi tribun amer, ' (hommes ; 
Nous regardons en haut, le bourgeois dit : en Pair ; 
C'est notre infirmité. Nons fuyons la rencontre. 
Des sots et des méchants. Qimnd leDombidau montre 
Son «râne et que le Foold avance son menton, 
J'aime mieux Jacques Cœur, tu préfères Caton ; 
La gloire des héros, des sages que Dieu crée, 
Est notre vision éternelle et sacrée ; 
£|)]ouis, l'œil noyé des clartés de l'azur, 
Nous pasions notre vie à voir dans VEiher pur 
Resplendir les géants, penseurs ou capitaines ; 
Nous regardons^ au bruit des fanfares lointaines, 
An-dessus de ce monde où l'ombre règne encor. 
Mêlant dans les rayons leurs vagues poitrails d'or. 
Une fonle de chars voler dans les nuées ; / 
Aussi l'essaim des gueux et des prostituées. 
Quand il se henrte à nous, blesse nos yeux pensifs. 

Soit. Mais réfléchissons. Soyons moins exclusifs. 
Je hais les cœurs abjects, et toi, tu t'en défies; 
Mais laissons-les en paix dans leurs pbilosophies. 

vir 

Et puis, même en dehors de tout ceci, vraiment, 
Pent-on blâmer l'instinct et le tempérament ? 
Ne doit-OQ pas se faire aux natures des êtres ? 
La fange a ses amants et l'ordure a ses piètres; 



De la cité bourbier le vice est citoyeil ; 

Où l'an se (roové mbl l^aatte se trouve bien ; 

J'en atteste Mipos et j'en fais juge Eaque, 

Le paradis du porc^ n'est-ce pas le cloa<|ae ? 

Voyons, en quoi, reponds, génie âpre et sabtil, 

Cela noas toocbe-t-iL et nous regarde-t-il, 

Quand l'homme du serment dans le meurtre patauge, 

Quand monsiearBeauharnaisfaitdu pouvoir une auge, 

Si quelque^vèqne arrive et chante allelaîa. 

Si Saint-Arnaud bénit la main qai le paya. 

Si tel ou tel bourgeois le célèbre et le loue. 

S'il est des estomacs qui digèrent la boue ? 

Quoi! quand ja France tremble au vent des trahisons, 

Stupéfait et naïf, noas nous ébahissons. 

Si Parieu vient manger des glaods sous^e grand chêne ! 

Nous trouvons surprenant que l'eau coule à la Seine, 

Nous trouvons merveilleux que Troplong soit Scapin, 

Nous trouvons inouï que Dupin soit Dapin ! 

viii 

Un vieux penchant humai iimèn^ à la turpitude. 
L'opprobre est un logis, un centre, une habitude, 
Un toit, un oreiller, un lit tiède et charmant, "" 
Un bon manteau bien ample où l'on est^chaudenient 
L'opprobre est le miliéa resprrable aux immondes. 
Qaoi ! nous nous étonnons d'ouïr dans les deux mondes 
Les dupes faisant chœur avec les chenapans, 
Les gredins, les niais' vanter ce guet-apens. 
Mais ce sont là les lois de la mère nature. 
C'est de l'antique instinct l'éternelle aventure. 
Par le point qui séduit ses appétits flattés 
Chaque bête se pialt aux monstruosités. 
Quoi! ce crime est hideux! quoi! ce crime est stupide! 
N'est-il plus d'animaux peur l'admirer? Le vide 
S'est-il fait ? n'est-il plus d'êtres vils et rampants ? 
N'est-il plus de chacals ? n'est'-fl plus de serpents ? 
Quoi ! leë baudets ont-ils pris tout à coup des ailés, 
Et se sont-ils enfuis aux voûtes éternelles ? 
De la création l'âne a-t-il dispara? "^ 

Qoand Cytas, Annibal, César^ montaient à cru 



1 



€et effrayant cheval qu'on appelle la gloire, 
<>nand, ailés, effarés de joie et de victoire. 
Ils passaient flamboyants an fond des cieox vermeib» 
Les aigles leur criaient: voos êtes nos pareils! 
Les aigles leor ortaient: vous portez le tonnerre! 
Aojoard'hot les hiboax acclament Lacenaire. 
Eh bien! je trouve bon que cela soit ainsi. 
J'applaudis les tiJboax et je leor dis : merci* 
La sottise se mêle à ce concert sinistre, 
Tant mieux. Dans sa gazette, 6 Javénal, tel cuistre 
Déclare, avec messieurs d'Ârras et de Beau vais, 
Mandrin très-bon, et dit l'honnête homme mauvais^ 
Foule aux pieds les héros et vante les infâmes, 
C'est tout simple: et vraiment, .nous serions bonnes 
De nous émerveiller lorsque nous entendons (âmes 
Les Veuillots aux lauriers préférer les chardons. 

IX 

Donc laissons aboyer la conscience humaine 
Comme un chien qui s*agUè et qui tire sa chatue. 
Guerre aux justes proscrits ! gloire aux coquins fêtés * 
Et faisonrbonne mine à ces réalités. 
Acceptons cet empire unique et véritable. 
Saluons sans broncher Trestaillon connétable, 
Mingrat grand-aomonier, Bosco grand-électeur; 
Et ne nous fâchons pas s'il advient qu'un rhéteur^ 
Un homme do sénat, un homme do conclave. 
Un eunuque, ou cagot, un sophiste, un esclave. 
Esprit sauteur prenant U phrase pour tremplin; 
Après avoir chanté César de grandeur plein, 
Et ses perfections et ses mansuétudes. 
Insulte les bannis jetés aux solitudes , 
ces brigands qu'a vaincus Tibère Amphytrion. 
Vois-tu, c'est un talent de plus dans l'histrion; 
C'est de l'art de flatter le plus esquis peut-être ; 
On chatouille moins bien Henri-huit, le bon mattre. 
En louant Henri-huit qu'en déchirant Morus. 
Les dictateurs d'esprit, bourrés d'éloges crus. 
Sont friands, dans leur gloire et dans leurs arrogances» 
De ces raffinements et de ces éléf^9Likc«%. 



! 



-. i^ft despotes sont. ^ . ^^t / 



1' 



(g) 






♦»• 



jerseï- ^«^"* 



207 



XIV 



Ff.ORÉ4E. 



Ao retofH* des beaux joar^, dans ce vert flpréal 
Oà mearcnl les Danton trahiâ par les Real, 
Qaand retable s'atyte au fond des métairies, 
Qoand i*eao vive an soleil se change en pierreries, 
Qoand la griseite assise, une aiguille à la ipain, 
Soupire, et de côté regardant le chemin, 
Voudrait aller rueiiltr des fleurs au lien de rendre. 
Quand les nids font Tamoar, qvand le pommier se 

(poudre 
Pour ie printenips ainsi qu'on marquis pour le bal, 
Qoand, par mai rér^irés, Charles-dooze, Anniba), 
Disent : c'e^t l'heure! et font vers les sanglants 

. (tumultes 
Rouler, Pnn lés canons, l'autre les catapultes; 
Moi, je crie : 6 soleil ! salut ! parmi lés fleurs 
J'entends les gais pinsons et les merles sifflenrs ; 
L'aibre chante; j'accours; 6 printemps! on vit double; 
Gallosenlraftje au bois L^coris qui se trouble; 



I 



Tout rayoDoe; et ie ciel, couvant l'homme enchaaté, 
N'est plus qu'uD grand regard plein de sérénité! 
Alors rherd# m'invite et le pré me convie ; 
Alors j'absoQs ie sort, je pardonne à la vie. 
Et je dis: pourquoi faire autre chose qu'aimer ? 
Je sens, comme au dehors, tout en moi s'animer, 
Et je dis aux oiseaux : petits oiseaux, vous n'êtes 
Que des chardonnerets et des bergeronnettes, 
Vous ne me connaissez pas môme, vous allez 
Au hasard dans les champs, dans les bois, dans les blés, 
Pêle-mêle, pluviers, grimpereaux, hochequeues, 
J>ressant vos huppes d'or, lissant vos plumes bleues; 
Vous êtes, quoique beaux, très-bêtes: voire loi . 
C'est d'errer; vous chantez en l'air sans savoir quoi; 
^h bien, vous m'inondez d'émotions sacrées ! 
Et quand je vous enteéds sur les branches dorée^, 
Oiseaux, mon aile s'onyre, et mon cœur rajennî 
Boit à l'amour sans fond et s'emplit d'infini. — 
Et je me laisse aller aux longues rêveries. 
O feuilles d'arbre! oubli! bœufs mugissants! prairies! 
Mais dans ces moments-là, tu le sais, Jovénal, 
Qu'il sorte par hasard de ma poche un journal, 
Et que moQ œil distrait, qui vers les cieux r^onte. 
Heurte l'un de ces noms qui veulent dire: honte, 
Alors toutet4'horrettr revient; dansjes bois verts 
Némésis m'apparalt et me montre, a travers 
Les rameaux et les flsors, sa gorge de furie. 

C'est que tu veux tout Thomnae, ô devoir !ô patrie! 
C*estque, lorsque ton iliinc saigne, 6 France, tu veux 
Que l'angoisse uous tienne et dresse nos cheveux, 
'Que nous ne regardions plus autre chose au monde, 
Et que notre œil, noyé dans la pitié profonde. 
Cesse de voir les cieux pour ne voir.que ton sang! 

El je me lève, et tout s'efface, et, frémissant, 

Je n'ai plus sous les yeux qu'un peuple à la tortare, 

Crimes sans châiimept, griefs sans sépulture, 

I^es géants garottés livrés aux avortons. 

Femmes dans les cachots, enfonts dans les pontons, 



I 



Bagnes, sénats, proscrits, cadavres, gémonies; 
Alors, foalaiit anx pieds tontes les flears ternies. 
Je m'enfais, et je dis à ce soleil si doux; 
Je venx Tombre! et je dis aux oiseaox: taiseZ'Vons ! 

Et je pleure! et la strophe, éclose de ma bouche. 
Bat mon front orageux de son aile farouche. 

Ainsi pas de printemps! ainsi pas de ciel bleu! 
O bandits, et toi, 61s d'Hortense de Saint-Len, 
Soyes maudits, d'abord d'être ce que ?ous êtes. 
Et puis soyez maudits d'obséder les poëtes! 
Soyezinandits,Troplong,Fould,Magnan, Faustin deux» 
De faire au penseur triste un cortège hideux. 
De le suivre au désert, dans les champs, sous les ormes^ 
De mêler aux forêts vos figures difformes! 
Soye2 maudits, bourreaux qui lui masquez le jour. 
D'emplir de haine un cœur qui déborde d'amour! 



cS) 



Jersey. Mai 18S^. 



910 



I 



XV 



S^TKIiE.^ 



Je m'étais endormi Ja nuit près de la grève. 
Un vent frais m'éveilla, je sortis de mon rêve, 
J'oavris les yeux, je vis rétoile du malin. 
Elle resplendissaii au fond du ciel lointain 
Dans une blanclieur, molle, infinie et charmante» 
Aquilon s'enfuyait emportant la tourmente. ' 
L'astre éclatant changeait la nuée en duvet. 
C'était une clarté qui pensait, qui vivait; 
Elle apaisait Fécueil où la vague déferle; 
On croyait voir une âme è^ travers une perle. 
Il faisait nuitencor, Tombre régnait en vain, 
Le ciel s'illuminait d'un sourire divin. 
La lueur argentait le haut du mât qui penche; 
Le navire était noir, mais la voile était blanime; 
Des goélands debout sur un escarpement, 
Attentifs, contemplaient l'étoile gravement 
Comme un oiseau céleste et fait d'une étincelle; 
L'océan, qui resst mbie au peuple, allait vers elle,. 
Et, rugissant tout bas, la regardait briller, 
Et semblait avoir peur de la faire envoler. 



211 

Un ineffable amoar emplissait Téteodae. 

L'Iierbe verte à mes pieds frissounait éperdae, 

Les oiseaux se parlaient dans les nids ; une fleur 

Qaî s'éveillait me dit : C'est Tétoile ma sœur. 

Et pendant qu'à longs plis Tombre levait son voile» 

J'entendis une voix qui venait de Tétoile 

Et qui disait: — Je suis i'astre qui vient d'abords 

Je sois celle qu'on croit dans la tombe et qui sort. 

J'ai lai sur le Sina, j'ai lai sur le Tayjijète ; 

Je sais le caillou d'-or et de feu que Dieu jette, 

Gomme avec une fronde, au iront noir de la nuit. 

Je sais ce qni renaît quand un monde esl détrait. 

O nations ! je suis la Poésie ardente. 

J'ai brillé sur Moïse et j*ai brillé sur Dante, 

Le lion Océan est amoureux de moi. 

J'arrive. Levez-vous, vertu, <;otirage, foi! 

Penseurs, esprits! montez sur la tour, sentinelles! 

Paupières, ouvrez- vous ! allumez vous, prunelles ! 

Terre, émeus le sillon ; vie, éveille le bruit ; 

Debout, vous qui dormez ; —car celui qui me sqit ,, 

Car celui qui m'envoie en avant la première, , 

C'est l'ange Liberté, c'est le géant Lumière ! 



(S) 



Jersey. JuUtel i 8S3. 



M 



XVI 



APPIiA^IIDISSEUenV 



I 



«G grande nation, voas avez à cette heure, (pleore 

Tandis qu'en bas dans Tombre on souffre, on râle, on 

Un empire qui fait sonner ses étriers 

Les éblouissements des panaches guerriers, « 

Une cour où pourrait trôner ie roi de Thnne, 

Une bourse où Ton peut faire en huit jours fortune, 

Des rosières jetant aux soldats leurs bouquets ; 

Vous avez des abbé«, des juges, des laquais, 

Dansant sur des sacs d*or une danse macabre, 

La banque à deux genoux qui harangue le sabre , 

Des boaiets qu'on empile au fond des arsenaux, 

Un sénat, les sermons remplaçant les journaux, 

Des maréchaux dorés sur toutes les coutures, 

Un Paris qu'on refait tout à neuf, des voitures 

 huit chevaux, entrant dans le Louvre à j^rand bruit. 

Des fêles tout le jour, des bals toute la nuit. 

Des lampions, des jeox, des spectacles; en somme , 

Tu t'es prostituée a ce misérable homme ! 

Tout ce que tu conquis est tombé de tes mains ; 
^On dit les vieux Français comme les vieux Romains , 
Et leur nom fait songer leurs fils rouges de honte ; 
Le monde aimait ta gloire et t'en demande compte. 



213 

Car il se réveillait au bruit de ton elairoo. 

Ta contemples d'un œil abruti ton Néron 

Qo'en entourent des Romieux déguisés en Sénèques^ 

Ta te complais à voir brailler ce tas d*évéques 

Qai, SOQS la croix où pend le Dieu de Bethléem, 

Entonnent leur Salvum fac imperatorem 

(Aa fait, faquin devait se trouver dans la phrase.) 

Ton àme est comme un chien soo^ le pied qui l'écrase;: 

Ton fier quatre-vingt-neuf reçoit des coups de fouet 

D'an gueux qu'hier encor l'Europe bafouait ; 

Tes propres souvenirs, folle, tu les lapides. 

La Marseillaise est morte à tes lèvn^s stupides. 

Ton Ghamp-de-MarS subit ces vainqueurs répugnants,. 

Ces Maupas, ces Fortouls, ces Bertraods, ces Magnans,, 

Tons ces tueurs portant le tricorne en équerre. 

Et Korle, et Garpeldt, et Canrobert Macaire. 

Ta n'es plus rien ; c'est dit, c'est fait, c'est établi. 

Ta ne sais même plus, diins ce lugubre oubli, 

Quelle est la nation qui brisa la Bastille. 

On te voit le dimanche aller à la Courtille, 

Riant, sautant, buvant, saos un instinct moral, 

Gomme une drôiesse ivre au bras d'un caporal 

Des soofiQets qu'il te donne on ne sait plus le nombre. 

Et, tout en reveuant sur ce boulevard sombre 

Où le meurtre a rempli tant de noirs corbillards, 

Où bourgeois et passants, femmes, enfants, vieillards ^ 

Tombèrent effarés d'une attaque soudaine, 

Tu chantes Turlurette et la Faridoodaioe! 

G'est bien, descends encore, et je m'en réjouis , 
Gar ceci nous promet des retours inouïs, 
Gar, France , c'est ta loi de ressaisir l'espace, 
Gar tu seras bien grande ayant été si basse < 
L'avenir a besoin d'un gigantesque effort* 
Va , tratne l'affreux char d'un satrape ivre-mort^ 
Toi, qui de la victoire as conduit les quadriges. 
J'applaudis. Te voilà condamnée aux prodiges. 
Le monde, au jour marqué, te vejra brusquement 
Egaler la revanche à l'avilissiment, 
O Patrie, et sortir, changeant soudain de forme. 
Far an immense éclat de cet opprobre «xi^wssL^V 



Oui, nous verrons , ainsi va le progrès homaÎD, 
De c evil anjonrd'hoi naître an fier lendemain , 
Et tn rétïhèteras, à prètriesse, à goerr ère. 
Par cent pas en avant chaque pa6 en arriéré ! 
Donc recale et descends ! tombe, ceci me plaît! 
Flatte !è pied do mattro et le pied do valet ! 
Plus bas ! baise Troplong ! plos bas ! lèche Baroche ! 
Descends, car le jour vient , descends, car Theore ap 
Car ta vas rélancer, ô gran peaple coarbé, (proche, 
Et, comme le |agaar dans on piège tombé, 
Ta donnes poar mesure, en tes ardentes lattes 
A la hauteur des bonds la profondeur des chotes ! 

Oui, je me réjouis ; oui, j'ai la foi ; je sais 
Qu'il faudra bien qu*enfin ta dises : c'est assez ! 
Toute passe à travers toi comme à travers le crible, 
Mais tu t'éveilleras bientôt, pâle et terrible, 
Peuple, et tu deviendras superbe tout à conp. 
De cet empire abject, bourbier, cloaque, égout, 
Tu sortiras splendide, et ton aile profonde 
En secouant la fange éblouira le monde! 
Et les couronnes d'or foiidront au front des rois. 
Et le pnpe, arrachant sa tiare et sa croix. 
Tremblant, se cachera comme un loup sons sa chairi 
Et la Thémis aux bras sanglants, cette bouchère, / 
S'enfuira vers la nuit, vieux monstre épouvanté 
Et tous les yeux humains s'empliront île clarté. 
Et l'on battra des mains de l'un k l'autre pôle. 
Et tous les opprimés, redressant leur épaule, 
•Se sentiront vaiiMjaeurs^ délivrés et vivants, 
Aien qu'à te voir jeter ta honte aux quatre vects If 



Jersey. Septembi 



LIVRE vri 



^ 



LES SAUVEURS SE SAUVERONT 



I 



Sonnez, sonnez loujoori, clairons de la pensée. 

Qoand Josaé rêveur, la (ète aox cicnx dressée, 
8aiyi des siens, marchait, et, prophète irrité , 
Sonnait de la trompette aolour de la cité, 
An premier tour qu'il fit le roi se mit à rire ; 
An second tour, riant toujours, il lui fît dire : 
— Crois tu donc renverser ma ville avec dn vent? 
A la troisième fois, Tarche allait en avant, 
Puis les trompettes, puis toute Taillée en marche » 
Et les petits enfants venaient cracher sur Farcbe» 
Et soufflant dans leur trompe, imitaient le clairon; 
An quatrième tour, bravant les fils d'Aaron , 
Entre les vieux créneaux tout brunis par la rouille» 
Les feteities s'asseyaient en filant leuc cv\^^^^s^^^^ 



Et fe moquaient jetant des pierres aux Hébreux ; 

A la cinquième fois, sor ces mare ténébreux. 

Aveugles et boiteux Yinrent, etieurs buées 

Raillaient le noir clairon sonnant sons les nuées ; 

A la sixième fois, sor sa tour de j^anit 

Si baule qu'au sommet Taigie faisait son nid, 

Si dure que Téclair l'eût en vain foudroyée. 

Le roi revint, riant à gorge déployée, 

Et cria : — ces Hébreox sont bons musiciens ! — 

Autour du roi joyeux, riaient tous les anciens 

Qui le soir sont assis au temple et- délibèrent. 

A la septième fois, les murailles tombèrent. 




4f 



Setivi. Septembre 1853. 



«>' 



II 



MA RECIJLAei: 



Je disais : — ces soldats Qot la tète trop basse. 

Il va lear ouvrir des cbemlos. 
Le peuple aime la poadre, et quand le clairon passe 

La France chante et bat des mains. 
La guerre est one poarpre où le meurtre se drape j 

Il va crier son : quos ego ! 
Un beau jour, de son crime, ainsi que d'une trappe, 

Nous terrons sortir Marengo. 
Il fiiot bien qu'il leur Jette enGn un peu de gloire 

Après tant de nonte et d'horreur! 
Que, vainqueur, il défile avec tout son prétoire 

Devant Troplong le procureur ; 
Qo'il lâche de cacher son carcan à rhistoire, 

Et qu'il fasse par le doreur 
Ajuster sa sellette au vieux char de victoire 

On monta le grand emperepr. 
Il voudra devenir César, frapper, dissoudre 

Les anciens états ébraiiiés, 
Et, cabne, à l'univers montrer, tenant la foudre, 

La main qui ût des fausses clefs. 

7 



SIS 

Il fera da vieux monde éclater la machine; 

Il voadra vaincre et sarnager! 
Uadson Lowe, Blucher, Wellington, Roitopschine, 

Que de souvenirs àwenger ! 
L'occasion abonde à l'époque où noua sommes. 

Il saura saisir le moment 
On ne peut pas rester avec cinq cent mille hommfli 

Dans la fange éternellement. 
Il ne peut les laisser courbés sous leur aentenee ; 

Il leur faut les hauts faits lointains ; 
A la meute guerrière il faut une pitance 

De lauriers et de bolletins. 
Ces soldats, que Décembre orne conume nne dartre, 

Ne peuvent pas, chiens avilis. 
Ronger à tout jamais le boulevard Montmartre 

Quand leurs pères ont Austerlits ! — 



II 



Eh bien non! je ré vais. Illusion détruite ! 

Gloire fsooge, néant, vapeur! 
O soldats ! quel réveil ! l'empire, c'est la fuite. 

Soldats ! l'empire, c'est la peur. 
Ce Mandrin de la paix est plein d'iostincta placidea ; 

Gè Schinderhannes craint les coupa. 
O châtiment! pour lui vous fûtes parricides. 

Soldats, il est poltron pour vous. 
Votre gloire a péri sons ce hideux incube 

Aux doigts de fange, au cœur d'airain. 
Ah! frémissex fie czar marche sur le Danube, 

Vous ne marchez pas sur le Rhin! 



m 



O nos pauvres enfants ! soldats de notre France 1 

O triste armés à Tœll ter ai ! 
Adieu la tente! adieu les camps! plus d'espérance I 

Soldats ! soldats! tout est fini ! 



Pi'espérez plus laver dans ie« combats le crime 

Dont V008 êtes éclaboossés. 
Poar noQS ce fat le piège et poar voas c'est Tablmel 

Gartoacbe règne; c'est assez. 
Oai, Décembre à jamais voas tient, bordes trompées! 

Oai, voas êtes ses vils troopeaax! 
Ooi, gardez sar vos maios. gardez sur vos épées, . 

Hélas \ gardez sar vos drapeaax 
Ces sooiliores qui font borreor a vos familles 

Et qai font sourire Dracon, 
Et que ne vendrait pas avoir sar ses gaenilles 

L'éqaarissear de Montfaacon ! 
Gardez le deuil, gardez le sang, gardez la booe! 

Votre mattre bait le danger, 
Il vons fait recaler ; gardez sar votre joae 

L'âpre soofflet de Pétranger ! 
Ce nain à sa stature a rabaissé vos tailles. 

Ce n'est qu'an vol qa'il est bardi. 
Adieu la grande guerre et les grandes batailles 

Adieu Wagraml adieu Lodi! 
Dans cette borribfe glu votre aile est prisonnière» 

Derrière un crime il faut marcher. 
C'est, fini. Désormais vous avez pour bannière 

Le tablier de ce boucber ! 
Renoncez aux combats, an nom de Grande Armée» 

Au vieil orgueil des trois couleurs; 
Renoncez à l'immense et superbe fumée. 

Aux femmes vous jetant des fleurs, 
A Tencens, aux grands arcs triomphaux que fréquentent 

Les ombres des héros le soir ; 
Hélas ! contentez-vous de ces prêtres qai chantent 

Des Te Deum dans Tabattoir ! 
Vous ne conquerrez point la palme expiatoire, 

La palme des exploits nouveaux, 
Et vous ne verrez pas se dorer dans la gloire 

La crinière de vos chevaux ! 



n» 



IV 



Houe l'épopée échoae avant qo'eNe cMDBMaeet 

Annibal a pri» on calmant ; 
It^Enrope admire, et mèie onelinée HOflieiiB^ 

A cet immense avoiiement, ' 

Bouc ce neven s'en va par ia porte bMarde ! 

Donc ce sabreor, ce poorfendeor, 
Ce masque moastacira dont la boifclie vantanie' 

S^onvrait dans toaie sa grandeur, 
Ce César qu'on valet tons le» matins harnache 

Pour s'en aller dans les combalei 
Cet ogre |[alonnéudont le hautain paoacAie 

Faisait oublier le front bas, 
lie tueur qui semblait Tbomme que riea n'étonne,. 

Qui jouait, dans les bosanna, 
Tout barbouillé do sang du ruisseau Tiquetonne,. 

La pantomime d'Iéna, 
Ce héros que bleu 6t KénéraJ dès jésuites. 

Ce vainqueur qui s'est dit absous. 
Montre à Clio son nez meurtri de pommée euiles^ 

Son œil éborgné de gros sous ! 
Bt notre armée, hélas! sa dupe et sa ooniplice, 

Baisse un front lugubre et puni. 
Et voit sous les siffleti s'enfuir dans la coalisée 

Cet écoyer de Franconi ! 
Cet histnon, qu'on cingle à grands coups de lanière, 

A le crime pour seul ta'ent : 
Les Saint- Barthélémy vont mieux a sa manière 

Qu'Abookiret que Friedland. 
ts Cosaque ^tupide arrache à ce superbe 

Sa redingotle à brandebourgs ; 
lé Ane rosse a brouté ce Bonaparte en herbe. 

Sonnez, clairons! battez, tambours! 
Tranchemontagne, ainsi que Basile, a la fièvre; 

La colique empoigne Agramant ; 
Sor le crâne do loup les oreilles du lièvre 

Se dressent lamentablement. 



I 



Le fier-à-bras tremblant se blottit dans son antre; 

Le grand sabre a pear de briller ; 
La fanfore bégaie et meart; la flotte rentre 

AU port, et l'aigle ao poulailler ! 



El tons ces capitans dont Tépaaletie brille 

Dans les Lonvres et les çhâleaax 
Disent: — manji^eons la France et le peuple en famille. 

Sire, les boulets sont brataax. 
Et Forey va criant : — majesté, prenez ^arde. 

Reybell dit: — morbleo, sacreblea! 
Tenons-Bons coi. Le eaar fait mancMivrer sa garde. 

Ne jouons pas avec le feu. 
Espinasse reprend : — César, gardez la Chambre. 

Ces Kalmoucks ne sont pas manchots. 
— Coiffez-vous, dit Leroy, du laurier de décembre» 

Prince, et tenez-vous les pieds chauds. 
Et Magnan dit: — buvons et faisons ramour,slre! 

Les rêves s'en vont à vau Teau. 
Et dans sa sombre plaine, 6 douleur, j'entends rire 

Le noir lion de Waterloo ! 



Jersey. JuHkt i^&S* 



2n 



III 



MM CHJLSSEVR NOIR 



— Qa'es-ta, passant ? le bois est sombre» 
Les corbeaux volent en grand nombre, 

Il va pleuvoir. 

— Je sois celai qui va dans T-ombre, 

Le Chasseur Noir! 

Les feuilles des bois, du vent remuées, 

SiflQent... on dirait 
Qu'un sabbat nocturne emplit de buées 

Toute là forêt; 
Dans une clairière au sein des nuées, 

La lune apparaît. 

Chasse le daim, chasse la biche, 

Cours dans les bois, cours dans la friche, 

Voici le soir. 
Chasse le czar, chasse TAutriche, 

O Chasseur Noir! 

Les feuilles des bois —■ 



m 

Son£Qe en ton cor, boade ta gaétre, 
Chasse les cerfs qoi vienneni pattre^ 

Très dQ manoir. 
Chasse le roi, chasse le prêtre, 

OChassearNoir! 

Les feailles des bois — 

Il tonne, il pleat, c'est le déloge. 
Le renard fnit, pas de^refoge 

. Et pas d*espoir ! 
Chasse Tespion, chasse le juge, 
OGhasseorNoir! 

Les feuilles des bois — 

Tons les déliions de Saint-Antoine 
Bondissent d^ns la folle avoine 

Sans t^émoQVoir; 
Chasse Tabbé, chasse le moine, 

O Chassedr Noir ! 

Les feuilles des bois — 

Chasse les ours ! ta mente jappe. 
Que pas an sanglier n'échappe ! 

Fais ton devoir! • 
Chasse César, chassé le pape, 

O Chasseur Noir! 

Les fenilles des bois — 

Le loop dé ton senUer s'écarte. 
Que ta meute à sa suite parte ! 

Cours! fais-le choir ! 
Chasse le brigand Bonaparte, 

OChassseurNoir! 



Les feoiUetdes bois, da leDl remiièes, 

Tombent... OD dirait 
Que le sabbat sombre aox ranques iioées 

A foi la ferèt ; 
Le clair chant da coq peree les niées ; 

Ciel ! l'aobe apparaît! 

Toot reprend sa forme première, 
Ta redevieos la France altière 

Si belle à voir, 
L'Ange blanc vèta de lomière, 

O Ghassenr Noir ! 

Les feuilles des bois, do vent remoées, 

Tombent... on dirait 
Que le sabbat sombre aux raoqaés huées 

Afnilaforét; 
Le clair chant da coq perce les nnées. 

Ciel! raabe apparaît! 




Jersey. SepUmkre 1853. 



I 



2» 



IV 



ii*i:«ow ne rome 



Toici le troQ. Voici l'écheiie. Descendez. 
Tandis qa'aa corps -dc-garde eo face, oo joae aox dés 
£d riant soas la nez des matronas boarraes ; 
Laissez le criear raaqae, assoardissaol les roes^ 
Proclamer le Nomide ou le Dace aox abois, 
Et, groupés aoas l'aoveat des échoppes' de bois. 
Les savetiers romaine et les marchandes d'herbes 
De Ja Minerve étrasqàe échanger les proverbes; 
Descendes. 

VoQs voilà dans ao lien monstraeax^ 
Enfer d!oBibre et de boae aux porches torlaeox» 
Où les mars unt la lèpre , où, parmi les pastales, 
Glissent les scorpions mêlés aux tarentales. 
Morne abîme ! 

Ao-dessos de ce plafond fan^eiix« 
Dans les cieux,dans le cirque immense et plein dejeax» 
Sor les pavés sabins, dallages centenaires, 
Boalent les chars, les bruits, lek vents et les tonnerres;^ 
Le peuple gronde et rit dans le forum sacré ; 
Le navire d'Ostie au port ^st ainarré, 

ta 



1 



2S« 

L'arc triomphal rayonne, et sur la borne agraire, 
Tettent, nos et divins, Remas avec son frère 
Romolas, lonveteaax de la loave d'airain ; 
Non loin, le fleave Tibre épand son flot serein, 
Et la vache aâ flanc roux y vient boire, et les buffles 
Laissent en fils d'argent Teaa tomber deJears mafiles. 

Le hideux souterrain s'étend dans tous les sens ; 

Il ouvre par endroits sous les pieds des passants 

Ses soupiraux infects et flairés par les truies ; 

Cette cave se change en fleuve au temps des plaies; 

Vers midi, tout au bord du soupirail vermeil. 

Les durs barreaux de fer découpent le soleil, 

Et le mur apparaît semblable au dos de» zèbres ; 

Tout le reste est miasme, obscorilé, ténèbres. 

Par places le pavé, comme chez les tueurs, 

Parait sanglant ; la pierre a d'afl'reuses sueurs ; 

Ici, l'oubli, la peste et la nuit font leurs œuvres. 

Le rat heurte en courant la taupe; les couleuvres 

Serpentent sur le mur comme de noirs éclairs; 

Les tessons, les haillons, les piliers aux pieds verts^ 

Les reptiles laissant des traces de salives, 

La toile d'araignée accrochéf^ aox solives. 

Des mares dans des coins, < (l'ioyables miroirs. 

Où nagent on ne sait quels è. rôs lents et noirs, 

Font un fourmillement horrible dans ce» ombres. 

La vieille hydre chaos rampe sous ces décombres. 

On voit des animaux accroupis et mangeant; 

La moisissure rose oux écailles d'argent 

Fait sur l'obscur bourbier luire sps mosaïques, 

L'odeur du lieu mettrait en fuite des stoïques. 

Le sol partout se creuse en gouffres empestés; 

Et les chauves-souris volent de tous côtés 

Comme au milieu des fleurs s'ébattent les coîomb^ç^ 

On croit, dans cette brume et dans ces catacombes^ 

Entendre bougonner la mégère Atropos; 

Le pied sent dans la nuit le dos mou des crapauds ; 

L'ean pleure ; par moments quelque escalier livide 

Plonge lugubrement ses marches dans le vide. 

TTout est fétide, informe, abject, terrible à voir. 

t>e charnier, le gibet, le ruisseau, le lavoir, 



ÎÎ7 

Les vieux parfams rancis dans les fioles persanes, 
Le lavabo vidé des pâles coartisanes, 
L'eaa lustrale épandue aox pieds des dieux menteors, 
Le sang des confesseurs et des gladiateurs, 
Les meurtres, les festins, lesJuxui es hardies. 
Le chaudron renversé des noires Ganidies, 
Ce que Trimalcion vomit sur le chemin, 
!fous les vices de Rome, égont du genfe humain, 
Suintent, comme en un crible, à travers cette voûte, 
Et l'immonde univers y fiftré goutte à goutte. 
Là-haut, on vit, on teint ses lèvres de carmin, 
On a le lierre au front'et la coupe à la main, 
Le peuple sous les fleurs cache sa plaie impure 
Et chante ; et c'est ici que l'olcére suppure. 
Ceci, c'est le cloaque, effrayant, vil, glacé. 
Et Rome tout entière avec tout son passé, 
Joyeuse, souveraine,, esclave, criminelle, 
Dans ce marais sans fond croupit, fange éternelle. 
C'est le noir rendez-vous de l'immense néant ; 
Toute ordure aboutit à ce gouffre béant, 
La vieille au chef branlant, qui gl>onde et qui soupire, 
Y vide son panier, et le monde, l'empire. 
L'honneur emplit cet autre, infâme vision. 
Toute l'impureté de la création 
Tombe et vient échouer sur cette sombre rive. 
Au fond, on ^trevoit, daDs une ombre où n'arrive 
Pas un reflet 7e jcur, pas un souffle de vent, 
Quelque chose d'affreux qui fui jadis vivant, 
Des mâchoires, des yeux, d( s ventres, des entraitles, 
Des carcasses qui font des taches aux murailles; 
On approche, et longtemps on reste l'œil fixé 
Sur ce tas moustrueux, daDs la bout be enfoncé, 
Jeté là par un trou redouté des ivrognes, 
^^tSans pouvoir distinguer si ces mornes charognes 
Ont une forme encor visible en leurs débris, 
Bt sont des chiens crevés ou des césars pourris. 



Jersey. Avril WA. ^ 

1 



M» 



C'était en jaio, j'étais à BroxeUe ; on me dit : 
Savez- voas ce qoe fait maiaten^nt ce kiandil? 
Et ToD me raconta leœeQrtrejuridiqoe^ 
Gharlet aamssiné sur la plaôe pabllqae, 
Cirasse, Goisinier, toos ces infortanes 
Qae cet liomme au supplice a lai-mème tratoés 
Et qu'il a de ses mains liés sur la bsscole. 
O saavear, ô héros, vaiiiqoear de créposeole. 
César! Biea fait sortir de terre les moisaonsy 
La vigne, Teau ooarante abreavanl les baissons, 
Les fruits vermeils, la rose où Tabeille butine. 
Les chênes, les lauriers, et toi, la guillotine. 

Prince qu'aucun de ceux qui lui donnent leurs vois 
Ne voudrait rencontrer le soir an coin d'un bois! 

J'avais le front brûlant ; je sortis par la ville. 
Tout m'y parut plein d'ombre et degu#re civile» 
Les passants me somblafenl des spectres effarés ; 
Je m'enfuis daos les champs paisibles et dorés; 
O contre-coups du cfime an fond de Tâme humaine! 
La nature ne put me calmer. L'air, la plaine. 
Les fleurs, tout m'irritait; je frémissais devant 
Ce monde où je sentais ce scélérat vivant. 
Sans pouvoir m'apaiser, je fis plus d'une lieue. 
Le soir triste monta sous la coupole bleue ; 
Linceul frissonnant, Tombre autour de moi s'accrut; 
Tout à coup la nuit vint, et la lune apparut 
Sanglante, et dans les cieux, de deuil enveloppée» 
Je regardai rouler cette tête coupée. 

Jftta^^. Ma\ \ftSfcV 



* ». 



m 



VI 



CHJLMSOIi 



Sa grandeur éblouit l'histoire. 

Qainze ans, il fat 
Le dieo qfip traloait la yictoire 

Sur QQ affût; 
L'Earope sons sa loi guerrière 

Se débattit. — 
Toi, son singe, marche derrière, 

Petit, petit. 

Napoléon dans la bataille, 

Grave et serein. 
Guidait à travers la mitraille 

L'aigle d'airain. 
Il entra sur le pont d' Aréole, 

Il en sortit. — 
Voici de Tor, viens, p\\\Q ^V no\^> 

Petit, petit. 
7à 



M» 

Berlin, Vienoe, étaient ses maîtresses; 

Il les forçait, 
Leste, et prenant les forteresses 

Par le corset ; 
Il triompha de cent bastilles 

Qa'il investit. — 
Voici pour toi, voici des filles, 

Petit, petit. 

Il passait les monts et les plaines. 

Tenant en main 
La palme, la fondre et les rênes 

Do genre humain ; 
Il était ivre de sa gloire 

Qui retentit. — 
Voici do sang, accOffts, vleUf faèire. 

Petit, petit 

Qaand il tomba, lâchant le monde. 

L'immense mer 
Ouvrit à sa chute profonde 

Le gouffre amer ; 
Il y plongea, sinistre archange, 

Et s'engloutit — 
Toi, tu te nolras dans la fange. 

Petit, petit. 



Jersey. Septêw^re (853. 






ISl 



VII 



MJk CAHf^lfAmE 



Sar la terre, tantôt sable, tantôt savane, 

L'an à Pantro liés en longue caravane, 

Echangeant leur pensée en confuses rnaieors, 

Emmenant avec eux les lois, les faits, les mœars, 

Les esprits, voyagears éternels, sont en marche. 

L'an porte le drapeaa, les aatres portent l'arche; 

Ce saint voyage a nom Progrès. De temps en temps. 

Ils s'arrêtent, révears, attentifs, haletants. 

Pais repartent. En rente! ils s'appellent, ils s'aident, 

Ils vont! Les horizons aax horizons socoèdent, 

Les plateaux aox plateaux, les sommets aax sommets. 

On avance toujours, on n'arrive jamais. 

A chaque étape an ^uide accourt à leur rencontre; 

Quand Jean Hnss disparaît, Luther pensif se montre; 

Luther s'en va. Voltaire alors prend le flimbean; 

Suand Voltaire s'arrête, arrive Mirabeau. 
s sondent, pleins d'espoir, une terre inconnue. 
A chaque pas qu'on fait, la brome diminue; 
Us marchent, sans quitter des yeux on seul instant 
Le terme du voyage et Tasile où Ton tend^ 



Point lumineux an fond d'one profonde plaine, 
La Liberté sacrée, éclatante et lointaine, 
La Paix dans le travail, l'universel Hymen, 
L'Idéal, ce grand bot, Mecque du genre homain. 

Plus ils vont, plus la Foi les pousse et les exalte. 

Pourtant, à de certains moments, lorsqu'on fait balte, 
Que la fatigue vient, qu'on voit le jour blêmir. 
Et qu'on a tant marcbé qu'il faut enfin dormir, 
C'est rinstant où le Mal, prenant toutes les formes. 
Morne oiseau, vil reptile ou monstre aux bonds 
Chimère, préjugé, mensonge ténébreux, (énormes, 
C'est l'heure où le Passé, qu'ils laissent derrière eux, 
Voyant dans chacun d'eux une proie échappée. 
Surprend la caravane assoupie et campée, 
Et, sortant hors de l'ombre et du néant profond. 
Tâche de ressaisir ces esprits qui s'en vont. 

Il 

Le jour baisse; on atteint quelque colline chauve 
Que l'âpre solitude entoure, immense et faave. 
Et dont pas même un arbre, une roche, un buisson, 
Ne coupe l'immobile et lugubre horizon; 
Les tchaouchs, aux lueurs des premières étoiles, 
Piquent des pieux en terre et déroulent les toiles ; 
En cercle autour du camp les feux sont allumés; 
Il est nuit. Gloire à Dieu ! voyageurs las, dornaez. 

JNon, veillez! car autour de vous tout se réveille. 
Ecoutez! écoutez! debout! prêtez roreille! 
Voici qu'à la darlé do jour zodiacal, 
L'épervier gris, le singe obscène, le chacal. 
Les rats abjects et noirs, le^ belettes, les foui nies, 
Nocturnes visiteurs des tentes bédouines. 
L'hyène au pas boiteux qui menace et qui fuit, 
Le tigre au crâne plat, ou nul instinct né luit, 
Dont la férocité ressemble à de la ioie, 
Tous, les oiseaux de deuil et les betes de proie, 



23S 

Vers le feu rayonnant poussant d'étranges voix, 
De tons, les points de l'ombre arrivent à la fois. 
Bans la brame, pareils anx brigands qui maraudent, 
Bandits de la nature, ils sont tous là quj rôdent. 
Le foyer se reflète' aux veux des léopards. 
FonrmfUeinent terrible ! on voit de toutes parts 
Des prunelles de braise errer dans les ténèbres. 
La solitude é^-late en harlements funèbres. 
Des pierres, des fossés, des ravins tortueux, 
De pariont, sort un bruit farouche et monstrueux. 
Car lorsqu'un pas humnin pëoàtre dans ces plaines. 
Toujours, à Theùre où Tombre épanche ses haleines, 
Ou la <fféation commence son concert. 
Le pbnpte épouvantable et r3tiqi]e du désert, 
Horrible et bondissant sous les4)âles nuées, 
Accueille l'homme avec dps cris et des huées. 
Bruit lugubre! cbaos des forts et des petits 
Cherchant leur proie aVec d'immondes appétits! 
L'an glapit, l*autre rit, miaule, aboie, o^i gronde. 
Le voyageur invoque en son horrei^r profonde 
Ou son saint muftulman ou son patron chrétien. 

Soudain tout fait silence et l'on «'entend plus rien. 

Le tumulte effrayant cesse, râles et plaijites 
Medrébfy comme des voix par l'agonie éteintes, 
Comme si, par miracle et par enchantement, 
Dieu même avait dans l'ombre emporté brusquemeuit 
Renards, singes, vautours, le tigre, la i}anlhère. 
Tous ces monstres hideux qui sont sur notre terre 
Ce que sont les démons dans le monde inconnu. 
Tout se tait. 

Le désert est muet, vaste et nu. 
L*œil ne voit sous les cieox que l'espace sans borne. 

Tout à coup, au milieu de ce silence morne 

Qui monte et qui s'accroît de motaent en inoment, 

S'élève un formidable et long rugissement ! 

C'est le lion. 

7c 



I 



23ÏI 



III 



1 



Il vient, il surgit où Voas êtes, 
Le roi sauvage et roux des profondeurs maettes ! 

Il vient de s'éveiller' comme le soir tombait, 

Non, comme le loup f ristre, à Todeur do gibet. 

Non, comme le jaguar, pour aller dans les havrçs 

Flairer si la teôapêle a i^té des cadavres^ 

Non, comme le chacal furtif et hasardeux, 

Pour déterrer la nuit les morts, spectres hideux, 

Dans quelque champ qui vit la guerre et ses désastres; 

Mais pour marcher dans i^ombre à la clarté désastres. 

Car Tazur constellé p\h\\ à son œil vermeil; 

Car Dieu fait contempler par Taigle le soleil, 

Et fait par le lion regarder les étoiles. 

Il vient, du crépuscule il traverse les voiles, 

Il médite, il chemine à pas silencieux. 

Tranquille et satisfait sous la splendeur des cieox ; 

Il aspire l'air pur c|ui manquait à soq an4re ; *■ 

Sa aueue à coups égaux revient batbre son ventre ; 

Et dans i'obscurilé qui le sent approcher. 

Rien ne le voit venir, rien ne Teiitendl injaircher. 

Les palmiers, frissonnant conome destp'iîiSes d'herbe. 

Frémissent. C'est ainsi que, paisible Qt superbe, 

Il arrive toiyours par lo même chemin, 

Et qu'il venait hier, et qull viendra; deaÉDein, 

A cette heure où Vénus à roccidept 4%^iQe. 

Et quand il 8*est trouvé proche de la colline. 

Marquant ses larges pieds dans le sable OQouvant, 

Ayant même que l'œil d'aoçun être vivant 

Ait pu, sous l'éternel et mystérieux dôme, 

Voir poindre à l'horizon son vague et noir fantôme. 

Avant que, dans la plaine, il se soK avancé. 

Il se taisait; son souffle a seulement pa^sé, 

Et ce souffle a suffi, flottant à l'aventure, 

Poar faire tressai 1 1 i r l a protouA^ tka\\«t , 

Etpoor faire soudain taire au p\v\% ^o\\ A\i\ww\. 

Toutes ces soqibres voix qn\ ViurVeuV à;^vis\^wi\V 



235 



IV 



Ainsi, quand, de ton antre enfin poussant la pierre, 
Et las da long sommeil qui pèse a ta paupière, 
O Peuple, ouvrant tes yeux d'où sort une clarté, 
Tn te réveilleras dans ta tranqnilKtéf 
Le jour où nos pillanh, où nos tyrans sans nombre 
Comprendrontqne quelqu'un remoeau fond de l'ombre, 
Et que c'est toi qui viens, ô lion ! ce jour-!à. 
Ce vil groupé où Falstaff s'accouple à Loyola, 
Tous ces gueux devant qui la probité se cabre, 
Les trataeurs de soutane et les tratueurs de sabre, 
Le général Soufflard, le jusçe^arabbas. 
Le jésuite an front jaune, à l'œil féroce et bas, 
Disant son chapelet dont les G;rains sont des balles, 
Les Mingrats bénissant les Hétiogabales, 
Les Yeuillots qui naguère, errant sans feu ni lieu. 
Ayant de pren^lre en main la cause du bon Dieu, 
Avant d'être des saints, traînaient dans les rlbottes, 
^8 haillons de leur style et les trous de leurs bottes, 
L'archevêque, ouléma du Christ ou de Mahom, 
Mâchant avec Thostie on sanglant Te Deum, 
Les Troplong, lès Rouher, violateurs de chartes, (tes, 
Grecs qui tiennent les lois comme ils tiendraient les car- 
Lesbeauxfilsdontleamainssontroagessouslenrs gants; 
Ces dévots, ces viveurs, ces bedeaux, ces birigands, 
Depuis les hommes vils jusqu'aux hommes sinistres. 
Tout ce tas monstreux de gredins et.de cuistres, 
Qui grincent, l'œil ardent, le nmffle ensanglanté. 
Autour de la raison et de la vérité. 
Tous, du maître au goujat, du bandit au marooffl?. 
Pâles, rien qu'à sentir au loin passer ton souffle, 
Feront silence, ô peaple ! et tous disparaîtront 
Subitement, l'éclair ne sera pas plus prompt, 
Cachés, évanouis, perdus sons la nuit sombre, 
Avant même qu'on ait entendu sous cette ombre 
Où les justes tremblants aux mécV!i^iiV%%^\^\.\Si^'^'^x 
Ta grande voix monter veis \^% câ^wl fe\.w\^'^\ 



IM 



VIU 



Cette oaily il pleavait, la marée était bauler, 

Un broo'^llard lourd et gris couvrait to^te la côte, 

Les brisants aboVaient co^mo des chiens, le-flpt 

Aox pleurs du ciel profond joignait son noir sahgfpiy 

LMofini secouait et mêlait dans son orne 

Les somfires toumoiments de Pàblmè nocturne; 

Les bouches de la nuit semblaient rugir'dans rair. 

J'entendais le canon d'alarme sur la mer. 
Des marins en détresse appelaient à leur aide. 
Dans l'ombre où la rafale aux Rafales succède , 
Sans pilote, sans mât, sans ancre, sans abr) , 
Quelque vaisseau perdu jetait son derpier cri. 
Je sortis. Une vieiiie, en passant effarée, 
Ae dit : — Il a pén. C'est un chassé-marée. 
Je courus à la grevé et ne vis qu'un linceul 
De brouillard et de noit^ et l'horreur, et Daoi sec^l; 
Et la vagué', dressant sa (èle siir l'abîme. 
Comme pour éloigner un témoin de son crime, 
Furieuse, se mit à hurler après moi. 

Qu'es-tu donc, Dieu jaloux, D çu d'épreuve et d'efl^pi, 
Dieu des écroulements, des gouffres, dés orages,' 
Que tu n'es pas content de tant de grç^nds naufrages, 
Qu'après tant de puissants et de forts eçgloatia , 
n te reste du temps encor piour les petits, 
Que sur les moindres fronts ton bras laisse sa .marque, 
Et qu'après cette France, il te faut cette l^iarg^e! 



237 



IX 



Ce serait une erreur de croire qae ces choses 
Fioiroot par des cbants et des apothéoses ; 
Gerte^ il viendra, le rade et fatal châtiment ; 
Jamais Tarrèl d*eB haut ne recule et ne ment, 
Mais ces joars effrayants seront des jours suhliroes. 
Tu feras expier à ces hommes leurs crimes, 
O peuple généreux, 6 peuple frémissant, 
Sans glaive, sans verser une goutte de sans;. 
Par la loi ; sans pardon, sans fureur, sans tempête. 
Non, que pas un cheveu ne tombe d'une tète ; 

8 ne Ton n'entende pas une bouche crier ; 
ue pas un scélérat ne trouve un meurtrier. 
Les temps sont accoinpiis; la loi de mort est morte. 
Du vieux charnier humain nous avons clos la porte. 
Tous ces hommes vivront. — Peuple, pas même lui ! 

Nous le disions hier, nous venons aujourd'hui 
Le redire, et demain nous le dirons encore, 
Nous qui des temps futurs portons au front l'aurore, 
Parce que nos esprits, peut-être pour jamais. 
De l'adversité sombre habitent les sommets; 
Noos, les absents , allant où l'exil nous envoie; 
Noos, proscrits, qui sentons, pleins d'une douce joie. 
Bans le bras qui nous frappe une mavti Tin^%\^^\^ > 
Nous, les germes du srand elsp\^iiÀ\^« vs«ùv^ 
Qaele Seigneur, penché sur W l^m\V«k>wwsiW^^ ^ 
Sema data an sillon de misète eV. ^^ v^Vnft* 



9^8 



II 



Us tremblent, ces coqaios, soos lear nom accablant ; 
Ils ont peur poar lear tète infàaae, on font semblant; 
Mais, maraodSfCe serait déshonorer la Grève! 
Des révolotions remuer le vieux glaive 
Poar eux! y songent-iU? diffamer i'échafaiid ! 
Mais, drôles, des martyrs, qui marchaient le front haat, 
Des justes, des héros , souriant à Tabime, 
Sont morts sur cette planche et Tout faite sublime! 
Quoi ! Charlotte Gorday, quoi ! madame Roland 
Sous cette grande hache ont posé leur cou blanc, 
Elles Tout essuyée avec leur tresse blonde, 
Et Ma^rnan y \iaiidrait faire sa tache immonde ! 
Où le lion gronda, Kro(<perait le pourceau ! 
Pour Rouher, Fould et Suin, ces rebuts du ruisseau, 
L'échafauà 4es Camille. et des Veraniaux superbes! 
Quoi , gr^nd Dieu , pour Troplong la mort ie Males- 

(hecbes! 
Traiter le sieur Delaogift aipsi qu'André Ghénier! 
Jeter ces têtes-là dans le même panier, 
Et, daps ce dernier choc qui mêle et qui rapproche. 
Faire frémir DiiQtQn du contact de Baroche ! 
Non, leur règne, où Patro/ce au burlesque se joint. 
Est une mascarade, et, ne l'oublions point. 
Nous en avons pleuré, mais souyent nous on slmes. 
Sous prétexte qu'il a commis beaucoup de cnmea. 
Et qu'il est as.8|^ssin autant que charlatan, 
Paillasse, après Saint^Just, Robespierre et Titan, 
Monterait cette «[chelie effrayante et sacrée ! 
Après avoir coupé le cou de Briarée, 
Ce, glaive couperait la tète d'ArlequMi! 
Non, non! maître Rouher, vous êtes on faquin, 
Fould, vous êtes un fat. Sain, xous êtes» on cuistre. 
L'échafadd est le lieu du triomphe sinistre. 
Le piédestal, dressé sur |e noir cabanqn. 
Qui fait tomber la tète et fait surgir le .i|om : 
C'est Je faite vermeil d'où \e uifttV^t %*«wrf^le ; 
C'est la bacbe impuissanle à u^iicdà^t V»Bixi:iss\&\ 



239 

C'est le créneau sanglant, étrange et redouté, 
Par où rame se penche et voit réternité. 
Ce qo'il faat, ô Justice, à ceux de cette espèce, 
C'est le lourd bonnet vert, c'est la casaque épaisse, 
C'est le poteau ; c'est Brest, c'est Clainraux, c'est Toulon ; 
C'est le boulet roulant derrière leur talon, 
Le fouet et le bâton, la chaîne, âpre compagne. 
Et les sabots sonnant sur lé pavé du bagne ! 
Qu'ils vivent accouplés et flétris! L'échafaud, 
Sévère, n*en veut pas. Qu'ils vivent, il le faut. 
L'on avec sa simarre eti'autre avec son cierge! 
La mort detaiit ces gueux baîésè ses ^yéux dFvifcrge. 

Jersey. JuUUt 1853. 



Qaand l'eunuque régnait à c6té dn césaf, 
Quand Tibère, et Caïas, et Néron, soifs leur cbàr 
Foalai«fDt Rome, piàsmorle, hélas! que Babylone, 
Le poëtesafstt ces bourreaux sur leur trôné; 
La muse entre deux vers, touts vivants, leïi^cia. 
Toi, faux pfincé, coiksin do blême boHenèia, 
Hidalgo par ta femme, amiral pat ta mère, 
Tu régnés par Décembre et tu vis par Bhiûiiaite, 
liais bi muse t'appris*; et maintenant, c'eèt bieà. 
Tu tre^aiUes ^ux roainiiln sombre historien.' 
Pourtant, quoique tremblant sods la verge lyrique, 
Tu dis dans ton orgueil : — je vait être' historique. 
?foD, coqmi! le charnier des rôik t'est itftèrdftj 
Pfon , ta n'enfrélras'poliit dans Vhistoire, baiïâir! 
Haiilotf bcmàinv faiboi^ déplimié, bète Wèf te. 
Ta resteras dehofè et cloAé sot la ^tv^'^. 



Vf 



XI 



PAROLES D'UN CONSERVATEUR 

A PROPOS 

DXN PERTURBATEUR. 



Etait-ce an rêve? éiais-je éveillé? jaçiez-eD. 

Uq homme, — était-il grec, jaif, chinois, tore, persan? 

Un membre dn parti de Pordre, véridiqae 

Et grave, me disait: — cette mort jaridiane 

Frappant ce charlatan, anarchiste éhonie, 

Est jQste. Il faat qae Tordre et qae l*aatorité 

Se défendent. Gomment souffrir aa'on les discnte ? 

D*aillears les lois sont là pour qo on les exécute. 

Il est des vérités éternelles c|u*il faut 

Faire prévaloir, fût-ce an prix de i'échafaad. 

Ce novateur prêchait une phibsophîe : 

Amour, progrès, mots creux, et dont je me défie. 

Il raillait notre culte antique et vénéré. 

Cet homme était de ceux qui n'ont rien de sacré. 

Il ne respectait rien de tout ce qa*on respecte. 

Pour leur inoculer sa doctrine suspecte, 

11 allait ramassant dans les plus méchants lieax 

Des bouviers, des pécheurs, des drôles bilieux. 

D'immondes va-nu-pieds n'ayant ni sou ni maille ; 

Il faisait son cénacle avec cette canaille. 

Il ne s'adressait pas à l'homme intellisent, 

Sage, honorable, ayant des rentes, de l'argent. 



2*1 

Do bien; il n'ayait gard« ; il égarait les masses ; 

Avec des doigts levé» en Tair et des grimaces, 

Il prétendait guérir malades et blessés, 

•CoBtratremeot an lois. Mais ce n'est pas assez;- 

L'imposteur, s'il, vous platt, tirait les morts des fosses. 

Il prenait de faux noms et-des qualités fausses ; 

Et se faisait passer pour ce qu'il n'était pas. 

Il errait au hasard, disant: — suivez mes pas, — 

Tantôtdans la campagne et tantôt ^ans la ville^ 

N'est-ce pas exciler à la guerre civile. 

Au mépris, à la iiaine entre les citoyens ? 

On voyait accourir vers lui d'affreux payons. 

Couchant dans les fossés et dans les fours à plâtre, 

L'unboiteox,rauti e sourd,rautre un œil sous l'empIàtre 

L'antre raclant sa plaie avec un vieux tesson. 

L'honnête homme indigné rentrait dans sa maison 

•Quand ce jongleur passait avec cette séquelle. 

Dans une tète, un jour, je ne sair plus laquelle. 

Cet homme prit un fouet, et criant, déclamant, 

Il se mit à chasser, mais fort brutalemeut. 

Des marchands patentés, le fait est authentique, 

TTrès-braves gens tenant sur le parvis boutique. 

Avec permission, ce qui, je crois, suffît, 

Do clergé ^ui touchait sa part de leur proflt. 

Il traînait à sa suite une espèce de^tille. 

Il allait pérorant, ébranlant la. famille. 

Et la religion, et la société; 

Il sapait la morale et la propriété; 

Le peuple le suivait laissant les champs en friches; 

C'était fort dangereux. Il attaquait lés riches. 

Il flagornait le pauvre, affirmant qu'ici-bas 

Les hommes sont égaux et frères, qu'il n'est pas 

De grands et de petits, d'esclaves ni de maîtres. 

Que le fruit de la terre est à tous; (fuant aux prêtres, 

Ils les déchirait ; bref, il blasphémait. Gela 

Dans la rue. Il contait tootes ces horreurs-là 

Aux premiers goeux venus, sans cape*et sans semelles. 

Il fallait en finir, les lois étaient formelles. 

On l'a crucifié. — 

Ce mot, dit d'un air doux. 
Me frappa. Je loi dis : — mais qui donc ètes-vonsl 



{ 



Il répondit: —vraiment, il fatlait nn exemple. 
Je m'appelle Elizab, je suis scribe da temple. 

— Et de qai parlez- vons, demanJai-je? — Il reprit: 

— Mais ! de ce vagabond qa*on nomme Jésus-Christ. 



(^ . 



\ 



Jersey. Novembre 185î. 



PORCE DCS CHOSES 



tDedevBifl les coqDins l'boDDèle homme soupire; 
|ae l'hiiloire loit laide et plate; que l'empire 
:olte avec Talleyrand ou louche avecPariea: 
la'DQ tour d'escroc bien fait ait nom grâce de Die 
ïae le pape en massue ait cbaogé sa honlelte; 
la'oD ?o!e au Champ-de-Murs piaffer sous l'épaulf 
e Meartre général, le Vol aide-de-camp; 
>ne hors de rÉI^sée uu prince débuB<|uaBl, 
•n'un flibustier quittant l'Ile de la Tortoe, 
sussine, exleimioe, égorge, pille et lue; 
lue les bonzes chrétiens, cognant sur lear tamtam 
nrlenl devant Soufflard ; attoltite portam ! 
loe pourclaqueurs IccrîmeailcenljouTDBDxinrâm 
eux qu'à la Maison d'Or, sur les genoux des Temm 
rilToiiaeiit les Romieu\, te verre eu main, et ceux 
ue saini Isnace inspire à des gredrns craiseux ; 
d'en ces vils Iribonaux où le regard se beorte 
B Moreau de la Seine à Moreau de la Hearthe, 
I justice ait reçu d'horribles horions ; 
ae, sa." dq lit-de-carop, par des centurions 



2U 

La loi goit violée et râle à l'agonie; 
Qae cet être choisi, iréé par Diea génie. 
L'homme, adore à ^eooox le loop fait emperear; 
Qa'eo QD éclat de rire abrégé par rhorrear, 
Toat ce que nous voyons aojoQrd'hoi ae résume ; 
Qa'Haatpopl vende son sabre et Cache val sa plàme; 
Qoe tons les grands bandits, en petit copiés. 
Revivent ; qu'on emplisse an Sénat, de plats pieds 
Dont la servilité négresse et mameloaqae 
Eût révolté Mahmoud et lasserait Souioaqae; 
Que l'or soit le seul culte, et qu'en ce tenaps vénal, 
Coffre-fort étant Dieu, Gousset soitcardinal: 
Que la vieille Thémis ne soit plus qu'une gobine 
Baisant Mandrin dans l'antre où Mongis Daragouioe; 
Que Montalembert bave accoudé sur l'autel; 
Que Veuillot sur Sibour crève sa poche aa fiel; 
Qu'on voie aux bals de cour s'étaler des gaenipes 
Qui le long des trottoirs tratoaieut hier leurs aippes, 
Beautés de lansquenet avec un profil grec; 
Que Hayoau dans Brescia' soit pire que Lantrec; 
Que partout, des Sept-Toors aux colonnes d'Hercule, 
INÏapoléon, le poing sur la hanche, recule. 
Car l'aigle est vieux, Essiing grisonne, Mareago 
A la goutte, Aosterlitz est pris d'un lombago ; 
Que le czar rosse ait peur tout autant que le nôtre; 
Que l'ours noir et l'ours blanc tremblent l'on devani» 

(l'aotre; 
Qu'avec son grand panache et sur son grand chke'val, 
Rayonne Saint-Arnaud, ci-devant Florival, 
Fort dans la pantomime et les combats-à-l'haDhe ; 
Que Sodôme se montre et qoe Paris se caclxe; 
Qa'Escobar et Boudin vendent le même oogneot; 
Que grâce à tous ces gueux qu'on touche avec le gaat, 
Tout dorés au-dehors, au-dedaas noira.de lèpres, 
Courant les bals, courant l<;s jeux, allant à vêpres. 
Grâce à ces bateleurs mêlés aux scéiérats, 
La saint-Barthéiemy s'achève en mardi gras; 
O nature profonde et calme, que t'importe ! 
Nature, Isis voilée assise à notre porte. 
Impénétrable û'eole aux regards attendris. 
Vieille comme Cybèle et fratche comme Iris» 



T 



i 



Ce qa'oD faît ici-bas g^ao va deyant la face ; 
A ton ra^MineiBeaitloiite laidtnir s'«fface; 
Ta ne rioformçs.iiaiKfiiel^cIféie'Oa qoel tyriui 
Est fait premier cbanotiie à SaîBlrJean de Ijatran; 
Décembre, les soldats ivres» les lois faussées/ 
Les cadavres mt^iés aux boateilles ^cassées, 
Ne te font rien ; ta sois ton flox et ton reflax. 
Quand l'homme des faoboaras s'endort et ne sait plos 
Bourrer dans un bsil des balles de calilMre; 
Qnand le peuple français n'est plas (e péapleiibre; 
Qoaisd mon esprit, fidèle an bot qa41 se fixa, 
Sor cette léthargie applique an vers moxa ; 
Toi, ta rêves ;jsoovent do fond des ge6tes sombres» 
Sort, comme d'an enfer, le mnrmare des ombres 
<2ae Baroche et Rooher gardeot soas las barreaox» 
C'^ar ce tas de laquais est an tas de boarreaax; 
Etant les coears de bs^ne ils sont les cωcs de roche; 
Ma strophe alors se dresse, et poar cingler Barochè» 
Se taille an fooèt sànglailt dans Ronher écorché ; 
Toi, ta pe t'émeas point; flot sans cesse épanché, 
La vie indîfiérentè emplit toojoors tes ornes; 
Ta laisses s'élever des attentats noctanies, 
Bea crimes, des farears, de Rome mise en croix» 
J)e Paris mis aux fers, des gaet-apens des rois» 
JDes pièges, des serments» des toiles d'araignées, 
X'oragease clamear des âmes indignées ; 
Bans ce calme où teojoors ta te réfugias, 
Ta laisses le famier croupir chez Aogias, 
£t renaître un passé dont nous nous affranchîmes» 
£t le sang rajeunir lesiibus cacochymes, 
la France en deuil jeter, son soprénse soopir, 
Xies prostitot4sns chanter, et se tapir 
XeaJAches dans leurs trous, la taupe en ses cacheltea» 
iEt gronder les lions, et rogir les poëtes ! 
Ce n'est pas ton affaire à toi de t^rriter. 
Ta verrais, sans frémir et sans te révolter, 
Sar tes fleors, sens tes pins, tes ifs et tes érables» 
%rrer le plus coquin de tous ces misérables. 
<}oand Troplong, le matin, ouvre un œil chassieux» 
^énos, splendeur sereine éblouissani les cieox. 



T 



tkê 

Vénos, aai devrait fair eoorroQcée et hagarde, 
N'a pas l'air de savoir qoe Troploeg la regarde! 
To MÎMerais coeillir nae rose a Dapio! 
Tandis que, de veloars recoavraot le saplo, 
L'escarpe ooaroDDé qae l'Europe sarveille. 
Trône et goetle, et qu'il a, loi parlant à l'ereilie, 
D'an côté Loyola, de l'aotre TrestalIloA, 
Ton doigt an blé dans l'ombre entroavre le sillon. 
Pendant qoe l'horreor sort àeê tenais, des conclavss, 
Qae les Etats-Unis ont des marcbés d'esclaves 
Comme en eut Rome avant qoe Jésas-<îhrist passât, 
Que TAméricain libre à l'Africain forcit. 
Met an bAt, et qu'on vend des bcnfmes ponr des piastres» 
Toi, tu gonfles la mer, tu fais lever les astres, 
To conroes l'arc-en-ciel, tu remplis les baissons 
D'essaims, l'air de parfums,. et les nids, de chansons, 
Ta fais dans le bois vert la toilette des roses. 
Et tu fais eonconrir, loin des bommes moroses. 
Pour des prix inconnus par les anges eaeillis, 
La candeur de la vierge et la blancheur du lys ; 
Et quand, tordant ses mains devant les torpitodes, 
Le penseur douloareox fuit dans tes solitudes, 
Tu lui dis: viens! c'est moi ! moi que rien ne corrompt» 
Je t'aime ! et tu répands dans l'ombre sur aon front, 
Où de l'artère ardente il sent battre les ondes. 
L'acre fratcbeur de l'herbe et des feuilles profondvî 
Par moments, à te voir, parmi les trahisons. 
Mener paisiblement les mois et le^ saisons, 
A te voir impassible et froide, quoiqu'on fasse, - 
Pour qui ne creuse point plus bas que laaarface, 
Ta semblés bien glacée et l'on s'étonne un peu. 

§|uand les proscrits, martyrs du peuple, éias de Dieo, 
toïques, dans la mort se couchent sans se plaindre, 
Tu n'as l'air de songer qu'à dorer et qu'à peindre 
L'aile do scarabée errant sur leurs tombeaux. 
Les rois font les gibets, (oi, to fais les corbeaux. 
Ta mets le même ciel sur le juste et riojoste. 
Occupée à la mouche, à la pierre, à l'arbuste. 
Aux mouvements confus du vil monde animal. 
Tu parais ignorer le bien comme le mal; 






To Uiiise§ rhomme en proie à sa misère aigiie. 
Que emporte Socrate 1 et ta fais la ciftiie. 
Ta créas le besoin, rinstînct et l'appétit ; 
Le fort mange le faible et le grand le petit, 
L'oars déjeane du rat, Faatour de la colombe, 
Qu'importe ! allez , naissez , tburmillez poar la tombe^ 
Maltitades l vivez, taez, faites l'amoar, 
Croissez! le pré verdit, la soit saecède an joar, 
L'âne brait, le cbeval hennit, le taareaa beugle ; 
O figure terrible, on te croirait aveugle I 
Le bon et le mauvais se mêlent sous tes pas. 
Dans cet immense oubli, tu ne vois même pas 
Ces deux géants lointains penchés sur ton abtme, 
Satan, père du mal, Gaïo, père du crime ! 

Erreur! erreur! erreur! 6 géante aux cent yeux. 
Tu fais un grand labeur, saint et mystérieux 1 
Oh ! qu'un autre que moi te blasphème, ô Nature ! 
Tandis que notre chaiue étreint notre ceinture, 
Et que Tobscurité s'étend de toutes parts, . 
Les principes cachés, les éléments épars. 
Le fleuve, le volcan à la bouche écarlate. 
Le gaz qui se condense et l'air qui se dilate. 
Les fluides, l'élher, le germe sourd et lent, 
Sont autant d'ouvriers dan^ l'ombre travaillant; 
Ouvriers sans sommeil, sans fatigue, siins nombre. 
Ta viens dans cette nuit, libératrice sombre ! 
Tout travaille, l'aimant, le bitume, le fer. 
Le charbon ; pour changer en éden notre enfer, 
Les forces à ta voix sortent du fond des gouffres. 

Ta murmures tout bas: — race d'Adam qui souffres». 

Hommes, forçats pensants au vieux monde attachés, 

Chacune de mes lois vous délivre. Cherchez! — 

Et chaque jour surgit une clarté nouvelle. 

Et le penseur épie et le hasard révèle ; 

Toujours le vent sema, le calcul récolta. 

Ici Falton , ici Galvani, là Volta, 

Sor tes secrets profonds que chaque instant nous livre». 

Rêvent ; l'homme ébloui déchiffre enfin ton livre. 



T 



ï^'heore «a liaare^wB âécoi¥re oafotoiiyiiliifl d'horim: 1 
Comme an coup ^ii^Her aa nor JNw pritea, 1 
Do genre hnaai»<^ ftinilie ei qni -cre we^i qni md0i 
Cbaqae tàtonnemm^tiait IreMaillifc te Bionde,»> 
L'hvmen det nations e'acoenipKt. Fa|iiaiia, , *\ . 
imerètg, dMMNTS et leb, les revoloUiitfiiB; 
Par qui le cœor ininain cerawet change de (fitf¥$- 
Paris, Lendret, New-Yerk^4e» conlÂnente énonnœs, 
Ont pour lien on fil qoi tremble an fond dea men. ^ 
Une force inconnae, empmntée ans éjclairs. 
Mêle an ceoraat desflols le eoorant dea idées. 
La science, gonflent «es oodes débordéca, 
SoboMTise trône etsceptre. Idole et potentat 
Toat Ya, pense, se meot, s*aceroll ! L'aéreatat 
Passe, et da baot des deux ensemencé les hommes! 
Gbanaan apparatt ; le voilà, nous y sommes ! • 
L*amoar au pleors succède et i'eao vive à la mort. 
Et la boeche qni chante à la booehe qni mord. 
La science, pareille aux antiques pontifes. 
Attelle aox chars tonnants d'effrayants hippogriffes; 
Le fea sooffle aax naseaaxde la oMe d'airain. 
Le globe esclave cède à respritsenverain. 
Parlootoù la terrenr régnait, on marclkait l'homme, 
Triste et plus accablé que la bote de aonsme, 
Tratoant ses fers sanglants cfoe Terrenr a foigés. 
Partoot où les carcans sortaient des.pr^QaéB, 
Partoat où l<*s césars, posant le pied «nr l'Aoïe, 
Etonffaient la clarté, ia penisée et la flamme. 
Partent où le mal sombre, étendant son réaeno, 
Faisait ramper le ver. In fais naiire Teiacan 4 
Par degrés, lentement, on voit sons ton haleine 
La liberté sortir de l'berbe de la plaine, 
Dea pierres do chemin, des branches des forêts, 
Rayonner, convertir la science en décrets. 
Do vieil anivers mort briner la carapace, 
Emptir le fea qoi loit, l'eao qni bout, l'air qui. passe. 
Gronder dans le tonnerre, errer dans les torrenta^ 
Vivre ! et tn rends le monde impossible anx tyrans ! 
La malfèrp., aujoord'hoi vivante, jadis morte. 
Hier écrasait l'homme et maintenant remporte. 



ien germe à toate heore et la joie eo toat liea. 
sois 6ère, en ton cœar,toi qbi, soos Tœil de Dieo«, 
I prodigues les dons qae ton mystère épancbe, 
]ai regardes, comme une mère se penche 
* Yoir naître l*enfant qae son ventre a porté , 
)n flanc éternel sortir Thamanilé ! 

idée ! avatars bouillonnant dans les tètes! 

rogrès, reliant entr'elles ses conquêtes, 

le an point après l'antre , et conrt contagieux. 

et obscur amas de faits prodigieux (nomme,. 

ucun regard n'embrasse et qu'aucun mot ne 

ats plus frissonnant que Taigle, esprit deFhomme,, 

isant mœurs, cités, codes, religion. 

assé n'est que l'œuf d'oà ta sors, Lé^on ! 

itore 1 c'est là ta genèse sublime, 
l'éblouissement nous prend sur cette cime! 
londe, réclamant l'essor que Dieu loi doit, 
e ; et dès. à présent, grave, attentif, le doigt 
la bouche, incliné sur les choses futures, 
la création et sur les créatures, 
vague lueur dans son œil éclatant^ 
oyant, le savant, le philosophe entend 
\ l'avenir, déjà- vivant sons ses prunelles ^ 
alpitation de ces millions d'ailes ! 



Jersey. Mai H5i. 



% 



Î50 



1 



xm 



CHAMSON 



\ 



A qaoî ce proscrit pense-t-il ? 
A soD champ d*orge oo de Ititoe, 
A sa charroe , à son oatil , 
A la grande France abattue. 
Hélas ! le soavenir le tae. 
Pendant qu'on rente les Bapin 
Le paoYre exilé souffre et prie. 
— On ne peut pas vivre sans pain; 
On ne peut pas non plus vivre sans la patrie. 

L'ouvrier rêve Tatelier, 
Et le laboureur sa chaumière; 
Les pots de fleurs sur Tescalier, 
Le feu brillant, la vitre claire , 
Au fond le lit de la grand*mère. 

gnalre gros slands de vieux crépin 
n faisaient la coquetterie. 
_ On ne peut pas vivre sans pain ; 
On ne peut pas non plus vivre sans la patrie. 



2il 

En mai volail la moache à miel ; 
Qn voyait coarir dans les seigles 
tes moineaux , partageox do ciel ; 
Ils pillaient nos champs, ces espiègles» 
Tout Qomme s*i!s étaient des aigles, 
lin château do temps de Pépin 
Croulait près de la métairie* 

— On ne peut pas vivre sans pain ; 

On ne peut pas non plus vivre sans la patrie. -^ 

Avec sa Urne ooson maillet 
On soutenait enfants et femme ; 
De Taube au soir on travaillait 
Et ie travail égayait Tàme. 
O saint travail! lumière et flamme I 
De Watt, de Jac^uart, de Papin, 
La jeunesse ainsi fut nourrie. 

— On ne peut pas vivre sans paio ; 

On ne peut pas non plus vivre sans la patrie. — 

Lesjoursdefôte, rôovrier 
Laissait les soucis en foorrière ; 
Chantant les chants de février , 
Blouse au vent, casquette en arrière. 
On s'en allait à la barrière. 
On noMngeait un douteux lapin 
Et l'on buvait à ta Hongrie. 

— On ne peut pas vivre sans pain; 

On ne peot pas non plus vivre sans la patrie. — 

Les dimanches le paysan 
Appellait Jeanne ou Jacqueline , 
Et disait: — femme, viens- noos-en. 
Mets ta coiffe de mousseline ! 
Et l'on dansait sur la colline. 
Le sabot et non l' escarpin, 
Foulait gatmeot l'herbe fleurie. 

— Oa ne peut pas vivre sans pain ; 

Oa ne peut pas non plus vivre sans la palriei — 



i 



Les exilés t'en vont pensifs. 
Leur ftme, hélasl n'est plat entière. 
Us regardent roadiredw ifii 
Sor les fesees^^do eimetièns ; 
L'on songe à l'AHenegne iEttière« 
L'aotre en beaa pays trananlptn « 
L'autre à sa Pologne ebérie. 

— On ne peut pas viviveanenaiii; 

On ne peut pas non plus vivre sans la patrie. ^ 

Un proscrit, lassé dftsoolfrir, 
Mcorait; calme, il fermait son livre; 
Et je loi dis; « PeQr<)tioi mourir? »■ 
Il me répondit: « Poorquoi vivre? » 
Pois il reprit: « Je me délivre. 
. « Adieo ! je meors. Néron Scapia 
« Met aox fers la France flétrie...» 

— On ne peut pas vivre sans pain ; 

Oa MB peut pas non plus vivre sans la patrie. — 

« ...Je meurs de ne plus voir les cbémps. 

« Où je regardais Taobenattre, 

« De ne plus entendre les cbants 

• Que j'entçndaif de ma fenêtre. 

a Mon âme est où je ne puis être. 

« Sous qoalre planches de sapin , 

« Enterrez-moi dans la prairie. » 

— On ne peot pas vivre sans pain ; 

On ne peut pas non pins vivre ssms la patrie. — 



Jersey. Ami 1853» 



à 



35S 



XIV 



VliTIMik TERBA 



La conscieDce homaine est morte; dans l'orgie, 
Sar elle il s'accroupit; ce cadayre loi plait , 
Par moment, gai, vainquenr, la pronelle roosie, 
Il se retoaroe et donne à la morte on soufflet. 

La prostitution do loge est la ressoorce. 
Les prêtres font frémir rhqnnête homme éperdo ; 
Dans le champ do potier ils déterrent la boorse, 
Sibour reyend le Dleo qoe Jodas a vendo. 

Ils disent: — César règne , et le Dleo des années 
L'a fait son élo. People, obéis! to le dois. — (mées, 
Pendant qo'ils vont chantant , tenant leors mains fér- 
On voit le seqoin d'or qoi passe entre leors doigts. 

Oh ! tant qo'on le verra trôner, ce goeox, ce prince, 
Par le pape béni, monarqoe malancuin , 
Bans une main le sceptre et dans l'aotre la pince, 
Charlemagne taillé par Satan dans Mandrin ; 

Tant qu'il se yaotrera, broyant dans ses mâchoires 
Le serment, la verto, l'honneor religieox ; 
Ivre, affreox, yomissant sa honte sor nos gloires; 
Tant qu'on yerra cela soos le soleil des cieox; 



I 



2511 

Quand même srandirail Vabjeetion pabllqae 
A ce point d'adorer l'exécrable trompear : 
Qoand même l'Angleterre et même rAmerique 
Diraient k l'exilé: — Va-t-en! nons avons pear! 

^aand même nous serions comme la feaille morte, 
iaand, poor plaire à César, on nous rentrait tons; 
Jaand le proscrit devrait s'enfnire de porte en poHe, 
Âax hommes déchiré comme un haillon aax cloni, 

Quand le désert, où Dîeo contre l'homme proteale, 
Bannirait les bannis, chasserait les chassés; 
Qoand même , infâme aussi, lâche comme le reate» 
Le tombeau jetterait dehors les trépassés; 

Je ne fléchirais pas! Sans plaipte dana la boacbe. 
Calme, le deuil au cœur* dédaignant le treup^M, 
Je voua embraaserai dtfns mon exil faromshe» 
Patrie, ô mpn^açiiel ! liberté, mon drapeau ! 

Mes nobles compagnons, je giirde votre culte; 
Bannie, la République est là qui nons.unit. 
J'attacherai la gloire à tout ce qu'on insnito ; 
Je jetterai l'opprobre à tout ce qn!oQ bénit! 

Je wai* MQS le sac de cendre qui me couvre » 
La voix qui dit: malheur! la bouche qui dit : non I 
Tandis que tes valets, te montreront ton Louvre, 
Meiyje te montrerai, César, ton cabanon. 

Davani les tçahisons et les tètes courbées, 
Je croiserai les bras , indigué, mais sereiii. 
Sombre fidélité pour les choses tombées, 
Sois ma for^eetoa joie et mon pilier d'airaia! 

Oui , tant qu'il sera là, qu'on cèdjB ou qu'on* nartiale, 
O France 1 France aimée et qu'on pleure tooioarft , 
Je ne reverrai pas ta , terre douce et triste , 
Tombeaux de mes aïeux et nid de mes amaum>i 



255 

Je ne reyerrai pas ta rive qui noas tente, 
France! hors le devoir, hélas ! j'oabitrai tont. 
Parmi les éprouvés je planterai ma tente : 
Je resterai proscrit, voolant rester deboot. 

J'accepte Tâpre exil , n*eùt-il ni fin ni terme ; 
Sans cnercher à savoir et sans considérer 
Si qaelqa'un a plié qo'on aorait cra plas ferme. 
Et si plasiears s'en vont qai devraient demenrer. 

Si Ton n'est plos qoe mille, eh bien, j'en sois! Si mAme^ 
Us ne sont plos qoe cent, je btave encor Sylla; 
S'il en demeore dix, je serai le dixième; 
Et s'il n'en reste qo'on, je serai celui-là! 



Jersey. 9 décembre 18S9. 



MuU 



Temps folars!. vision sublime! 
Les peuples sont hors de l*abtme. 
Le désert morne est traversé. 
Après les sables, la pelouse ; 
Et la terre est comme une épouse» 
Et l'homme est comme un fiancé ! 

I>ès à présent rœil qui s'élève 
Voit distinctement ce beau rêve 
Qui sera le réel un jour ; 
Car Dieu dénoùra toute chaîne, 
Car le passé se nonmie haine, 
Et Tavenûr s'appelle amour! 

Dès à présent dans nos misères 
^^erme l'hymen des peuples frères ; 
Volant sur nos sombres rameaux, 
Gomme un frelon que l'aube éveille» 
Le progrès, ténébreuse abeille. 
Fait du bonheur avec nos maux. 



Oh ! voyez ! la noit se dissipe ; 
Sor le monde qoi s'émancipey 
OabHant Césars et Capots, 
Et sar les natioDS nobiles, 
S'ouvrent dans Tazar, immobiles. 
Les vastes ailes de la paii ! 

• 

O libre France enfin surgie ! 
O robe blanehe après Torgie ! 
O triomphe après les douleurs ! 
Le travail bruit dans les forges, 
Le ciel rit, et les rooses-gorges 
Chantent dans raabépine en fleurs ! 

La rouille mord les hallebardes. 

De vos canons, de vos bombardes. 

Il ne reste pas un morceau 

Qui sôit assez grand, capitaines. 

Pour qu^on poisse prendre aux fontaines 

De quoi faire boire on oiseau. 

Les rancunes sont effacées ; 
Tons les cœurs, toutes les pensées, 
Qu'anime le même dessein. 
Ne font plus qu'un faisceau superbe ; 
Dieu prend pour lier cette gerbe 
La vieille corde du tocsin. 

Au fond des cieox ua point scintille. 
Regardez, il grandit, il brille, 
Il approche, énorme et vermeil. 
O République universelle! 
Tu n'es encor que l'étincelle, 
Demain tu seras le soleil! 



25» 
U 

Fêtes dans les cités, fêtes dans les cainpà^nfes! 
Les cieQX o'ont plas d'enfers, les lois n'ont plas de ba- 
Oà donc est Técbafaad ? ce monstre a dispara. (gnes. 
Toot reDslt. Le bonheur de chacun est accfa 
De la félicité des nations entières. 
Plos de soldats Tépée an poing, plas de frontières, 
Pins de fisc, plos de glaive ayant forme de croix. 
L'Europe en rougissant dit : -^ quoi ! j'avais des rois ! 
Et rAmériqoe dit : — quoi ! j'avais des esclaves ! 
Science, art, poésîp, ont dissous les entraves 
De tout le genre humain. Où sont les maux soufferts?.. 
Les libres pieds de l'homme ont oublié les fers. 
Tout l'univers n'est plus qu'une famille unie. 
Le saint labeur de tous se fond en harmonie ; 
Et la Société, qui d'hymnes retentit, 
Accueille avec transport l'effort du plus petit; 
L'ouyrase du plus humble an fond de sa chaumière 
Émeut l'immense peuple heureux dans la lumière; 
Toute l'humanité, dans sa splendide ampileur. 
Sent le don que lui fait le moindre travailleur ; 
Ainsi les verts sapins, vainqueurs des avalanches. 
Les grands chênes remplis de feuilles et de branches, 
Les vieux cèdres touffus, plus durs que le granit. 
Quand la fauvette en mai vient y faire son nid, 
Tressaillent dans leur force et leur hauteur superbe, 
Toot joyeux qu'un oiseau leur apporte un brin d'her- 

(be. 
Radieux avenir. Essor universel] 
Epanouissement de l'homme sous le ciel! 



m 



O proscrits ! hommes de l'épreuve. 
Mes compagnons vaillants et doux, 
Bien des fois, assis près do fleuve, 
J'ai chanté ce chant parmi vous ; 



SM 



Bien des fois, qaand voas m'enteDdites, 
Plosiears m'ont dit : « Perds ton espoir. 
Nous serions des races maudites , 
Le Ht\ ne serait pas plas noir ! 

8oe Teot dire cette inclémence ? 
aoi ! le jaste a le châtiment ! 
La Yerta s'étonne et commence 
A regarder Dieu Cxement. 

Dien se dérobe et noas échappe. 
Qnoi donc! l'iniqaité prévaut! 
Le crime, voyant où Dien frappe, 
Rit d'un rire impie et dévot. 

Nous ne comprenons pas ses voiei. 
Comment ce Dien des nations 
Fera-t-il sortir tant de joies 
De tant de désolations? 

Ses desseins nous semblent contraires 
A l'espoir qui lait dans tes yeux... » 
— Mais qui dfonc, 6 proscrits, mes frères, 
Comprend le grand mystérieux? 

Qui donc a traversé l'espace, 
La terre, l'eau, l'air et le feu, 
Et l'étendue où l'esprit passe ? 
Qui donc peut dire : « J'ai vu Dieu! 

« J'ai vu Jéhova ! je le nomme ! 
« Tout à l'heure il me réchauffait! 
« Je sais comment il a fait Fhomme ! 
« Comment il fait tout ce qu*il fait ! 

« J'ai vu cette main inconnue 
« Qui lâche en s'ouvrant l'âpre hiver, 
« Et les tonnerres dans la nue, 
• Et les tempêtes sur la mer. 



I 



« Tendre et ployer la noit livide ; 
« Mettre ane âme dans l'embryon ; 
« Appuyer dans l'ombre da yîde 
« Le p61e do septentrion ; 

« Amener Theare où toot arrive ; 
« Faire ao banquet do roi fêté 
-« Entrer la mort, ce noir conviye. 
« Qoi vient sans qa*on Tait invité ; 

« Gréer l'araignée et sa toile, 
« Peindre la flear, mûrir le froit , 
« Et sans perdre nne seole étoile 
■^ Mener tons les astres la noit ; 

s' 

^ Arrêter la vagoe à la rive ; 

« Parfumer de roses l'été ; 

« Verser le temps comme une eaa vive 

■• Des ornes de Téternité; 

« B'on souffle, avec ses feox sans noknbre» 
^ Faire, dans toute sa baoteur, 
« Frissonner le firmament sombre 
« Gomme la tente d'un pasteor ; 

« Attacher les globes aux sphères 
« Par mille invisibles liens ;. . . 
« Tootes ces choses sont très-claires, 
« Je sais cemment il fait! j'en viens ! » 

Qoi peotdire cela? personne. 
Moit SOT nos cœurs ! noit sur nos yeox! 
L'homme est on vain clairon aoi sonne. 
Dieo seol parle aox axes des deox. 



Sa 



1 



:f» 



IV 



Ne doutons pas! croyons! la Qn c'eff^e mysière. 
Attendons. Des Né^ns comme de la panthère, 

Dieo sait briser la dent. 
Dieu nons essaie, amis. Ayons foi, soyons calmes, 
Et marchons. O désert! s^il fait croître d^.pidmes,. 

(Te/st dans ton sable ardent ! ' ' 

Parce (la'il ne fait pas son oeavrie to.nt^e ^nite, 
Qa'il livre ^onie ^a prêtre et J^sas.aii: jj^nite, 

Et les bons aiii méchant, 
Noos désespèreriops ! de lai ! du juste impose ! 
lion! non! loi seal connait le nom dé là semence 

Qai germe dans sQn cbs^mp. 

Ne possède-t-il pas toute la certitude 1 

Dieu ne remplit-il pas. ce ipoiiide, qptre étude, 

Du Nadir au Zenith ? 
Notre i^ges^e auprès de la sieiwe est déipence ; 
Et n'est-ce pas a lui que la r? irlè copam^Qce, 

Etquerombrefinji? 

Ne voit-il pas ramper les hydres sur leurs ventres V 
Ne regarde-t-ii pas Jusqu'au fo|id dejew^antres 

Atlas et Pelion ? 
Ne connalt-il pas l'heure où la cicogne eoûgre ? 
Sait-il p^s ton entrée et ta sortie, 6. tigre, . 

Et ton antre, 6 lion? 

Birop^lle, réponds, aide à Taile sanpre. 
Parle, .^vez-rous des nids que rEteroel Ipiore ? 

cerf, quand l'jis tu fui? 
Benard, ne vois tu pas ses yeux dans la broossaille t 
liOup, quand tu sens la nuit une herbe qui treseaille» 

Ne dis-tu pas : c'est lui ! 



Paisqo'il sait toot cela, paisqa'il peat toote chose, 
Que ses doigts font jaillir tes effets de la caase 

Gomme QD noyaa d'an frait, (bre» 

Pais^a'il peut mettre an ver dans les pommes de l^ar- 
£1 Caire disperser les colonnes de marbre 

Par lèvent de la noit; 

Paisqa'il bat l'océan pareil ao bœof qai beogle, 
Paisqa'il est le voyant et que l'homme est Taveagle , 

Puisqu'il est le milieu, 
Paisqae son bras nous porte, et paisqae à son passage 
La comète frissonne ainsy qu'en une cage 

Tremble une étoape en feo ; 

Poisqae l'obscare nuit le connaît, paisqne l'ombre 
Le voit, quand il loi plaît, sauver la nef qui «ombre. 

Comment deaterions • nous, 
Noos qui, fermes et purs, flers dans nos agonies, 
Sommes debout devant toutes les tyrannies, 

pour loi seul, k genoux ! 

(itime, 
D'ailleurs pensons. Nos jours sont des jouiis d'amer- 
Mato quand nous étendons les bras dans cette brmne, 

Noos sentons une main; (marbre, 

Quand nous marchons, courbés, dans l'ombre du 
Nous entendons (|nelqu*un derrière nous nous dire : 

C'est ici le chemin. 

O proscrits, l'avenir est aux peuples ! Paix, j^loire. 
Liberté, reviendront sur des chars de victoire 

Aux foudroyants essieux ; 
Ce crime qui triomphe est fumée et mensonge ; 
Voilà ce que je puis affirmer, moi qui songe 

L'oéil fixé sur les cieux! 

Les césars sont plus fiers que les vagues marines, 
Mais Dieu dit : — Je mettrai ma boucle en leurs oa- 

Et daiisleur bouche an mors, (rlnes, 

Et je les traînerai, qu'on cède ou bien qu'on lutte, 
£ax et leurs histrions et leurs joueurs de flûte , 

Dans l'ombre où sont les moctAl 



Diea dit ; 1 1 le granit que foatatt lear semeUe 1 

S'écroale, et les voilà disparus pèle -mêle i 

Dans leurs prospérités ! 
AqniloDl aqaiion! qui viens battre nos portes, 
On! dis-noos, si c'est toi, sonflOid, qai les emportes, 

Où les as-ta jetés? 



Bannis! bannis! bannis! c'est là la destinée. 
Ce qu'apporta le flax sera dans la joarnée 

Repris par le reflux, (bre. 

Les jours mauvais fuiront sans qu'on sache leur nom- 
Et les peuples joyeux et se pencnaut sur l'ombre,* 

Diront : cela n!,e8t plus ! 

Les temps heureux luiront, ^on pour la seule France , 
Mais pour tous. On verra, dans cette délivrance, 

Funeste au seul passé , 
Toute l'humanité chanter, de (tours couverte, 
Gomme un maître qui rentre en sa maison déserte. 

Dont on l'avait chassé. 

Lès tyrans s'éteindront comme des météores. 
Et, comme s'il naissait de la nuit deux aurores 

Dans le même ciel bleu, (mes. 

Nous Vous verrons sortir de ce gouffre où nous som- 
Méiani vos deux rayons, fraternité des hommes, 

Paternité de Dieu ! 

Oui, je vous le déclare , oui, je vous le répète, 
Car le clairon redit ce que dit la trompette, 

Tout sera paix et jour! 
Liberté! plus de serf et plus de prolétaire ! 
O sourire d'en haut! 6 du ciel pour la terre 

Majestueux amour ! 



^ 



L'arbre saiot da Progrès, autrefois chimérlqae, 
Grottra, couvrant TEarope et cooYrant l'Amérique, 

Sar le passé détruit, 
Et laissant TEther par laire à travers ses branches , 
Le jour, apparaîtra plein de colombes blanches, 

Plein d'étoiles, la naît. 

Et noQs qai serons morts, morts dans l'exil peot-ètre. 
Martyrs saignants, pendant qne les hommes, saûs mat- 

Vivront, pins fiers , pins beaax , (tre, 

Sons ce grand arbre, àmoar des cieax qu'il avoîsine, 
]Nous nous réveillerons pour baiser sa racine 

An fond de nos tombeaox ! 



(^ 



r 



Jersey. Sî'pUm\Tt ^853, 



\ 



NOTES 



NOTE PREMIÈRE. 
Ecrit en descendant de la tribune le 11 juillet 1851 

( Livre IV, page 117.) 



Le 17 jaiilet 1851, on débattait à l'Assemblée natio- 
nale la révision de la Gonstitation. Il est bon de jeter 
aojoard'hai an coap-d'œil rétrospectif sar cette latte. 
L'aatear de ce livre resta quatre heures à la tribune. 
Son discours remplit la séance. On peut le relire toot 
entier dans le recueil complet de ses discours publié 
en deux volumes à Bruxelles , sous ce titre: Œuvres 
oratoires de Victor Hugo. Nous en extrayons , pour 
l'enseignement et la méditation du lecteur, ce qui 
suit : 



« Mais des publicistes d'une autre couleur, des jour- 
naux d'une autre nuance, qui exprimentbien incontes- 
tablement la pensée du gouvernement, car ils sont ven- 
dus dans les rues avec privilège et à l'exclusion de 
tous les antres; ces journaux nous crient: 

• Vous avez raison ; la légitimité est impossible, la 



S<8 

monarchie de droit divin et de principe est morte ; 
mais l*aatre, la monarciiie de gloire, T empire, celle-là 
est non-sealement possible, mais nécessaire. » 

« Voilà le langage qo'on nous lient 

« Ceci est Tantre côlé de la qaeslion monarchie. 
Examinons. 

« Et d'abord , la monarchie de gloire , dites-Yoas! 
Tiens! voas avez de k fil^ire? Montrez-nons-lal (Hila» 
rite,) Je serais carieox de voir de la gloire sons cegoa- 
vemement-ci ! {Rires et applatidissemefUs àgauehe,)De 
la gloire qaî soit à vous ! 

> Voyons! votre gloire, où est-elle? Je la cherche. Je 
regarde aetonr de moi; de cjooi.se compose-t-elle ? 

« M. LEPIC. — Demandez a votre père! 

« M. VICTOR HUGO. — - Qocls en sont les éléments? 
Qa'est-ce que j*ai devant moi? Qa'est-ce qae nois 
avons devant les yeox ? Tontes nos libertés prises aa 
piège l'une après ra«lre et garottées; le saffra^e-onl- 
versel trahi , livré, motilé ; les programmes socialistes 
aboutissant à une politi<^ae jésaite ; pour gonverne- 
ment, une immense intrigue (mous^emenO, Thistoire 
dira peut-être un complot, i^ive iensc^tion.) Je ne sais 
quel sous-entendu inouï qui donne à la République 
1 empire pour but , et qui fait de cinq cent mille fonc- 
tionnaires une sorte de franc-maçonnerie bonapartiste 
an milieu de la nation! toute réforme ajournée ou ba- 
fouée, les impôts improportionnels et onéreux an peu- 
ple maintenus ou rétablis , Tétat de siège pesant sur 
cinq départements, Paris et Lyon mis en surveillance, 
ramnistie refusée , la transportation aggravée, la dé- 
portation votée, des gémissement à la kasbah de 
8ène, des tortures à Belle-Isie , des casemates où l'on 
ne veut pas laisser pourrir des matelas , mais où on 
laisse pourrir des honimes («ètuafion)!.... la presse 
traquée, le jury trié; pas assez de justice et beaucoup 
trop de police ; la misère en bas, ranarchie en b^ut ; 
^arbitraire , la compression , riniqaité ! Au dehors , 
le<^adavre de la République romaine. (Bravos à gau- 
che,) 

« VOIX A BEOiTB. — G'est le bilan de la République. 

« w. LB paÉsiDBNT. — Laîssez donc: n'interrooipez 



26f 

pas. Gela constate qae la tribune est libre. Continaez. 
{Très-bien! très-bien! à gauche.) 

« M. CHARRAS. — Malgré vous. 

« M. VICTOR HUGO. — La potence , c'est-à-dire 

rAotriche {mouvement) debout sar la Hongrie, sur ta 
Lombardie,sar Milan, sar Venise; la Sicile livrée 
aox fusillades : l'espoir des nationalités dans la 
France détruit; le lien intime des peuples rompu; 
partout le .droit foulé aux pieds , au Nord comme 
anMidi^à Gavsel comme à Palerme: une coalition 
de rois latente et qui n'attend que l'occasion; no- 
tre diplomatie muette , je ne veux pas dire com- 
plice; quelqu'un qui est toujours lâche devant quel- 
qu'un qui est toujours insoleot; la Turquie laissée sans 
appui contre le czar et forcée d'abandonner les pros- 
crits ; Kossuth agonisant dans un cachot de l'Asie Mi- 
neur^ ; voilà où nous en sommes! La France baisse la 
Jète , Napoléon tressaille de honte dans sa tombe , et 
cinq pu s x mille coquins crieat: f^ive V empereur! Est- 
ce tont cela que vous appelez votre gloire, par hasard? 
{Profonde cogitation.) 

« M. DE LADBVANSAYE. — G'ost la République qui 
nous a donné tout cela ! 

<« M. LE PRÉSIDENT. — G*est aussi au gouvernement 
de la République qu'on reproche tout cela ! 

« M. VICTOR HUGO. — Maintenant, votre empire^cau- 
sons-en, je le veux bien. {Rires à gauche.) 

" M. VIEILLARD (1). — Personne n*y songa , vous le 
savez bien! 

• M. VICTOR HUGO. — Mess*eors, des murmures tant 
que vous voudrez, mais pas d'équivoques. On me crie: 
Personne ne songe à l'empire. J'ai pour habitude d'ar- 
racher le^ masques. 

« Personne ne songe à l'empire , diles-voùs ! Que 
signifient donc ces cris payés de : Vive l'empereur ? 
Une simple question : Qui les paye ? 

« Personne ne songe à l'empire, vous venez de l'en- 
tendre ! Que signifient donc ces paroles du général 
Cbangarnier, ces allusions aux prétoriens en débauche 

(1) Aujourd'hui sénateur. 30,000 francs par an. 
8 c 



applaodies par voos ? Que 'signifient ces paroles de 
M. Thiers, également applaudies par y cas : L'empire 
est fait ? 

« Qae signifie ce pétitîonnement ridicule et me&dié 
pour la prolengation des pouvoirs ? 

« Qu'est-ce cfue la prolongation, s'il vous plaît ? C'est 
le consulat à vie. On mène le consulat à vie? A l'em- 
pire! Messieurs , il y a là une intrigue! Une intrigue! 
vous-drs-je. J'ai 4e droit de la fouiller. Je la fouille. Al- 
lons ! le grand jour sur tout cela ! • ' 

« Il ne faut pas que la France soit prise par surprise 
et se trouve, un beau matin , avoir un empereur sans 
savoir pourquoi ! (Applaudissements.) 

« Un empereur! Discutons un peu la prétention. 

• Quoi ! parce qa'il y a eu un homme qui a gagné la 
bataille de Marengo , et qui a régné , vous voulez ré- 
gner, vous qui n'avez gagné que la bataille de Satory! 
{Rires.) 

« M. FF.RDINAND BAEEOT (1). — Il y a tfois aus qu'U 
gagne une bataille : celle de l'ordre contre l'anarchie. 

« M. VICTOR HUGO. — Quoî ! parce que , il y a dix 
siècles de cela , Gharleraagne , après quarante années 
de gloire, a laissé tomber sur la face du globe un scep- 
tre et une épée tellement démesurés que personne 
ensuite n'a pu et n'a osé y toucher, — et pourtant il y 
a eu dans l'intervalle des hommes qui se sont appela 
Philippe- Auguste , François I«^ Henri IV, Louis XIV ! 
— Quoi! parce que mille ans après, car il ne faut |>as 
moins d'ane gestation de mille années à l'humanité 
pour reproduire de pareils hommes ; parce que, mille 
ans après , un autre génie est venu, qui a ramassé ce 
glaive et ce sceptre, et qai s'est dressé debout sur le 
continent, qai a (? il l'histoire gigantesque dont l'éblouis- 
sèment dure encore, qui a enchatoé la Révotution en 
France et qui t'a déchaînée en Europe, qui a donné à. 
son nom, pour synonymes éclatants, Rivoli, Iéna,Es- 
sling, Fhedlaod, Montmirail ! Quoi ! parce que, après 
dix ans d'une gloire immense, d'une gloire presque 
fabulease à force de grandeur, il a, à son' tour, laissé 

(i) Aajourd hni sénateur. '^0,QQ^iI^A&% ^^t an. 



tomber d'épaisement ce sceptre et ce glaive qoi a- 
valent accompli tant de choses colossales, vous venez, 
voQs, vous vonlçz, voQS, les ramasser après lai, comme 
il les a ramassés , lai, Napoléon , après Charlemagne, 
et prendre dans vos petites mains ce se»ptre des litansj 
cette épée des géants! Pourquoi faire? {Longs appiau- 
dUiements.) Qaoi! après Aogaste, Aagastole! Qaoïr 
parce qae noas avons ed Napoléon le Grand, il faot . 
qoe nous ayons Naf)oléon le Petit! (La gauche qp- 
plaudtt, la droite crie. La séance est interrompue pen- 
dant plusieurs minutes. Tumulte Huxprimable. ) 

« À gàoche. — - M. le président , nous ^Vons écouté ' 
M. Berryer; la droite doit écouter M. Victor Hago. 
Faites taire la majorité. 

« M. sàyatibr-laroche. — On doit le respect aux 
grands orateurs. {;A gauche: três^kim!) 

« M. DE LA MOSKOWA (t). — M. le président devrait . 
faire respecter le gouvernement de la Répobliquedans 
)a personne du président de la République. 

« M. LEPIC (3). — On déshonore la République! 

• M. DE LA MOSKOWA.— Ces messieurs crieni: Five 
/a i{^pu&%ii«! et insultent le président 

« M. EtNEST DE GiRAtDiN. --«Napoléon Bonaparte 
.a eu six millions de suffrages; vous insultez l'élu da 
peuple! (,yive agitation au banc des ministres.-^Iliî. le 
président essaye en vain de se faire entendre au milieu 
du bruit) 

• DE LA MosKOWA. — Et , sor les bancs des mini- 
stres, pas un mot d'indignation n'éclate à dépareilles 
paroles! 

« M. BAROCBE, ministre des affaires étrangères (3).— 
Discutez, mais n'insultez pas. 

«M. LE PRÉSIDENT.— Voas avcz le droit de contester 
rabrogalion de Part. 45 en termes de droit, mais vous 
n'avez pas le droit d'insulter! (Les applaudissements 



(1) Aujourd'hui sénateur. 30,000 francs par an. 
(S) Aiypurd'huî aide-de-camp de l'empereur. 
(3) Aujourd'hui président du conseil d'Etat de l'em- 
pire. 150,000 francs par an. 



171 

de Vexiréme çûuehe redotiblent et couvrent la voix ii 
M. U président) 

• M. LB MINISTRE DES ÀFFAIEES ÉTRANCiERBS.— VOOS 

discutez des projets qa'on n'a pas ! et toqs insoiteil 
{Les applaudissements de Vexiréme gauche continushl) 

« UN MEMBRE DE L'BXTRÈMB GAUCHE. — Il fallait 

défendre la République hier quand on rattaonait! 

• M. LE PRÉSIDENT. —L'opposition R affécte de coa* 
Trir d'applaudissements et mon observation et celle 
de M. le ministre, que la mienne avait précédée. 

« Je disais à M. Victor Hugo qu'il a parfaitement le 
droit de contester la convenance de demander la ré- 
vision de Tart. 45 en termes de droit, mais qu'il n'a 
pas le droit de discuter , sous une forme îcsoltante, | 
une candidature personnelle qui n'est pas en jeu. 

« VOIX A l'extrême gauche. — Mais si, elle est en 
jeu. 

« M. CHARRA8. — - VOUS i'avez VU voQs-mème , à 
Dijon, face à face. 

« M. LE PRÉSIDENT.— 'Je VOUS rappelle à Tordre ici, 
parce que je suis président; à Dijon, je respectais les 
convenances, et je me suis ta. 

« M. CHARRAS. — Qn uo los S pas respectées envers 
vous. 

« M. VICTOR HDGO. —Je répouds à M. le ministre et 
à M. le président, qui m'accusent d'offenser M. le pré- 
sident de la République, qu'ayant le droit constitotioa- 
nel d'accuser M. le président delà République, j'en use- 
rai le jour où je le jugerai convenable, etje ne perdrsl 
pas mon temps à l'offenser; mais ce n'est pas l'offen- 
ser que de dire qu'il n'est pas un grand homme, {f^ivet 
réclamations sur quelques bancs de la droite.) 

« M. RRiFFAULT.— Vos losultes ne peuvent aller jus- 
qu'à lui. 

« M. DE CACiLAiNGOURT. — Il y R dcs iojures qui ne 
peuvent l'atteindre, sachez-le bien ! 

« M. LE PRÉSIDENT. — Si VOUS coDtiuuez uprès mon 
avertissement, je vous rapellerai à l'ordre. 

« M. VICTOR HUGO. — Voict co quo j'ai à dire, et 
M. le président ne m'empêchera pas de compléter mon 
explication, {f^ive agitation,) ^ 





]« Doat denuadoDS à H. le préiid<Dt retppn- 
la Répoblfqae, ce que doue atlendoDs de lai, 
LCiiuai'DDBledroild'Bll«DdrefflÂDeiBentdaliii, 
pu qu'il tieone le pODToir bd gnad homms, 
il le quiUe ea hoBnële bomme. 
ccHK. — Trèi-bien I Irès-bieo ! 
Luy (t). — nelecabmmeqpaseQalteBdwttl' 
icTOB Hueo. — C«ax qai l'offetwent , ce *DDt 
■WHnaisqai laiMenl eBUDdreqoe le deaxième 
le de nui il ne qoittera pas le pouvoir pare- 
BiiniJemaat, connue il le doit, à moins d'Être 
ieax. 

. A GiucBB. — El DB parjure! 
iBiLLABD (9). — Ce sont - là des calooiaiei ; 
ir Hugo le sait bien. 

icToa HUGO.— UeHieara de la Majorité, vous 
iprimélaliberlé delà preste ;voulei-voaiaap- 
la liberlé de la Iribuoe? (AfMtvemml.] Je ne 
s deniaDder de la faveur , je viens demander 
nobiae. Le soldat au'ao empëcba de faire son 
riseson épée; si la liberté de la trlbaoeeit 
iles-le-mui, aSo que je brise mon mandat. Le 
la tribaoe ue sera plos libre, j'en descendrai 
' plus remoDter. {A droite. Le beaa malbenrl) 
aesaai liberté n'est aecepiaUe qoe pour l'ara' 



I diBDJté {Profonde tetualion.) 
lieol si la tribooeesl respectée, ja ' 



,,a vaisvoir. Je 
^ non! après Napoléon le Grand, je ne vinx 
iapoléonlePelitl 

is, respectezIesgraDdes choses. Trè veaux paro- 
Il qu'on paiaiemettreiinalgleiDrlesdrapeaax, 
'abord avoir on aigle aax Toilerioa ! Où est 
Longs apptaadûtêmenU.) 
ËON FiucHEB. — 'L'orateor iosaltele président 
publique. (Oui/ oui.' à droite.) 
E pBËsiDENT. — VoDs offcnseï le président de 



iaRépQbliane. —{Oui! oui! à droite. — di. A< 
gesticule vivement.) 

« M. VICTOR BDGO. — Je repreùds : 
« Messieurs , comme tooi le moDde , coi 
toQs, j'ai teoa dans mes mains ces joarDaus 
ciiore8,ces pamphlets impéfialistesoQcésari 
me on dit aojoard'iiaî. Une idée me frappe, 
impossible de ne pas la commaniqaer a l'A 
{Immente agitation; V orateur pour euil'i ) Oi 
impossible de ne pas la laisser déborder de 
Assemblée. Qae dirait ce soldat, ce grand si 
France, qui est couché là, aux Invalides, et 
duqael on s'abrite, et dont on invoque si soi 
étrangement le nom; que dirait ce Napo 

{>armi tant de combats prodigieux, est allé, à 
ieues de Paris, provoquer la vieille barbai 
vite à ce grand duel de 1812? Due dirait c 
esprit, qui n'entrevoyait qu'a vechorreur la 
d'une Europe cosaque, et qui, certes, <]ueU 
sent ses instincts d'autorité, lui préférait l'i 

Kublicaine; que dirait-il, lui! si, du fond de 
eau, il pouvait voir que son empire, son g 
belliqueux empire, a aujourd'hui pour pai 
pour apologistes, pour théoriciens, et pour r< 
teurs, qui ? des hommes qui, dans notre épo( 
nante et libre, se tournent vers le Nord ai 
sespoir qui serait risîble, s'il n'était monstn 
hommes qui, chaque fois qu'ils nous enten 
noncer les mots démocratie, liberté, hnmi 

Î;rès, se couchent à plat ventre avec terreur 
ent l'oreille contre (erre pour écouter s'il 
dront pas en6n venir le canon russe! 

« {Longs applaudissements à gauche, d 
droite. —Toute la droite se lève et couvre de t 
dernières paroles de l'orateur. -^ A V ordre! 
à Vordre!) 

« {Plusieurs ministres se lèvent sur leun 
protestent avec vivacité contre les paroles de 

(1) Aujourd'hui ministre de la justice de 
190,000 fr. par an. 



I 



m 

- ^ Le tumtitte va croissant. — Des apostrophes vto(m- 
4es sont lancées à Vorateur par un grand nombre de 
'^nembres, — âiM, Bineau (1), le général Gouraaud et 
plusieurs autres représentants siégeant sur Us pre- 
iniers bancs de la droite se font remarquer par leur 
animation.) 

• M. LE MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES (3). — 

^ons savez bien que cela n'est pas vrai ! Ao doiii de la 
France, nous protestons ! 

« M. DE RANGÉ (3). — NoQs demandons le rappel à 
l'ordre. 

« M. DE cRousEiLHES, ministre de VinstructUm pu' 
hlique (4) — Faites une application personnelle de vos 
paroles ! A qui les appliqaez-vons ? Nommez ! nommez! 

«M. LE PRÉSIDENT. — Je VOUS rappelle à Tordre, 
M. Victor Hago, parce qae, malgré mes avertisse- 
ments, voQs ne cessez pas d'insolter. 

« QUELQUES vcix A DROITE. — C'cst Qu insoltear à 
gages! 

• M. CHAPOT. -> Qae Toraleor nons dise à qui il 
s'adresse. 

• M. DE STAPLANDE. — Nommez ceux qae vous ac- 
cusez, si vous en avez le conrage! {Agitation tumul- 
tueuse,) 

« Toix DIVERSES À DROITE. — VoQs ètes UB infâme 
calomniatear. — C'est une lâcheté et une Insolence. 
{A r ordre! à Vordrel) 

« M. LE PRÉSIDENT. ^ Avoc le broit qoe voas faites, 
TOUS avez empêchez d'entendre le rappel à Tordre qae 
j'ai prononcé. 

« M. VICTOR HUGO. — Je demande à m'expUqner. 
{Murmures bruyants et prolongés,) 

(1) Anjoard'hai sénateor, 30,000 francs, et ministre 
, des finances de Tempire, 1 90,000 fran es ; total, 1 50,000 
^ francs par an. 

(9) Le même Baroche. 
' (3) Aojoord'hui commissaire - général de police. 
* 40,000 fr. par an. 

(4) Anjoard'bai sénatenr. 30,000 fr. par an. 



• M. DE BEi€KBRiiN (1). — Lalssez, laîssez-l 
•a pièce. 

«M LÉON FAUCHER, minûtre de ^{«to'Hf ter. — 
tour... {Interruption à ^aucAe.) L'orateur... 

« A GAOCBB. — VoQS u'avez pas ia parole ! 

« M LE PRÉSIDENT. — Laîssez M. Victor Ha{ 
pliquer. Il est rappelé à l'ordre. 

«M. LE MINISTRE DE L'INTÉRIEUR. — Gommei 

sieurs, qd orateur pourra insulter ici le prési 
la République... {Bruyante interruption à gaue 
« M. VICTOR HUGO. — Laissoz-mei m'explique 
yofts cède pas la parole. 

• M. LE PRÉSIDENT. — Vous u'avez pas la pai 
n'est pas à vous à faire la police de l'As» 
M. Victor Hugo est rappelé à l'ordre ; il den 
s'expliquer ; je lui donne la parole, et vous ren 
police Impossible si vous vouiez usurper mei 
lions. 

• M. VICTOR HUGO. — MessIeurs, vous allez 
danger des interruptions précipitées. {Plus hen 
hautl) J'ai été rappelé àl'ordre, et un honorablt 
bre que je n'ai pas l'hOtMieur de connaître... 

« M. BouRBoussoN. — G'ost moi, M. Bourbon 

• M. VICTOR HUGO. •— Dît qu'li faudrait m'inf 

CCrDS'UTe. 

« VOIX A DROITE* — Oui ! oui! 

• M. VICTOR HUGO. — Pourquoî? Pour avoir < 
comme c'est mon droit... {Dénégation adroite.) 
avoir qualiûé les auteurs des pamphlets ces 
{Réclamations à droite. — M. Victor Hugo se 
vers le sténogr<»phe du Moniteur et lui demand 
munication immédiate de laphrase de son disco 
a provoqué V émotion de V Assemblée.) 

« VOIX A DROITE. — M. Vîctor Hugo n'a pas I 
de faire changer la phrase au Moniteur. 

« M. LE PRÉSIDENT. — L'Asseipbiée s'est s< 
contre les paroles qui ont dû être recueillies 
sténographe du Moniteur, Le rappel à l'ordre i 
que à ces paroles, telles que vous les avez pron< 

(1) Sénateur. 30,000 francs par an. 



«7 

et qu'elles resteront certainement. Maintenant, en 
voas expliquant, si vons les changez, T Assemblée sera 
juge. 

(^ M. VICTOR HUGO. — Gomuie le sténographe duMù* 
niteur les a recaeillies de ma boache... {Interruptions 
diverses.) 

« PLUSIEURS MEMBRES. — Vons les avez changées! 

— Vons avez parlé an sténographe! {Bruits confits.) 

« H. DE PANAT ET AUTRES MEMBRES. — VOQS U'RVeZ 

rien à craindre. Le9 paroles paraîtront an Moniteur 
'éomme elles sont sorties de la bouche de ToFateor. 

* H. TicTOR HUGO.— Messieurs, demain quand vons 
lirez le Moniteur.., {Rumeurs à droite), quand vous y 
lirez celte phrase que vons avez interrompue et que 
vous n'avez pas entendue, cette phrase dans laquelle 
je dis que Napoléon s'étonnerait, s'indignerait de 
voir que son einpire, son glorieux empire, a aujoor- 
d'hni pour théoriciens et pour reconstructeurs, qui ? 
des hommes qui, chaque fois que nous prononçons les 
mots démocratie , liberté y humanité ^ progrès, se cou- 
chent à plat ventre avec terreur et se collent l'oreille 
contre terre pour écouter s'ils n'entendront pas enfin 
Yenir le canon russe... 

* VOIX A DROITE. — A qui appliquez-vous cela ? 

« VOIX A GAUCHE. — A Romieu! au Spectre rouge! 
« M. VICTOR HUGO.— J'ai été rappelé à l'ordre pour 
cela ! 

« M. LE PRÉSIDENT, à M. VictOT Hugo. — VoUS DO 

pouvez pas isoler une phrase de votre discours entier. 
£t tout cela est venu à la suite d'une comparaison in- 
sultante entre l'empereur qui n'est plus, et le prési- 
dent de la République qui existe. {Agitation prolongée, 

— Un grand nombre de membres descendent dans l'hé- 
tnieycle; ce n'est qu*avec peine que, sur VordredeM, le 
président, les huissiers font reprendre les places et ra- 
mènent un peu de silence.) 

« M. VICTOR HUGO. — VoQs reconnaîtrez demain la 
vérité de mes paroles. 

« VOIX A DROITE. — * VOUS Rvoz dit: Fous. 

* M. VICTOR HUGO. — Jamais, et je le dis du haut de 
^ette tribune, jamais il n'est entré dans mon esprit aa 



378 

teol instant de les adresser à qoi qae ce soit da 
FAssemblée. (Réctamation^ et rires bruyanU àiiroit 
a M. LE PRÉSIDENT. — Aiors l'insolte reste toot e 
tière poor M. le président de la RépoMique. 

• M. DE HBECKEBBN {l)'" S'il DO s'Sgît paS de HOI 

pourquoi noas le dire, et ne pas réserver la chose po 
VEvéument^ 

• M. YicTOR HCfiO, Si toumatit vers Jf. le préside 
— Ce n'est pas do président de la République qi 
s'agit maintenant ! 

• M. LB PRÉSIDENT. «- Voos Tavez trallié aussi 1 
que possil^le... 

« M. VICTOR HDGO. — Ce n'est pas là la question 

• M. LE PRÉSIDENT. — Dttes que voos n'avez \ 
voulu insu t(*r M. le*piésident de la République di 
votre parallèle, à la bonne heure! {L'agitation c« 
(tntie; des apostrophes d'une extrême violence st 
adressées à l*orateur et échangées entre plusie\ 
membres de droite et de gauche,) 

• {M. Ufebvte Durufiéy s* approchant de la tribu 
remet à V4>rateur une feuille de papier qu'il le prie 
Hre.) 

> M. VICTOR HUGO, aprês avoir lu. — On me transr 
^obs^rvation que voiei, et à laquelle je Vais doo 
immédiateBieDt satisfaction. Voici : 

« Ce qoi a révolté TAssemblée, c'est que voai 
dit votw, et que vous n'avez pas pailé indirectenr 

« L'auteur de cette observation reconnaîtra di 
en lisant le Moniteur ^ que je n'ai pas dit vous, qi 
parlé indirecten.ent, que je ne me sois adressé 
aonne directement dans l'Assemblée, et je ré] 
je ne m'adresse à personne. 

> Faisons cesser ce malentendu. 

• VOIX A DROITE. — Bien ! b'eo ! Passez outi 

• M. LE p^iÉsiDENT. ^ Faitos sortîr l'Asseï 
l'état ou vous l'avez mise. 

• Messieurs, veuillez faire silence. 

• M. VICTOR HUGO. — Yous llrez demain le 
qui a recueilli mes paroles, et voos regreU 

(1) Sénateur. 



>7f 

précipitation. Jamais je n'ai songé on seul jinsijint .à 
un seal membre de cette Assemblée, je le déclare, et 
je laisse pon rappel à l'ordre sar la conscience de M. 
le président {Aïouvement — Très bien! très bien!) 

« Encore un instant et je descends de la* tribaqe. 
(Le silence se rélabiit sur tous les bmcs. Voraieurse- 
tourne vers la droite.) 

« Monarchie légitime, monarchie impériale ! qu'est- 
ce que vous nous voulez? Nous sommes les hommes 
d'qn antre âge. Pour noos, il n'y a de fleurs de lia 
qu'à Fontenoy, et il n'y a d'aigles qu'à Eylau et à 
Wagram. 

« Je vous l'ai déjà dit^ vous êtes le passé. De quel 
droit mettez vous le présent en question ? qu'y a t-il 
de commun entre vous et lui ? Contre qui et pour qui 
Vous coalisez-vous? Et puis que signifie cette coalition? 
Qu'est-ce que c'est que cette alliance? Qu'est-ce que 
c'est que cette main de l'empire que je vois dans la 
main de la légitimité? Lé|;itimistes, rem()ire a tué le 
ducd'Enghien! Impérialistes, la légitimité a fusillé 
MQT»i\{P'iveimp)re8sion.) 

a Vous voiis touchez les raâi.ns ; prenez garde, vous 
mêlez des tâches de sang ! [Sensation.) 

« Et puis, qu'espérez- vous ? détruire la République? 
Vous entreprenez là une besogne rude. Y avez-vous 
bien songé? Quand un ouvrier a travaillé dix- huit 
beures, quand un peuple a travaillé dix-huit siècles^ 
et qu'ils ont enfin l'un et l'autre reçu leur paiement, 
allez donc essayer d'arracher à cet ouvrier son salaire 
et à ce peuple sa république! {Jpplaudissements.) 

« Savez-vous ce qui fait la République forte? savez- 
vous ce qui la fait invinc'ble ? savez-vous ce qui la fait 
indestructible? Je vous l'ai dit en commençant, et en 
terminant je le répète, c'est qu'elle est la somme du 
labeur des générations, c'est qu'elle est le produit 
accumulé des efforts antérieurs, c'est qu'elle est on 
résultat historique autant qu'un fait politique, c'est 
qu'elle fait pour ainsi dire partie du climat actuel de 
la civilisation ; c'est qu'elle est la forme absolue, su- 
prême, nécessaire, do temps on nous vivons ; c'est 
qu'elle est l'air que nous respirons, et qu'une fois que 



28t 

les nations ont respiré cet air là, prenez-en votre parti, 
elles ne peuvent pms en respirer d'antre! Oai, savez- 
VODS ce qai fait qoe la République est impérissable? 
C'est qu'elle s'identifie d'un côté avec le siècle, et de 
l'autre avec le peuple! Elle est l'idée de l'un et 11 
couronne de l'autre! (Bravo! bravo \) 

« Messieurs les révisionnistes, je vous ai demandé 
ce que vous vouliez. Ce que je veux, moi, je vais vous 
le dire. Toute ma politique , la voici en deax mots : il 
faut supprimer dans l'ordre social un certain degré de 
misère, et dans l'ordre politicfue une certaine nature 
d'ambition. Plus de paupérisme et plus de monar- 
chisme. La France ne sera tranquille que lorsque, par 
la puissance des institutions qui donneront du travail 
et du pain aux uns et qui ôteront l'espérance aux au- 
tres, nous aurons vu disparaître du milieu de neos 
tous ceux qui tendent la main, depuis les mendiants 
jusqu'aux prétendants. {Explotion d'applaudissements. 
— tris et murmures à droite.) 



NOTE II. 

Ce somnambule obscur , brusquement frénétique, 
Que Scbœlcher a nommé le président Obus. 

Livre VI, pag. \1S, Eblouissements. 

Le représentant Scbœlcher , an de ceux qui ont le 

Î^lus contribué à imprimer un cachet d'héroïsme aux 
uUes armées de la (gauche contre le coup d'Etat dans 
4es rues de Paris, était, on le sait, membre du comité 
dès Sept qui, pendant quatre jours, dirigea le combat 
Le représentant Schœlcher a continué dans l'exil si 
"vaillante et séoérense Kuerre au crime et à l'usurpa- 
tion. Il a raconté en détail toutes les scélératesses du 
«oup d'Etat , et du gouvernement engendré par le 



Ml 

> d'Etat dans les deax livres excellents iotitalés: 
erim€8 du deux décembre^ Londres, 185S. —Legovh 
tment du deux décembre ^ Londres, 1853. 



NOTE Ilî. 



» noos appelieroDS jasqa'ao dernier soupir 
secoors de la France aux fers et presque éteinte» 
une nos grands aïeax, l*insorrection sainte» 

Livre VI, page 194, U Parti du Crime. 

[. Bonaparte, ayant )a%é atile à ses intérêts de pa- 
ir dans son Moniteur la déclaration des proscrits 
Dblicains de Jersey an sujet da vote à l'empire» 
is lui rendons le service de la reproduire ici : 

« AD PKUPLE. 

« Citoyens, 

L'empire va se faire. Faut-il voter? Faot-il cent!- 
)r de s'abstenir? Telle est la question qu'on noos 
esse. 

I Dans le déparlement de la Seine, on certain nom- 
I de Républicains, de ceux qui, jusqu'à ce jour, se 
\i abstenus, comme ils le devaient, de prendre part, 
is quelque forme que ce fùt,aut actes du gouverne- 
nt de M. Bonaparte, sembleraient aujourd'hui ne 
I être éloignés de penser qu'à l'occasion de l'em- 
e une manifestation opposante de la ville de Paris» 
■ la voie du scrutin, pourrait être utile, et que le 
mentserait peut-être venu d'intervenir dans le vote. 

ajoutent que , dans tous les cas , le vote pourrait 
e un moyen de recensement pour le parti républi- 
; grâce au vote, on se compterait. 
" Ils nous demandent conseil. 
" Notre réponse sera simple ; et ce que noos dirons 
Dr la ville de Paris peut être dit pour tous les dé- 
rtements. 



i 



• IVoas ne nous arrêterons point à faire 
qae M. Bonaparte ne s'est pas décidé à 
empereor sans avoir an préalable arrêté ai 
plices le nombre de voix dont il lai coni 
passer les 7,500,000 de son 30 décembre 
qu'il est, boit million^, neuf millions, d 
son chiffre est fait. Le scrutin n'y cbanger£ 
ne prendrons pas la peine de vous rapp 
c'est que le « suffrage universel» de M. Bo 
que c'est que les scrutins de M. Bonapai 
station de la ville de Paris ou de la ville d 
censemt'nt du parti républicain, est-ce < 
possible? Où sont les garanties du scrutii 
contrôle? où sont les scrutateurs? où est 
Songez à toutes ces dérisioDs. Qo'est-<ce 
Torne ? la volonté de M. Bonaparte. Pas i 
M. Bonaparte a les clefs des bottes dans si 
Oui et les Non dans sa main, les votes dans 
près le travail des préfets et des maires 
gouvernant de grands chemins s'enferme 
avec le scrutin , et le dépouille. Pour lui 
retrancher des voix, altérer un procès-ver 
ter un total, fabriquer un chiffre, qu'est-c< 
an mensonge, c'est-à-dire peu de chose, un 
à-dire rien. 

« Restons dans les principes, Citoyens. C 
avons à vous dire, le voici : 

• M. Bonaparte trouve que TinStant e: 
s'appeler Miijesté. Il n'a pas restauré un 
le laisser à rien faire; il entend être sacré ei 
Depuis le 2 décembre, il a le fait, le despoti 
tenant il veut le mot, l'empire. Soit. 

«Nous, Républicains, quelle est netr 
quelle doit être notre attitude ? 

« Citoyens , Louis Bonaparte est hors la 
Bonaparte est hors l'Humanité. Depuis di 
ce malfaiteur règne , le droit à l'insurrec 
permanence et domine toute la situation 
où nous sommes, un perpétuel appel aux ai 
fond des consciences. Or, soyons tranqoi 



à 



2«S 

'évolte dans (oates les consciences arrive bien yite- 
rmer tons les bras. 

Amis et Frères ! en présence de ce goaverDemeni 
Ime, pégation de toute morale, obstacle à tout pro- 
s social, en présence de ce {gouvernement mour- 
ir du peuple, assassin de la République et violateur 
lois, de ce gouvernement né de la force et qui 
t périr par la force, de ce gouvernement élevé par 
;rime et qui doit être terrassé par le droit, le Frah- 
s, digne du nom de citoyen, ne sait pas, ne veut pas 
olr s'il y a quelque part des semblants de scrutin^ 
{ comédies de suffrage universel et des parodies 
ppel à la nation; il ne s'informe pas s'il y a des 
nmes qui votent et des hommes qui font voter, s'il 

un troupeau qu'on appelle le sénat et qui délibère^, 
un autre troupeau qu'on appelle le peuple et qui 
Mt ; il ne s'informe pas si le pape va sacrer au mal- 
-autel de Notre-Dame l'homme qui, — n'en doutez. 
I , ceci est l'avenir inévitable , — sera ferré au po- 
Q par le bourreau; — en présence de Af. Bonaparte 
de son gouvernement , le citoyen digne de ce nom 
fait qu'une chose et n'a qu'une choile à faire: char- 
* son fusil et attendre l'heure. 

«VITE LA RÉPUBLIQUE ! 



«Le« Protcriiê démocrates-socialUieè de 
France^ résidant à Jersey^ et réunis en; 
assemblée générale j le 31 octobre 1859.. 



« Pour copie conforme : 

n La commission f 



" VICTOI^ HUGO , 

« FOMBEETAUX, 

« PHILIPPE FAURE. » 



i 



f8« 



NOTE IV. 



^ 



Oa ne peut pas vivre sans pain ; 
On ne pent pas non plos vivre sans la f 

Livre VII, p. 350. C 

NoQs croyons atîie de reprodoire ici les 
«ours de Tauteor de ce livre, aa nom de la pr 
^e Jersey, sur la tombe des deax dernien 
morts à Jersey. ( Noos écrivons cette note 1< 
i>re 1853). Voici les discoors. 



I. 

(S3 AVRII. 1853. — AU CIMETlÈaS DE SAINI 

«Citoyens, 

« L'homme aaqael nous sommes venns di 
suprême, Jean Bousquet (de Tarn-et-Garoi 
•énergique soldat de la démocratie. Nous 1' 
proscrit inflexible, dépérir dooloureasement 
de nous. Le mal du pays le rongeait; il se se 
tement empoisonné par le souvenir de tout 
laisse derrière soi ; il pouvait revoir les ètrei 
les lieux aimés, sa ville, sa maison; il ponvaii 
France, il n'avait qu'un mot à dire , cette hi 
exécrable queM. Bonaparte appelle amnistie 
s'offrait à lof, il Ta chastement repoussé, et il 
Il avait trente-quatre ans. Maintenant le voil. 
leur montre la fosse.) 

« Je n'ajouterai pas un éloge à cette simi 
cette grande mort. Qu'il repose en paix , d 
fosse obscure où la terre va le couvrir, et ot 
est allée retrouver les éternelles espérances 
beau ! 

« Qa'il dorme ici , ce républicain , e* que 
sache qo'il y a encore des cœurs fiers et purs 
À sa' cause! Que la République sache qu'on m 



-^t que de Tabandonner! Qoe la France sache qa*oik 
^c^eort parce qo'on ne la voit plas ! 
I . « Qu'il dorme, ce patriote, aa pays de Fétranger! Et 

V .^ oqs, ses compagnons de latte et d'adversité, noos qui 
^"^ oi avons fermé les yeux, à sa ville natale, à sa famille^ 
^ ses amis, sMI nous demandent: Où est-il ? nous re- 
tiendrons : Mort dans Texil ! comme les soldats répon- 
daient an nom de Latoor-d'Auvergne : Mort au champ 
'honneur ! 
, ^ — « Citoyens ! ADJoord'hni , en France , les apostasies 
^ ^^^ont en joie. La vieille terre da 14 joillet et da 10 août 
assiste a répanonissement hideox des trahisons et à la 
marche triomphale des traîtres. Pas une indignité qoi 
ne reçoive immédiatement une récompense. Ce maire 
^ violé la loi: on le fait préfet; ce soldat a déshonoré 
_^ te drapean : on le fait général; ce prêtre a vendo la re- 
^'^ iigion : on le fait évèqne ; ce joge a prostitoé la jus- 
tice : on le fait sénateur ; cet aventurier , ce prince a 
commis tous les crimes , depuis les turpitudes devant 
eh^ lesquelles reculerait un filou jusqu'aux horreurs de- 
1^-^ nrant lesquelles reculerait un assassin : il passe empe- 
f^ renr. Autour de ces hommes , tout est fanfares , ban- 
Q y qpets , danses, harangues, applaudissements, génofle- 
1^ icions. Les servilités viennent féliciter les ignominies, 
^l^-^teyens, ces hommes ont leurs fêtes ; eh bien! nous 
^ aussi nous avons les nôtres. Quand un de nos compa- 
^ gnons de bannissement, dévoré par la nostalgie, épuisé 
îli^ par la fièvre lente des habitudes rompues et des afféc- 
M*" tions brisées , après avoir bu jusqu'à la lie tontes les 
^ gf agonies de la proscription , succombe enfin et meurt , 
Ig^ nous sitfvons sa bière couverte d'un drap noir; nous 
menons au bord de la fosse ; nous nous mettons à ge- 
jf -HOUX, nous aussi, non devant le succès mais devant le 
dî ^tombeau; nous nous penchons sur notre frère enseveli 
^ >el nous loi disons: — Ami ! nous te félicitons d'avoir 
\gi ^ié vaillant , nous te félicitons d'avoir été généreux et 
intrépide, nous te félicitons d'avoir été fidèle, nous te 
^j félicitons d^avoir donné à ta foi républicaine jusqu'au 
« dernier souffle de ta bouche , jusqu'au dernier batte- 
kft ornent de ton cœur, nous te félicitons d'avoir souffert ^ 
:aioii8 te félicitons d'être mort! — Puis uqua t^V«H^^^s^ 



la télé , et nous neas en aUoiis , le coi 
•ombre joie. Ce sont là les fôtes de i'exi 
• Telle est U peiiBéé aaslèce et sere 
fiNid de ioates dos âmes: et devant œ se 
ce goaffre où il semble que rhomnie s* 
tant cette sinistre appareoce do béant, ] 
tons consolidés dans nos pvincipes et ( 
Indes ; l'homsie convûnco n'a jamais 
ferme qae sar la terre mouvante do ton 
fixé snr ce mort, sur cet étiie évanoui, si 
(|tti a passé , croyants inébranlables , n 
celle qoi eat immortelle et celai qni est 
berté et Dlao ! 

•OnifDiea! jamais nne tombe ned^it 

qae ce grand mot, sans qoe ce nw>t vivai 

Les morts le récUmeni,etce n'est pas i 

reffisen^ns. Qne le peojple religieox et 1 

doqœl noo9 vivons le comprenne bien, 

progrès, les. hommes de la démocratie, 

Ht révolatioa savent qne la destinée de 

ble , et Tabnégation qa'ils montrent 

IMTonve combien ils comptent profondén 

Mar foi dans ce grand et mysAérienx 

■lème an spectacle ra|>oossant qae non 

le i décembre le clergé catholique asscs 

Konain en ce moment époniwte la < 

maine. Ah! je le dis, et j'ai le cœor pic 

en songeant à tant d'abjection et de ho 

qui, peur de l'acgent» poer de palais^ i 

«t dM crosses, pour l'amour des biens 

QÎSiepi et ffjorinent le parjure , le mea 

«op^ ces éjilises où l'on cbante Te Deufi 

vonoé, ouï, ces é|;lises,oaî, ces ,|>rétres 

ébranler les plus. fermes convictions 

tes plus profondes , n Ton n'aperceva 

l'éf use, le ciel, et, ao-desans do prêtre 

« Et ici, citof eoe^ eor le seuil de a 

verte, au milieu de la foule recoeillie 

cette fosse, le moment est venn de sem 

Serme dans toutes les conscienees, i 
mnelle parole. 



^ 



« Citoyens, à Theure ou noas somnies, heare Çataie 

iQit qai sera comptée dans les sièioles, te principe abso* 

iciti0te, le vieQY principe da pajisé, triomphe par toate 

^*£orapte; il tripoiptie comine il lai cqnvieiit de it'iQmr 

^J^er, par le^glaive^ ppr ta h3che, par la corde et I9 

rtiiUpty par Us massacres, par les fqsilladea, par les 

gtortores, par les supplices. Le despotisme, ce Mol(»ch 

i QDtaaré d'osMm^nts, célèbre à la fs^ce da soleil ses 

^feSîroyabJes mystères saos le pontificat sanglant des 

k Haydio, des Boaaf<»rteetdes,Radet^ky. Potences en 

^ fioofl^rie, pQtonces en Lombard ie, potences en Sicile ; 

H ea Fravoe, la gailiotine , la déportliiUQo et TeKil. Rien 

I <|ae dans les Etats do pape, et je cite le p9pe qai s'in- 

tilnJe le roi ëe douceur^ rien que ddm les Etats da 

• paipe, diâ-je, depais trqis 9ns , seize cent qaaraate- 

i quatre patciotes,, le «biffre est aatt|Qnt|qae, sont morts 

miilés on pendiiSfSaiViQpmpter les^innpmbirablesniarta 

«asevelis yivant&d^S les qachots et les oabliettes. Aa 

OMOlientoà je pacte, le continent, coaiaie aax plue 

mMV^is tempsjieUbi^t9ii*e« Qstencoqiliré d'échafai^ds 

et de cadavres; et le joar où la Révotation voudrait se 

fiiUe ttfl dciipeap des tin^eolsde tpqtes les victimes» 

l'osée de ce 4r«()ieaa noir cjoayrirâit l'Earope. 

« Ce sang, tout ce sans; qai conle de toates parts, à 
ciiaseaqx» a.tMi^enls, dén^i^r^tes, c'est le vôtrel 

%£kbipn, Git(tyeAs, en prQ^enice de qette s^torofile 

, éfi «essaies jet de, meurtre , en présence de ces iuà- 

.«nes;tfUiai)aiu;L Qàsié^n^desas^iMVsiJis en robes de 

jpçes, en présimce..de tous ces C2|davres cbers et sa* 

, Cfés, eu. pr^ésen^e de cette Ipgabre et féroce victoire 

des réactâMïS , je. Le, déclare solennellement , aa nfHQ 

49S i^roaccits de J.ersey qai m'en <int dpnné le mandat» 

«tr^ÉliJU9aanfim4etpps les proscrits répqblicains» 

/Car pas une \o\x de vrai républicain jiyant quelque aa* 

tenté ne .me4émeiitira, je le déclare devant ce cer* 

eaeild'an proscrit, le. deuxième que, nons descendons 

4sQff la fcwse depuis dix jours, nous les exilés, nous les 

▼ictimes, nous abjurons au jour inévitable et prochain 

do gfiand dénop^n^ent, réyoluttonnaire , nous abjurons 

lente volpnté, toat sentiment, tonte idée de représail* 

lesaaoglantes! 



I 



• Les coopables seront châtiés, certes, toi 
pables, et cDâtiés sévèrement, il le faat; mi 
tète ne tombera; pas anegonttede san^, pas 
boassnre d'échafand ne tachera la robe imms 
Répnbltqae de Février. La tète même da t 
décembre sera respectée avec horreur pi 
grès. La révolotion fera de cet homme on 
exemple en remplaçant sa ponrpre d'emper 
casaqae do forçat. Non , noos ne réçliqae 
récbafaod par l'échafaud. Noos répudions II 
inepte loi da talion. Comme la monarchie , 
fait partie da passé; noos répndions le pas8< 
de mort , glorieasement abolie par la Répi 
1848, odieusement rétablie par Louis Bonèp 
abolie pour nous, abolie à jamais. Noua avoi 
dans Texil le dépôt sacré do progrès; nous 1 
terons à la France fidèlement Ce qoe non 
dons à Tavenir , ce qoe nous venions de lu 
justice, ce n'est pas la vengeance. D'ailleurs, 
que pour avoir à jamais le dégoût des orgie 
sait aux Spartiates d'avoir vu des esclaves 
vin, à nous républicains, pour avoir à jama 
des échafauds, il nous suffit de voir les roii 
sang. 

« Oui, nous le déclarons, et nous attestons 
qui lie Jersey à la France, ces champs , ce 
nature qui nous entoure , cette libre Angk 
noos écoute, les hommes de la révolution, q 
disent les abominables calomnies bonapartii 
treront en France , non comme des extern 
mais comme des frères! Nous prenons à tém* 
paroles ce ciel sacré qui rayonne au-dessus t 
tes et qui ne verse dans nos âmes que des. p 
concorde et de paix ! nous attestons ce mort 
dans cette fosse et qui, pendant que je parle, 
à voix basse dans son suaire :Oui , frères, i 
la mort ! je l'ai acceptée pour moi , je n'en 
pour autrui ! 

• La République , c'est l'anion, l'unité, Vï 
la lumière, le travail créant le bien-être , la 
aion des conflils d'homme à homme et de 



ion , la fin des exploitations inbamaines , Taboli- 
1 de la loi de mort et rétablissement de la loi de 

Citoyens , cette pensée est dans vos esprits, et je 
Q sais qae Tinterprète ; le temps des sanglantes et 
ribles nécessités révolntionnaîres est passé; pour ce 
reste à faire , l'indomptable loi du progrès suffit ; 
illeors , soyons tranquilles , tout combat avec nons 
is les grandes batailles qui nous restent à livrer ; 
ailles dont Tévidente nécessité n'altère pas la séré- 
ï des penseurs ; batailles dans lesquelles Téoergie 
olutionoaire égalera l'aeharnement monarchique ; 
ailles dans lesquelles la force noie au droit terras- 
ai la violence alliée à Tusorpation; batailles super- 
, glorieuses , enthousiastes , décisives, dont l'issue 
st pas douteuse , et qui seront les Tolbiac, les Has- 
;s et les Austerlitz de la démocratie. Citoyens , Té- 
lue de la dissolution du vieux monde est arrivée. 
I antiqueii despotismes sent condamnés par la loi 
videntielle ; le temps , ce fossoyeur courbé dans 
nbre, les ensevelit : chaque jour qui tombe les en- 
it plus avant dans le néant. Dieu jelte les années 
les trônescomme nous jetons les pelletées de terre 
' le' cercueils. 

s Et maintenant, frères, au moment de nous séparer, 
Dssons le cri de triomphe ; poussons le cri du ré- 
J, c'e&t sur les tombes qu'il faut parler de ré^ur- 
ition. Certes, Tavenir, un avenir prochain, je le ré- 
;e , nous promet en France la victoire de l'idée dé- 
»eratique, l'avenir nous promet la victoire de l'idée 
iiale;mai8 il nous promet plus encore, il nous promet 
is tous les climats , sous tous les soleils , dans tous 
continents, eii Amérique aussi bien qu'en Europe, 
in de toutes les oppressions et de tous les esclava- 
1. Après les dures épreuves que nous subissons , ce 
il nous faut, ce n'est pas seulement Témancipalion 
telle ou telle classe qui a souffert trop longtemps , 
)olition de tel ou tel privilège , la conséqi^tion de 
ou tel droit; cela, nous l^nrons; maiacela ne nous 
fit pas; ce qa'il nous faot, ce que nons obtiendrons, 



i 



n'en doetez pas , ce qoe pour ma part , do fond d 
' cette noit sombre de l'enU, je contemple d'avance ave 

l'ébloaissement de la joie, citoyens, c'est la délivranc 
; de tous les peoplr s , c'est Tafiranchissement de tcD 

les hommes ! Amis , nos souffrances engagent Dieo. 1 

nous en doit le prix. Il est débitear fidèle, il s'acquit 
: tera. Ayons donc une foi vinle et faisons avec trars 

port notre sacrifice- Opprimés de tontes les nations 
] offre/, vos plaies, Polonais , offrez vos misères , Hor 
f grols , offrez votre gibet , Italiens , offrez votre croix 
, béroïqnes déportés de Gayenne et d'Afriqae , nos fré 
' res , offrez votre chstne, proscrits, offrez votre pros 

cription , et toi , martyr , cffre ta mort à la libeité d 

genre humain. 

« f^îve la République universelle ! » 




II 

(^6 JDILLKT 1853. — AL CIMETIÈRR DE SAINT-JBAN.J 

Citoyens, 

Trois cercoeils en quatre mois. 

La mort se bute et Dieu nous délivre un à un. 

Noos ne t'accusons pas, nous te remercions, 
puissant oui nous rouvres, à nous exilés, les port 
la patrie éternelle ! 

Cette fois l'être inanimé et cher que nous 8pp< 
à la ton.bc, c'est une femme. 

Le 91 janvier dernier, une femme fut arièti 
elle par te sieur Boudrot, commissaire de pohca| 
ris. CeMe femme, jeune encore, elle avait trenj 
ans, mais estropiée et ii firme, fut envoyée à 
facture et enfertnée dans la cellule i.» i, dite 
d'essai. Cette cellule, sorte de cage de sept à baf 
arrés à peu près, sans air et sans jour, la 



281 

rease prisonnière Ta peinte d'an mot; olle rappelle: 
cellule-tofubeau; elle dit Je cite ses propres paroles: 
« C'est dans celle cellulc-tombeaa, qn'eslropiée, ma- 
« lade, j'ai passé vingt-et-uo joors, colianl mes lèvres 
« d'heure en hearc contre le treillage pour aspirer un 
« peu d'air vital et ne pas mourir (1). » — Au bout de 
ces vingt-et-un jours, le 14 février, le gouvernement 
de Décembre mit cette femme dehors et l'expulsa. Il 
la jeta à la fois hors de la prison et hors^diB la patrie. 
La proscrite sortait du cachot d'essai avec les germes 
de la phtisie. Elle quitta la Franco et gagna la Belgi- 
que. Le dénuement la força de voyager, toussant, cra- 
chant ie sangr, tes poumons malades, en pleia hiver, 
dans ie nord, sous la pluie et la neige, dans ces afl'reux 
wagons découverts qui déshonorent les riches entre- 
prises des chemins de fer. Elle arriva à Ostende; elle 
était chassée de Franco, la Bclgicfue la chassa. Elle 
passa en Angleterre. A peine débarquée à Londres, 
elle se mit au lit. La maladie contractée dans le ca- 
chot, aggravée par le voyage forcé de l'exil, était de- 
venue menaçante. La proscrite, je devrais dire la cor- 
damnée à mort, resta gisante deux mois et demi. Puis, 
espérant un peu de printemps et do soleil, ello vint à 
Jersey. On se souvient encore de l'y avoir vu arriver 
par une froide matinée pluvieuse, à travers les bromes 
do la mer, râlant et grelotant sous sa pauvre robe de 
toile, toute mouillée. Peu de jours après son arrivée, 
elle se coucha; elle ne s'est plus relevée. 

Il y a trois jours elle est morte. 

Vous me demanderez ce qu'était cette femme et ce 
qu'elle avait fait pour être traitée ainsi ; je vais vous 
le dire : 

Cette femme, par des chansons patrio'iques, par de 
sympathiques et cordiales paroles, par de bonnes et 
civiques actions, avait rendu célèbre, dans les fau- 
bourgs de Paris, le nom de Louise Julien soos lequel 
ie peuple ta connaissait et la saluait. Ouvrière, elle 
avait nourri sa mère malade ; elle l'a soignée et sou- 

(1) Voir Les Bagnes d'Afrique et la Transportation 
de Décembre^ I ai th. Ribeyroite»^ ^^%<?i \^. 



I 



2M 

tenue dix ans. Dans les jours de laite civile, elle fai- 
sait de la charpie; et botteose et se IraiDant, elle allait 
dans les ambulances, et secourait les blessés de tous 
les partis. Cette femme du peuple était un poète, cette 
femme du peuple était un esprit ; elle chantait la Ré- 
publique, elle aimait la Itberlé, elle appelait ardem- 
ment Tavenir fraternel de toutes les nations et de tous 
tes hommes; elle croyait à Dieu, au peuple, au pro- 
grès, à la France, elle versait autour d elle, comme un 
vase, dans les esprits des prolétaires, son grand cœur 
plein d'amour et de fui. Voilà ce que faisait cette 
lemme. M. Bonaparte Ta tuée. 

Ah! une telle tombe n'est pas muette; elle est pleine 
de sanglots, de gémissements et de clameurs. 

( litoyens, lès peuples, dans le légitime orgueil de 
leur toute-puissance et de leur droit, construisent avec 
le granit et le marbre des édifices sonores, des encein- 
tes majestueuses, des estrades sublimes, du haut des- 
([uelles parle leur génie, du haut desquelles se répan- 
dent à flots dans les âmes, les éloquences saintes du 
patriotisme, du progrès et de la liberié; les peuples, 
s»'imaginant qu'il suffît d'être souverains pour être in- 
vincibles, croient inaccessibles et imprenables ces ci- 
tadelles de la parole, ces forteresses sacrées de l'in- 
telligence humaine et de la civilisation, et ils disent: 
la tribune est indestructible. Ils se trompent ; ces tri- 
bunes-là peuvent être renversées. Un traître vient, des 
soldats arrivent, une bande de brigands se concerte, 
se démasaue, fait feu, et le sanctuaire est envahi, et la 
pierre et le marbre sont dispersée, et le palais, et le 
lempie où la grande nation parlait au monde, s'écroule, 
et l'immonde tyran vainqueur s'applaudit, bat des 
mains et dit: c'est fini. Personne ne parlera plus. Pas 

une voix ne s'élèvera désormais. Le silence est fait 

Citoyens! à son tour le tyran se trompe. Dieu ne veut 
pas que le silence se fasse; Dieu ne vent pas que la li-. 
Inerte, qui est son verbe, se taise; citoyens! au mo- 
ment où les despotes triomphants croieni la leur avoir 
olée à jamais. Dieu redonne la parole aux idées. Cette 
tribune détruite, il la reconstruit Mon au miliea de la 
place publique, non avec le granit et le marbre, il n'en 




1,1 a pas bénin. Il la reconitroU dans la solitaJe ; Il la 
I reconstrnit avec l'herbe da cimelière, avec l'ombre 
s. des cyprèi, avec le minticnlesiDiitre qae Tant lescer- 
e coeila cichéi son» terre; el di celte solilode, de celle 
» herbe, de ces cyprès, de ces cercueils diiparas, savei- 
1 voD) ce qai sort, citnyeos? Il en lorl le cri déchirant 
j de l'hamaallé, il en sort la dénonrialion et le témoi- 

■ itnaite, it en sori l'accusalion ineiïnrahie qai Tall pàllr 

■ l'accnsë coaronné, il en sort la furmiilable proieslalion 
L des marti! Il ensorlh voix vengeresse, la voii inexiin- 

caible, la voix qa'on n'éloulTe pas, la voix qu'on ne 
bâillonne pail— Ab! M. Bnnapartn a fait taire la Iri- 
bone ; c'est bien ; maintenant f n'il Tasse donc taire le 
tombeau I 

Loi et sel pareils n'aaroat rien Tiiil lanl qu'on en- 
tendra sortir an soupir rl'ane tombe, el lanl qu'on 
verra renier ane larme dans fei yeux anugnstes de Ih 
pillé. 

Piliét... ce mol qne je viens de prononcer, il a jailli 
da pins profond de mes entrailles devant ce cercueil, 
cercueil d'une femme, cercneil d'une sœur, cercueil 
d'une marljre! Pauline Roland en Afrique, Louise 
Julien à Jeriey , Francesca Maderspach à Tempsnar, 
Blanca Téléki à PeMh , lanl d'autres, Rosniitt Goherl, 
Eugénie Gnillemot, Augustine Péan, Blancbe Clouart, 
Joiépbine Prabeil. Eliiabctb Parles, Marie Heviel, 
Claudine Ilibruit, Anne Sani;la, veuve Combeacare, 
Armantine lla«i, el tant d'autres encore, lœars, mè- 
res, hllei, épouses, proscriie<, exilées, iransporlées, 
torturées, suppliciées, crurilices, â pauvres femmes! 
Ohl quel sojet de larmes pnifondi-s el d'inexprima- 
bles Hltendrissemenis! Faibles, souITrantes, malades, 
arracbées à leur famille, à leurs maris, à leurs pa- 
rents, à leurs snniinns, vieilles «joelquefois rt brisée»^ 
par l'à^, tontes ont é'é des héroïnes, plusieurs ont 
élé des héros ! Oh ! ma pennée en ce momenl se préci- 
pite dans ce sépulcre et bsise les pieds froids de celte 
morte dans son cercueil ! Ce n'est pas une femme que 
je vénère dans Louise Julien, c'est la femme; la femme 
de nos jours, la femme digne de devenir cilojenne; 
la femme (eih que nous la voyons autour de nous. 



2tft 

dans tont son dévouement, dans toute sa doaceur^da 
tout son sacriûce, dans tonte sa majesté! Amis, da 
les temps futurs, dans cette belle, et paisible, et te 
dre, et fraternelle République sociale de l'avenir, 
rô'e de la femme sera grand; mais quel magnifiq 
prélude à re rôle que de tels martyres si vailiamme 
endnrés! Hommes et citoyens, nous avons dit pi 
d'une fois dans notre orgueil : — Ledix-huitième 8iè< 
a proclamé le droit de l'homme; le dix-neuvième pr 
clamera le droil de la femme; - - mais ii faut Tavoai 
citoyens, nous ne nous sommes point hâtés ; bea 
coup de considérations, qui étaient graves, j'en co 
viens, et oui voulaient être mûrement examinées, no 
ont arrêtes; et à l'instant où je parle , au point méc 
où le progrès est parvenu, parmi les meilleurs Rép 
blicains, parmi lt>s démocrates les plus vrais et les pi 
purs, b'en des esprits excellents hésitent encore à a 
mettre dans l'homme ei dans la femme l'égalité < 
l'âme humaine, et par conséquent l'assimilation, sin 
l'identité complète des droits civiques. 

Disons-le bien haut, Citoyens, tant que la prospéri 
a duré, tant que la République a été debout, les femmt 
oubliées par nous, se sont oubliées elles mêmes; cil 
se sont b:)rnées à rayonner comme la lumière, 
échauffer les esprits, à attendrir les cœurs, à éveiil 
les enthousiasmes, à montrer du doigt à tous ie bo 
le juste, le grand, le vrai. Elles n'ont rien ambition 
au-delà. Elles qui, par moment, sont l'imaite de 
patrie vivante, elles qui pouvaient être l'âme de 
cité, elles ont été simplement l'âme de la famille, 
l'heure de l'adversité, leur attitude a changé; elles o 
cessé d'être modestes; à l'heure de l'adversité, ell 
nous ont dit : — Nous ne savons pas si nous avo 
droit à votre puissance, à votre liberté, à votre gra 
deur ; mais ce que nous savons, c'est que nous avo 
droit à votre misère. Partager vos souffrances, v 
accciblements , vos dénuements, vos détresses, v 
renoncements, vos exils, votre abandon si vous èl 
sans asile, votre faim si vous êtes sans pain, c'est là 
droit de la femme, et nous le réclamons. — Cm 
frères! et les voilà qui nous suivent dans le comb; 



"n 



295 

qui noQs accompagnent dans la proscription, et qui 
noas devancent dans le tombeau ! 

Citoyens , puisque cette fois encore vous avez 
voulu que je parlasse en votre nom, puisque votre 
mandat donne à ma voix l'autorité qui manquerait à 
une parole isolée; sur la tombe de Loo'se Julien, 
comme il y a trois mois, sur la tombe de Je;»n Bous- 
quet, le dernier cri que je veux jeter, c'est le cri de 
courage, d'insurrection et d'espérance! 

Oui , des cercueils comme celui de cette noble 
f^mme qui est là signifient et prédisent la chute pro- 
chaine des bourreaux, l'inévitable écroulement des 
despolismes et des despotes. Les proscrits meurent 
l'un après l'autre ; le tyran creuse leur fosse ; mais à 
un jour venu, citoyens, la fosse toot-à-coup attire et 
engloutit le fossoyeur ! 

O morts qui m'entourez et qui m'écnutcz , malé- 
diction à Louis Bonaparte! O morts, exécration à cet 
homme! Pas d'é^hafauds quand viendra la victoire, 
mais longue et infamante expiation à ce misérable ! 
Malédiction sous tous les cieux, sous tous les climats, 
en France, en Autriciie, en Lombardie, en Sicile, à 
Home, en Pologne, en Hongrie, ma'édiclion aux vio- 
lateurs du droit humain et de la loi divine ! Malédic- 
tion aux pourvoyeurs des pontons, aux dresseurs de 
gibets, aax destructeurs des familles, aux tourmen- 
teurs des peuples! Malédiction aux proscripteurs des 
pères, des mères et des enfants! Malédiction aux 
fouetleuis de femmes ! Proscrits ! soyons implacables 
dans ces solennelles et religieuses revendications du 
droit et de l'humanité. Le genre humain a besoin de 
ces cris terribles; la conscience universelle a besoin 
de ces saintes indignations de la pitié. Exécrer les 
bourreaux, c'est consoler les victimes. Maudire les 
tyrans, c'est bénir les nations! 

Five la République universelle! 



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liA FIN 



JBR8EY, 9 OCTOBRE 1853. 



Gomme j'allais fermer ces pages inflexibles, 
Sor les trônes croalanls, pe'rdas par leur sauveur , 
La gierre s'est dressée, et j'ai vn, mot révenr, 
Passer dans nn éclair sa face aox cris terribles. 

Et j'ai yu frissonner l'homme de grand chemin ! 
Cette fondre subite éblouit ses prunelles. 
H frémit, effaré, devant les Dardanelles, 
O lâche! Et peut-être demain, 

Grâce aux soldats nos fils, vaillants, quoique infidèles, 
Demain sur ce front vil, sur cet abject cimier, 
Comme un aiçle parfois s'abat sur un fumier. 
Quelque victoire aveugle ira poser ses ailes ! 

Malgié ta couardise, il faut combattre, allons ! 
Bats-ioi, bandit ! c'est dur ; il le faut. Dieu t'opprime.' 
Toi qài, le front levé, te ruas dans le crime, 

^ Marche à la gloire à reculons ! g 



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Qaoi ! mènae en se trainanl comme un chien qui se cou- 

(che, 
Quoi ! ncème en criant grâce, en demandant pardon, 
Même en lé 'liant les pieds des cosaqat^s du Don, 
On ne peut éviter Austerlilz? Non, Cartouche. 

Nul moyen de sorlir de la peau de César ! 
Eu KUBrrc, faux lion! ta crinière rex'ge. 
Voici le Rhin, voici l'Elster, voici l'Adige, 
Voici la fosse auprès du char! 

La guerre, c'est la fia. O Peuples, nous y sommes. 
Pour t'enlendre sonner je monte sur ma tour, 
Formidable angélus de ce grand point du jour, 
Dernière heure des roi?, première heure des horamej! 

Droits, prosjrès, qu'on croyait éclipsés pour jamais, 
Liberté, qu'invoquaient uos voix exléouéBs, 
Vous surgissez! voici qu'à travers les duCv3s 
Ueparaissent les grands sommets! 

Des révolutions nous revoyons les cimes. 
Vieux monde du passé, marche, allons! c'est la loi. 
L'ange au glaive de fou, debout derrière toi, 
Te metl'épée aux reins et te pousse aux abîmes! 




TABLE 



IFACE page 



LIVRE PREMIER. 

LA SOCiETK EST SAUVEE. 

. — France , à l'heure où lu le proy- 

ternes « 13 

. — Toulon . » 15 

. — Approchez- vous; ceci c'est le las 

(les dévoîs " 18 

. — Aux morts du 4 décembre ... » "20 

. — Celte nuit-là » 21 

. — Le Te dkum du 1er janvier 1852 . » 23 

— Ad majorem Dei gloriam ... » 25 

. — A un martyr « 28 

. — L'art et le peuple » 32 

. — Chanson « 34 

. - Oh! je sais qu'ils feront des men- 
songes sans nombre » 35 

. — Carte d'Europe « 37 

. — Chanson " 39 

. — C'esl la nuit; la nuit noire ... » 40 

— Confrontations » 41 

LIVRE IL 

L'ORDRE EST RETABLL 

— Idylles » 43 

. — Au Peuple » 46 

. — Souvenir de la nuit du 4. . . . « ^0 



♦ ""^ 



300 

IV. — soleil, ô face divine page 5i 

V.— Paisqae le jasle est dans l'abîme . » a) 

VI. — L'autre président » 5: 

\\\, — A V obéissance passive n 5' 



LIVRE III. 
LA FAMILLE EST RESTAUREE. 

I. — Apothéose » t 

U. — Uhomme a ri, ,...., . •» ( 

WX.— Fable ou histoire » ' 

IV. — Ainsi les plas abjects » ' 

V. — Querelles du sérail » ' 

VL — Orientale » 

VU. — Un bon bourgeois dans sa maison » 

VllL— Splendeurs « 

IX. — loyeuse vie » I 

X. — L'empereur s'amuse » 

XI. ^ Sentiers où l'herbe se balance. . » 

Xlï. — O Robert, nn conseil ». 

XIII. — L'bistoire a poar égout des temps "* 

comme les nôtres » 

XIV. — A propos de la loi Faider. ... » 
XV. — Le bord de la mer » 

XVI — A^on « 1 



LIVRE IV. 

LA RELIGION EST GLORIFIEE. 

I. — Sacer esto • 

11. — Ce que le poète se disait en 1 847 • 

III. — L^s commissions mixtes .... n 

IV. — A des journalistes de robe courte . • 

V. — Quelqu'un » 

VI. — Ecrit le 17 juillet 1831, «n descen- 
dant de la tribune » 

VIL — Un autre « 

Vlll. — Déjà nommé » 

IX. -« Geox qai vivent, ce sont ceox qui 

luttent . » 



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"X. — Attbê page 195 

>d. — Vicomte de FoocaoU, lorsque vous 

empoignâtes » 196 

^W,-^ A quatre pritonniers » 198 

'>-\n.— On loge à la nuit ^ 130 



L1VRE.V. 

L'AUTORITE ES*r SACREE. 

fl. — Le tacre (sor Tair de Malbroack) . » 133 

• - Chanson . . •' n 136 

- Le manteau impérial ..... » 137 

^^-Tout i'enva » 139 

V. — O dràpeaa de Wagram! ô pays de 

Voltaire ■ 141 

VI. — Oo est Tibère, on est Jodas, on est 

Dracon » 149 

VII. — Let grands corps de l'Etat ... » 143 
V 111.— Le progrès, calme et fort et tou- 
jours innocent » 146 

IX.— Le chant de ceux qui s'en vont sur 

mer » 148 

X. — - ^ un ^ttt veut se détacher. ... » 150 

XI. — Pauline Roland « 155 

XII. — Le plus haut attentat que paisse 

faire on homme ...... » 159 

Wlh '-' L'expiation » 160 

LIVRE VI. 

LA STABILITE EST ASSUREE. 

I. — Napoléon III « 171 

II. ^ Les martyres » 173 

\\\. — Hymne dés U ansportés. » 175 

IV. - Chanson »' 177 

Y. — Eblouissements > 178 

VI. — A ceux qui dorment » 184 

yW.^Luna » 186 

S\\\. -^ Aux femmes » 188 

IX. - Au peuple » 191 



X. — ^ppoiUz vos cbaadroDs, sorcières 

de Sh^k^peare ...... F' 

\f. — Le parti du crime. » 

XII. — On dii : Soyez prudents .... • 

XIII. - yt Juvcnal • 

XIV.— Floréal • 

XV. — Slelii . ' 

\\\. — Applaudisse mon f • » 

LIVRE VII. 

LES SAUVEURS SE SAUVERONT,* 

ï. Sonii:^?, sonnez Iciujours .... 

II. — La reculade . . 

m. — Le chasseur noir. ^ 

IV. — Vegoui de Rome 

V. — Celait en juin, j'élais à Bruxellu 

Vï. — Chanson . 

Vil. - La caravane 

Vllï. — Cette nuit, il plenvail ..... 

IX. — Ce serait une crrenr de croire . . 

X. — Qaanil reanuqne réstnail .... 
XI. — l 'orales d'un conservateur . . . 

XII. — Force des choses 

XIII. — r/j/în/on . 

XIV. — UUima verba 



LIX . . 
NOTES . 
La FIN , 



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